Le secteur des TMT se réinvente à l’ère de l’IA
Les puissantes évolutions technologiques en cours, combinées aux changements dans les comportements des consommateurs et des entreprises, redessinent le paysage des transactions dans le secteur des TMT. Elles ouvrent la voie à une accélération des opérations de M&A en 2026, alors que les entreprises se repositionnent dans un environnement toujours plus dynamique et concurrentiel.
Les dirigeants du secteur des TMT abordent l’année avec la conviction que la prochaine vague de croissance reposera moins sur des gains d’efficacité incrémentaux que sur une réinvention stratégique ambitieuse. Des investissements massifs dans les infrastructures d’IA, l’évolution des usages médias et la recomposition des portefeuilles télécoms et médias appuient le rôle stratégique des opérations de M&A dans cet effort.
La hausse des investissements dans les capacités de calcul et les data centers redessine les frontières du M&A en TMT. Les entreprises ont recours à des structures de deal et des financements innovants, ainsi qu’à des partenariats entre écosystèmes, pour sécuriser les infrastructures nécessaires à la croissance tirée par l’IA.
Dans le même temps, les acteurs des médias et du divertissement cherchent à consolider leurs audiences en atteignant une taille critique et en sécurisant des contenus premium, entraînant une consolidation des plateformes.
Les opérateurs télécoms accélèrent la rationalisation de leurs activités en cédant les actifs non stratégiques et en recentrant leurs investissements sur la fibre et les capacités “edge”. Ces décisions traduisent leur recherche accrue d’efficacité et de clarté stratégique en préparation des exigences de l’ère de l’IA.
Alors que les capitaux se dirigent de plus en plus vers l’IA, vers les plateformes numériques et vers les réseaux de nouvelle génération, l’activité M&A en TMT devrait s’accélérer en 2026.
Selon plusieurs estimations externes, entre 5,000 et 8,000 milliards de dollars pourraient être nécessaires au cours des cinq prochaines années pour financer les technologies d’IA et les infrastructures associées (data centers, puces, réseaux, nouvelles capacités énergétiques).
À titre de comparaison :
L’ampleur des investissements nécessaires dans les infrastructures d’IA ont conduit les entreprises à compléter les acquisitions traditionnelles par des accords de co-entreprises (joint-ventures), des prises de participation minoritaires, des contrats d’achat à long terme (« offtake agreements ») et des partenariats d’infrastructure destinés à soutenir la croissance future et renforcer leur positionnement concurrentiel.
Au cœur de cette évolution se trouve l’intensité capitalistique de l’IA. L’entraînement des modèles d’IA à grande échelle et leur déploiement en entreprise nécessitent des investissements soutenus dans la capacité de calcul, les data centers et les infrastructures associées.
En 2025, Microsoft, Amazon et Alphabet ont annoncé des plans d’investissement respectifs d’environ 80 Md$, 100 Md$ et 80 Md$, en grande partie consacrés aux infrastructures liées à l’IA. Les prévisions des analystes anticipent un niveau d’investissement toujours élevé en 2026. À de tels niveaux d’engagement, les entreprises cherchent à optimiser leur allocation du capital pour monter rapidement en échelle tout en préservant la flexibilité de leur bilan.
Des opérations qui auraient auparavant pris la forme d’acquisitions complètes sont désormais structurées autour de financements d’actifs spécifiques, de co‑investissements ou d’accords de capacité à long terme. Même si ces montages diffèrent des acquisitions classiques, ils poursuivent les mêmes objectifs : sécuriser des capacités critiques et renforcer le positionnement stratégique à long terme.
On observe ainsi une dynamique d’investissement « circulaire » au sein de l’écosystème IA : les mêmes acteurs interviennent comme développeurs d’infrastructure, clients majeurs et investisseurs. L’investissement dans la puissance de calcul alimente le développement de l’IA, qui génère à son tour de la demande et des revenus, permettant de financer de nouvelles capacités.
L’annonce par Oracle de l’initiative Stargate, estimée à environ 300 Md$, menée avec OpenAI, illustre cette dynamique : OpenAI fournit une demande long terme via des engagements de capacité pour l’entraînement et l’inférence, tandis qu’Oracle finance des infrastructures data center optimisées pour l’IA.
L’ampleur de ces programmes a été soutenue par un ensemble élargi et de plus en plus coordonné de fournisseurs de capital. Les fonds souverains jouent un rôle croissant dans le financement d’infrastructures liées à l’IA, apportant des capitaux de long terme alignés avec des objectifs financiers et stratégiques. Mubadala (Abu Dhabi) et sa plateforme IA visent environ 100 Md$ d’investissements dédiés, tandis qu’ADQ a engagé 25 Md$ pour des infrastructures énergétiques et data destinées aux déploiements hyperscale aux États‑Unis.
Sur le plan géographique, la majorité des investissements annoncés dans les infrastructures IA demeure concentrée aux États‑Unis, reflet de la présence des principaux acteurs technologiques, d’écosystèmes cloud établis et de marchés de capitaux profonds. Si la Chine et d’autres régions continuent d’investir — souvent via des capitaux publics — les États‑Unis restent la zone centrale de l’activité M&A liée à l’IA à grande échelle.
À horizon 2026, l’activité M&A dans la technologie devrait rester un enjeu stratégique majeur, avec une diversité accrue des structures d’opérations.
« Nous observons une transition majeure dans le secteur TMT : l’IA ne crée pas seulement de nouvelles opportunités de croissance, elle redistribue la hiérarchie des actifs stratégiques. Les opérations M&A sont amenées à se concentrer de plus en plus sur les entreprises qui combinent contrôle de l’exécution, profondeur métier et capacité d’orchestration technologique. Dans ce contexte, la différenciation ne repose plus uniquement sur la technologie, mais sur la capacité à intégrer l’IA au cœur des processus critiques et à capter durablement la valeur dans la chaîne d’activité. »
Plusieurs opérations emblématiques de take‑private réalisées en 2025 donnent le ton pour 2026, dont l’acquisition d’Electronic Arts pour 55 milliards de dollars par un consortium soutenu par des fonds souverains et du private equity.
Dayforce a par ailleurs accepté une offre de take‑private de 12,3 Md$ par Thoma Bravo, et le fournisseur suédois de logiciels SaaS Fortnox est en cours d’acquisition par un consortium mené par EQT et son principal actionnaire, First Kraft.
Ces opérations montrent que les fonds de private equity et les fonds souverains disposant de liquidités importantes ciblent des plateformes établies qu’ils considèrent comme sous‑valorisées sur les marchés publics.
En 2026, les opérations de “take‑privates” d’envergure pourraient se poursuivre, les investisseurs financiers recherchant des entreprises matures dotées de revenus récurrents élevés, ou souhaitant se positionner sur des sous‑secteurs en forte croissance du secteur TMT. En privatisant ces sociétés, les nouveaux actionnaires visent à accélérer l’innovation et la croissance, et à déployer des initiatives de création de valeur pluriannuelles à l’abri des contraintes liées aux résultats trimestriels.
Le Moyen‑Orient devient un acteur majeur des médias et du divertissement, soutenu par des programmes nationaux comme Vision 2030 en Arabie saoudite, qui vise à diversifier l’économie, attirer le secteur privé dans la culture et le divertissement, et positionner le pays comme un hub régional de l’art, des médias, du sport et des loisirs.
À mesure que le secteur se développe, les investissements et les opérations de M&A s’intensifient : fonds souverains, groupes médias régionaux et plateformes internationales acquièrent des créateurs de contenus, des diffuseurs, des sociétés de gestion d’événements sportifs et détenteurs de droits, afin de bâtir des positions renforcées sur le marché mondial du divertissement.
La région se rapproche rapidement de son objectif de devenir un hub global pour les événements live, les droits sportifs, le gaming et la distribution digitale.
Le sport demeure un pilier central de cette stratégie. Les fonds souverains du Moyen‑Orient continuent d’utiliser le sport et les divertissements live comme leviers stratégiques pour stimuler le tourisme et accroître la visibilité internationale.
Un exemple notable : l’évolution de la Saudi Pro League, passée de recrutements « stars » à une véritable propriété média multi‑plateforme.
Les transactions récentes illustrent la redistribution des droits de diffusion entre plateformes régionales et internationales, notamment :
Ces dynamiques confirment la transition du Moyen‑Orient vers un écosystème média et divertissement compétitif à l’échelle mondiale. Pour les investisseurs, la combinaison de :
Les marchés d’introduction en bourse rouvrent progressivement, soutenus par des conditions macroéconomiques plus favorables. Les produits des IPO mondiales ont augmenté de 45 %, passant de 118 Md$ en 2024 à 172 Md$ en 2025, portés par une activité accrue dans les services financiers (dont la fintech) et la technologie.
Les États‑Unis ont enregistré leur meilleure année d’IPO depuis 2021, tandis que la région Asie‑Pacifique a conservé le plus grand nombre d’introductions en bourse, avec une hausse annuelle des produits supérieure à 50 %.
Dans ce contexte, la demande des investisseurs apparaît plus forte pour les actifs technologiques offrant une visibilité claire sur la croissance et le passage à l’échelle, en particulier dans :
Les signaux sont visibles sur les marchés américains, où des acteurs des puces IA et de la mémoire préparent leur IPO, et les récents débuts de REITs spécialisés data centers ont affiché une bonne valorisation.
Cela reflète un regain d’appétit des investisseurs pour les actifs de croissance de haute qualité.
Avec l’émergence de tendances similaires dans d’autres régions, l’activité IPO — notamment dans la technologie — semble positionnée pour se poursuivre en 2026.
Note: Les données de 2025 sont une estimation de PwC visant à améliorer la comparabilité d’une année sur l’autre, en tenant compte du décalage de publication. Consultez la section « À propos des données » pour plus d’informations.
Sources: Analyse de LSEG et PwC
Globalement, la valeur des transactions TMT a augmenté de 49 % en 2025, bien que les volumes soient restés stables.
Le secteur technologique a représenté la plus grande part de l’activité — 84 % des volumes et 76 % des valeurs — ce qui en fait, une fois encore, le principal moteur du M&A dans le secteur.
La prépondérance de la technologie s’est également reflétée dans l’activité des megadeals (transactions de plus de 5 Md$) : 26 des 32 megadeals TMT de 2025 ont eu lieu dans la technologie.
L’importance croissante de l’IA dans le M&A technologique se reflète non seulement dans la hausse des megadeals du secteur, mais aussi dans notre analyse des principales opérations corporate technologie de 2025, qui montre que 85 % des transactions de l’échantillon mentionnaient l’IA dans leur rationnel stratégique dans les communiqués de presse.
Au global, la valeur des opérations technologiques a augmenté de 50 % en 2025, tandis que les volumes sont restés stables. D’importantes différences régionales sont apparues :
Dans les médias et le divertissement, la valeur des transactions a bondi de 96 %, une évolution largement liée à l’opération Warner Bros. Discovery, tandis que les volumes ont reculé de 6 % sur un an.
Dans les télécommunications, les valeurs ont progressé de 8 %, avec des volumes globalement stables.
« Nous anticipons depuis longtemps une consolidation du streaming, le processus autour de Warner Bros.Discovery, suggère que ce moment est peut‑être enfin arrivé. En 2026, nous nous attendons à ce que le M&A se poursuive, les plateformes cherchant à renforcer, étendre et sécuriser des contenus attractifs capables d’attirer et de fidéliser les audiences. »
La réinvention portée par l’IA, l’évolution des comportements consommateurs et entreprises, ainsi que la restructuration des portefeuilles télécoms et médias redéfinissent en 2026 la manière dont les entreprises des secteurs technologie, médias et télécommunications utilisent le M&A pour rester compétitives.
À mesure que la convergence des plateformes et les infrastructures digitales deviennent des sources d’avantage stratégique, les organisations réévaluent les capacités à :
Les entreprises qui font de l’IA une priorité, modernisent leurs stacks technologiques, repensent l’engagement des audiences et prennent des décisions d’investissement et de partenariat structurées seront les mieux placées pour réussir.
Les leaders du TMT qui agissent avec détermination — via des acquisitions, des partenariats ou un réalignement de portefeuille — seront les mieux positionnés pour capter la dynamique d’un secteur à l’aube de son prochain chapitre.