Stable, sélectif, et orienté vers un rééquilibrage stratégique
Le marché du M&A dans le secteur de la Distribution et des Biens de consommation aborde 2026 sur des bases plus solides que prévu, malgré un contexte macroéconomique contrasté et des perspectives de croissance hésitantes. Pour de nombreuses catégories de consommateurs, la croissance reste sous pression, comme l’illustre l’indice de confiance des consommateurs de l’OCDE resté en dessous du seuil neutre de 100 tout au long de 2025, signalant une prudence accrue des consommateurs et une préférence pour l’épargne plutôt que la dépense.
Dans ce contexte, les entreprises qui ont renforcé leur discipline opérationnelle, ajusté leur base de coûts, rationalisé leur portefeuille et recentré leurs décisions autour du consommateur, ressortent aujourd’hui mieux positionnées. Un regain progressif de la confiance des entreprises se traduit par une volonté croissante de recourir au M&A, à des fins stratégiques, en 2026.
En 2025, le M&A mondial dans le secteur a vu les valeurs de transactions progresser de 41%, alors que les volumes sont restés globalement stables. Cette configuration reflète celle du marché M&A mondial, où l’activité est de plus en plus tirée par un nombre réduit de transactions de grande taille, à forte conviction, menées par des acteurs stratégiques avec l’appui de fonds de Private Equity déployant toujours plus de capital. Beaucoup de ces opérations d’envergure ont eu lieu aux États‑Unis, tandis que l’Europe et l’Asie maintenaient un flux constant d’opérations plus modestes, centrées sur les marques et les canaux de distribution, renforçant l’idée d’un marché davantage sélectif que massif.
En 2026, nous anticipons une reprise graduelle de l’activité et une amélioration des valorisations, portée par le retour de la confiance et un appétit croissant pour des mouvements transformants.
Cette amélioration des perspectives repose sur une confiance des consommateurs plus solide, soutenue par un contexte macroéconomique qui se stabilise malgré la volatilité du marché : les anticipations de croissance du PIB réel se redressent, les taux d’intérêt se détendent et les frictions réglementaires - notamment aux États‑Unis - se sont atténuées. Les entreprises cotées du secteur restent globalement sous‑valorisées, créant un gisement attractif pour des opérations de retrait de cote, de carve‑outs ou de redéploiements stratégiques. Dans un environnement où l’IA transforme rapidement l’économie concurrentielle, le M&A devient un levier essentiel de rééquilibrage rapide des portefeuilles et d’anticipation des comportements consommateurs.
« Malgré la complexité et la volatilité des marchés, les entreprises du secteur travaillent résolument pour rendre leurs organisations plus agiles et résistantes aux divers scenarios de crises, sécurisation des matières premières, réorganisation géographique des opérations pour se rapprocher des marchés de consommation. Elles restent toujours en recherche de croissance, marché, produits, pour enrichir leur portefeuille, en suivant de près les préférences consommateurs telles que le sain, le soin et le bien-être personnalisé. »
Les grandes entreprises du secteur de la Distribution et des Biens de consommation affinent leurs portefeuilles grâce à une stratégie en deux axes :
Les PDG des grandes entreprises privilégient désormais les marques mondiales et les plateformes modulables, capables d’opérer efficacement à travers plusieurs marchés, un mouvement qui soutient l’évolution vers des modèles opérationnels plus légers. Certains segments en difficulté en Europe sont source de nombreuses transactions. Ainsi, scissions et cessions devraient s’accélérer en 2026, soutenus par un mix d’acheteurs stratégiques et de fonds de private equity.
L’exemple d’Unilever, scission de la division Glaces et cessions ciblées, notamment de marques alimentaires locales comme The Vegetarian Butcher et la marque de snacking sain Graze, illustre ce rééquilibrage progressif. Procter & Gamble, Reckitt, Coty et d’autres procèdent de manière similaire, cédant des marques locales, des segments de niche ou des catégories entières devenues non stratégiques.
Même si ces cessions sont souvent plus discrètes que les megadeals, leur impact cumulé est significatif : diminution des actifs non stratégiques ou à faible rentabilité, permettant l’amélioration du rendement attendu du capital, la simplification opérationnelle, et la préparation à de nouvelles opportunités de croissance à plus forte marge. La simplification de portefeuille devrait demeurer un thème stratégique majeur en 2026 et au‑delà.
Les fonds d'investissement ont réalisé plusieurs transactions emblématiques en 2025 :
Ces transactions reflètent un important investissement en capital, des coûts de financement plus bas et un regain d'intérêt pour des entreprises de consommation sous-évaluées et dotées de marques solides. En 2026, nous prévoyons une activité continue alors que les acheteurs ciblent les entreprises cotées grand public, sous pression du fait des changements d'habitudes de consommation et des perturbations structurelles du retail.
Les entreprises du secteur ont intensifié les opérations de croissance externe à la recherche d’économies d’échelle en 2025, afin d’améliorer leur résilience et de générer des gains d’efficacité dans un contexte de pression sur les coûts du fait de consommateurs toujours plus sensibles aux prix. Ce mouvement devrait se prolonger en 2026.
La consolidation s’accélère notamment dans :
Par exemple, avec l'acquisition de Kellanova, finalisée en décembre 2025, Mars élargit son portefeuille de marques et étend sa portée sur les marchés mondiaux.
Le projet de fusion Union Pacific – Norfolk Southern, l’un des plus importants deals de 2025, illustre également l’impact transformant de la consolidation, avec des effets sur la distribution des biens de consommation, la logistique e‑commerce et la fiabilité des chaînes d'approvisionnement. En effet, la résilience de la chaîne d'approvisionnement reste une priorité pour les entreprises de consommation, en partie accélérée par les tarifs douaniers mais aussi pour s’adapter à un environnement globalement plus volatile.
Les fusions et acquisitions axées sur les atouts concurrentiels devraient augmenter à mesure que les détaillants, plateformes et propriétaires de marques renforcent leurs bases technologiques, logistiques et leurs données. L'engagement client favorisé par l'IA, les attentes croissantes en matière d’experience consommateur et l'économie du e-commerce poussent les entreprises à préférer des acquisitions plutôt que du développement de ces capacités en interne, lorsque la rapidité de mise sur le marché est importante.
La convergence industrielle s'accélère, les entreprises s'étendent dans des domaines connexes tels que la logistique, la santé, les médias et l'électronique afin d'élargir leurs capacités opérationnelles et commerciales. Ces mesures améliorent l’efficacité des fonctions opérationnelles d el’entreprise, approfondissent la compréhension des clients et permettent un commerce numérique plus efficace.
Parmi les exemples récents figurent l'acquisition de Ceconomy par JD.com, qui a permis à la plateforme chinoise de commerce électronique de s'implanter dans la distribution européenne d'électronique grand public, l'acquisition par IKEA de la société de logiciels logistiques alimentés par l'IA Locus, et l'acquisition d'Andlauer par UPS pour développer ses capacités logistiques de santé et de chaîne du froid. Dans le domaine de l'amélioration de l'habitat, l'acquisition par Home Depot du distributeur de produits spécialisés GMS et l'acquisition de Foundation Building Materials par Lowe's, reflètent une stratégie commune visant à approfondir l'exposition au segment des entrepreneurs professionnels. Ensemble, ces transactions mettent en lumière comment les entreprises devraient utiliser les fusions et acquisitions en 2026 pour sécuriser les compétences distinctives et l'accès aux clients, afin de soutenir leur croissance et résilience à long terme.
Une tendance notable en 2025 a été la hausse des « rachats de fonds » dans le secteur grand public, des entrepreneurs qui rachètent des marques qu'ils avaient auparavant vendues à des entreprises ou des sponsors financiers. Parmi les exemples, Huda Kattan a retrouvé la pleine propriété de Huda Beauty, Adam Miller qui a racheté Revel Bikes, Stella McCartney qui a racheté la participation minoritaire de LVMH dans sa maison de mode, et la rachat du détaillant australien de beauté RY par ses fondateurs.
Nous prévoyons d'autres opérations de ce type en 2026, alors que les entreprises continuent d'optimiser leurs portefeuilles plutôt que de soutenir des actions de croissance à long terme de marques intermédiaires. Les accords de rachat fondateur offrent une réinitialisation stratégique, qui s'aligne étroitement avec les préférences des clients, les consommateurs valorisant de plus en plus l'authenticité et l'éthique de marque originale que les fondateurs sont particulièrement placés pour défendre.
Le Japon émerge comme l'un des marchés de fusions et acquisitions les plus dynamiques au monde, porté par la réforme de la gouvernance d’entreprise, les changements démographiques et une vague de restructurations de portefeuilles de grandes entreprises et conglomérats diversifiés. Le secteur de la Distribution et des Biens de consommation bénéficie non seulement de ces changements structurels plus larges, mais aussi des évolutions du comportement des consommateurs. Cela incite à des acquisitions stratégiques, les marques grand public et les détaillants recherchent des capacités plus solides en marque de distributeur et en numérique, parallèlement à une expansion nationale et internationale.
La valeur des transactions dans le secteur de la consommation japonaise a augmenté de 24%, passant de 18,5 milliards de dollars en 2024 à 23,0 milliards de dollars en 2025, avec 11 transactions dépassant 500 millions de dollars, contre 7 l'année précédente. L'intérêt transfrontalier augmente, la faiblesse du yen renforçant l'attrait de la valorisation pour les acheteurs étrangers, notamment des États-Unis, d'Europe et d'Asie, qui recherchent des participations minoritaires ou des coentreprises avec des entreprises japonaises, en particulier parmi les opérateurs de détail et de la restauration.
Le Private Equity a également été très actif, notamment dans l'épicerie et la distribution spécialisée. Parmi les exemples notables figurent la vente en juillet 2025 par KKR et Walmart de Seiyu, une chaîne nationale de supermarchés, à un groupe de distribution japonais Trial Holdings et l'acquisition par Bain Capital des divisions supermarchés et magasins spécialisés de York Holdings auprès de Seven & i en septembre 2025. Ces éléments reflètent l'intérêt des investisseurs pour les actifs permettant de bénéficier des changements démographiques structurels, notamment le vieillissement de la population japonaise et l'évolution des modes de consommation intérieure.
Les grands conglomérats japonais accélèrent leurs avancées vers les catégories alimentaires à valeur ajoutée pour consommateurs, cherchant à s'étendre à l'échelle mondiale et à capter ces segments à forte croissance. Mitsubishi, par exemple, via sa filiale Cermaq, a renforcé sa position mondiale grâce à l'acquisition des actifs d'élevage de saumon en Norvège et au Canada auprès de Grieg Seafood. D'autres entreprises alimentaires japonaises ont entrepris des acquisitions transfrontalières pour augmenter leurs ingrédients, assaisonnements et portefeuilles de produits prêts à consommer, tel que l'achat par Marubeni de Bubbies, une marque américaine de glaces mochi.
Au-delà du commerce de détail, les secteurs de l'hôtellerie et des loisirs japonais devraient également prendre de l'élan en 2026, portés par la reprise du tourisme, caractérisé par « l'expérience » à forte valeur ajoutée, et « l'exportation » des normes japonaises renommées de l'hôtellerie (Omotenashi) à l'étranger. Les activités récentes incluent l'acquisition par Seibu d'Oku Japan, un opérateur basé à Kyoto spécialisé dans le tourisme d'aventure pour les voyageurs internationaux, reflétant un changement stratégique passant d'offres axées sur l'hébergement vers des voyages sélectionnés et axés sur l'expérience. L'acquisition par Seibu Prince Hotels du groupe hôtel-boutique Ace Hotel reflète l'accent croissant mis sur l'hôtellerie lifestyle.
Le segment de la restauration subit une pression à long terme due à la baisse de la consommation intérieure et la baisse de la population japonaise, malgré une économie favorable des franchises. Des transactions récentes, telles que l'achat par Colowide de Seagrass Holdco, exploitant de la marque australienne de steakhouse premium « The Meat & Wine Co », illustrent les efforts des entreprises japonaises pour étendre leurs activités à l'étranger. À l'avenir, les fusions et acquisitions sortantes devraient rester un levier stratégique clé pour les opérateurs de restaurants japonais cherchant à diversifier leurs sources de revenus, accéder à des marchés consommateurs à croissance plus rapide et construire des plateformes évolutives au-delà d'un marché domestique structurellement contraint.
Nous présentons ci-dessous les principales tendances qui selon nous, devraient stimuler l'activité de fusions et acquisitions dans les secteurs des marchés de consommation en 2026.
Note: Les données de 2025 sont une estimation de PwC visant à améliorer la comparabilité d’une année sur l’autre, en tenant compte du décalage de publication. Consultez la section « À propos des données » pour plus d’informations.
Sources: Analyse de LSEG et PwC
La valeur des opérations de M&A dans les marchés de consommation a augmenté de 41% en 2025, alors même que les volumes de transactions reculaient de 1%. Cette performance a été portée par 12 mégadeals (transactions de plus de 5 Md USD), contre 6 en 2024.
L’Europe, le Moyen‑Orient et l’Afrique (EMEA) ont représenté près de la moitié du volume de transactions et affiché la plus forte progression de l’activité M&A, avec une hausse de 10% sur un an. À l’inverse, les volumes sont restés stables en Asie‑Pacifique et ont reculé de 19% sur le continent américain.
Les Amériques ont représenté moins d’un quart de l’activité mondiale en volume, mais plus de la moitié des valeurs de transactions. La hausse de 89% des valeurs de deals sur un an s’explique principalement par l’augmentation du nombre de mégadeals impliquant des cibles américaines, portées par de grands acquéreurs corporate et plusieurs opérations public‑to‑private annoncées par des fonds de private equity. Les valeurs de transactions ont progressé plus modestement en Asie‑Pacifique et en EMEA, respectivement de 11% et 4%.
Pour les dealmakers, 2026 n’est pas une année où il faut attendre des conditions parfaites, mais plutôt une année où le M&A permettra de sécuriser des capacités clés, de remodeler les portefeuilles et de se positionner pour renforcer un avantage structurel durable.
Ceux qui agiront avec conviction, en adoptant une approche disciplinée du dealmaking, appuyée en amont sur la création de valeur et avec une exécution exemplaire tout au long de l’intégration, seront les mieux placés pour consolider leurs atouts concurrentiels et saisir les opportunités qu’offre une économie de consommation en rééquilibrage.