En bref
Du redémarrage au rebond : les véritables moteurs de la prochaine vague de transactions en Private Equity
Les perspectives de fusions-acquisitions pour l’industrie du Private Equity en 2026 continuent de s’améliorer, alors même que les conditions de marché demeurent volatiles. Après plusieurs années d’activité erratique, la confiance revient grâce à la stabilisation des conditions de financement et à l’atténuation progressive des inquiétudes notamment liées aux taux d’intérêt.
Bien que les incertitudes liées aux tendances macroéconomiques, aux risques politiques et aux ruptures technologiques persistent, le capital-investissement démontre une volonté renouvelée de s’engager sur des transactions plus importantes et plus complexes.
Plusieurs forces conjointes structurent ce redémarrage.
Ensemble, ces dynamiques donnent le ton de l’activité de fusions-acquisitions des fonds de Private Equity et des investisseurs institutionnels à l’aube de 2026.
« Avec l’évolution technologique, surtout dans l’intelligence artificielle, et les changements macroéconomiques et politiques, les transactions sont devenues beaucoup plus complexes. Même si certaines incertitudes liées à ces facteurs peuvent diminuer, il serait risqué pour les investisseurs d’espérer un retour aux situations passées. Dans ce contexte, savoir analyser et prévoir les opportunités de création de valeur dans un secteur ou sur un actif reste essentiel pour réussir une transaction. »
Les partenariats de grande ampleur visant à financer les data centers dédiés à l’IA, les capacités de calcul associées et les infrastructures énergétiques continuent de se développer, reflétant à la fois l’ampleur des investissements nécessaires et l’immense demande en énergétique future.
Pour les fonds de Private Equity, ces investissements dépassent la simple exposition aux investissements en infrastructure : ils constituent de plus en plus un moyen de sécuriser une position durable dans la chaîne de valeur de l’IA via des consortiums combinant capitaux financiers, technologiques, énergétiques et souverains.
L’ampleur de l’opportunité est considérable. Les estimations externes indiquent que 5 000 à 8 000 milliards de dollars d’investissement seront nécessaires d’ici à 2030 pour financer les technologies d’IA et les infrastructures qui les rendent possibles — incluant data centers, puces, réseaux et nouvelles capacités énergétiques.
Un exemple récent illustrant le rôle croissant des capitaux institutionnels à long terme est l’”AI Infrastructure Partnership”, un consortium d’investisseurs réunissant certains des plus grands fonds de Private Equity, acteurs du crédit privé, fonds souverains, sociétés de technologie et d’énergie.
En octobre 2025, ce consortium a annoncé son premier investissement majeur : l’acquisition de l’un des plus grands opérateurs mondiaux de data centers pour 40 milliards de dollars. Parallèlement, d’autres fonds souverains se sont alliés à des fonds de Private Equity pour investir dans un portefeuille d’actifs d’infrastructures liés à l’IA ou ont réalisé seuls leurs propres investissements.
Au-delà de l’infrastructure, l’IA redéfinit la manière dont les acteurs du Private Equity évaluent les opportunités et positionnent leurs participations pour une croissance à long terme.
L’IA générative (fondée sur les grands modèles de langage) et l’IA agentique (ensemble d’agents autonomes intégrés à des processus métiers spécifiques) deviennent essentielles dans la façon dont les fonds de Private Equity évaluent les cibles et planifient la création de valeur.
Certains grands investisseurs estiment que 30 à 40 % des discussions en comité d’investissement portent désormais sur la capacité des sociétés en portefeuille à déployer l’IA pour améliorer leur productivité et leur croissance, ou sur les risques de disruption liés à des concurrents technologiquement plus avancés.
Certains fonds d’investissement ont même déployé des agents “comité d’investissement virtuel” capables d’analyser les documents relatifs aux transactions, de faire ressortir les risques et opportunités sectoriels et d’alimenter les recommandations dans le processus décisionnel d’investissement.
À l’échelle mondiale, l’activité de transaction de ces deux dernières années se caractérise par une baisse du nombre d’opérations, parallèlement à une hausse des valeurs cumulées — une tendance également visible dans le Private Equity. À mesure que les investisseurs déploient leur capital de manière plus sélective, l’activité se concentre davantage sur des transactions plus importantes, fondées sur une conviction élevée, souvent structurées via des consortiums, des montages de capitaux complexes et une part croissante d’opérations de privatisation de sociétés cotées.
En 2025, la valeur des transactions globales de Private Equity a atteint près de 2 000 milliards de dollars, contre environ 1 600 milliards de dollars en 2024, tandis que le nombre de deals reculait à environ 34 300, contre 36 500 l’année précédente. Un nombre relativement limité de mega-deals a représenté une part conséquente de la valeur totale des transactions.
Les opérations de privatisation de sociétés cotées ont été l’un des marqueurs majeurs de cette dynamique, les investisseurs cherchant à obtenir un contrôle accru sur la stratégie, l’allocation de capital et les programmes de transformation, hors du regard des marchés publics. Parmi les exemples récents figurent :
Bien que les volumes de transactions restent modérés au niveau mondial, certains marchés connaissent un regain d’activité en Private Equity.
Le Japon s’impose comme un marché particulièrement dynamique : la valeur des transactions soutenues par des fonds y augmente fortement depuis 2024, soutenue par les réformes de gouvernance d’entreprise, des pressions pour améliorer l’efficacité du capital et un yen affaibli attirant les investisseurs internationaux.
Les investisseurs mondiaux et locaux restent très actifs sur les opérations de privatisation de sociétés cotées et carve‑outs, comme l’illustre le projet de privatisation de 2,7 milliards de dollars de Fujitec par EQT.
L’Inde continue également d’attirer un intérêt croissant de la part des investisseurs en capital-investissement. Les investisseurs mondiaux lèvent et déploient de nouveaux fonds dédiés à l’Asie. Selon les estimations de PwC, plus d’un tiers des capitaux levés par les nouveaux fonds asiatiques de Private Equity sont désormais dirigés vers l’Inde, ce qui témoigne de la confiance dans les perspectives de croissance à long terme de ce marché.
Le retard de sortie de sociétés détenues en portefeuille continue d’exercer une pression sur l’activité des transactions. Fin 2025, le nombre d’entreprises soutenues par des fonds de Private Equity au niveau mondial atteignait environ 32 500, contre 29 400 l’année précédente, une part croissante étant détenue au‑delà des périodes cibles, les marchés des introductions en bourse restant irréguliers et les acquéreurs plus sélectifs.
Dans ce contexte, les transactions secondaires sont devenues un levier de liquidité de plus en plus essentiel.
Les accords entre investisseurs, les véhicules de continuation pilotés par les GPs et d’autres structures secondaires fournissent une liquidité là où les voies de sortie traditionnelles demeurent limitées, permettant aux sociétés de gestion de prolonger la détention de certains actifs tout en restituant du capital aux limited partners (LPs).Ces structures sont de plus en plus utilisées non seulement pour gérer le risque de calendrier, mais aussi pour soutenir des horizons de création de valeur plus longs pour les actifs nécessitant des investissements soutenus ou une transformation opérationnelle en profondeur.
Les marchés publics montrent les premiers signes de réouverture, l’IPO de 7,2 milliards de dollars de Medline — la plus importante introduction en bourse de 2025 — envoyant un signal positif quant à la reprise des émissions. Cependant, les introductions en bourse ne représentent encore qu’une faible part des sorties du Private Equity. En conséquence, les transactions secondaires, incluant les accords entre investisseurs et les véhicules de continuation, devraient rester la voie de sortie dominante pour les fonds en 2026.
Cela dit, des opportunités ciblées de cession à des acquéreurs stratégiques pourraient également émerger, à l’image de la vente de Worldpay par GTCR à Global Payments, ou de la vente envisagée de Calpine à Constellation Energy par Energy Capital Partners et d’autres investisseurs.
In fine, la capacité à générer des sorties via des marchés secondaires ou d’autres mécanismes demeure essentielle pour restituer du capital aux LPs et, par extension, permettre aux sociétés de gestion de lever de nouveaux fonds.
Si les plus grandes sociétés de gestion continuent de lever des fonds de taille significative, une grande partie des acteurs de plus petite taille peine à suivre le rythme. Certains font face à des contraintes de capital, les sorties ayant ralenti et les LPs exigeant davantage de distributions.
Dans un contexte de distributions limitées, la levée de fonds mondiale du Private Equity reste sous pression, les investisseurs institutionnels réduisant leurs engagements, avec une baisse de 3,8 %, passant de 724 milliards de dollars en 2024 à un peu moins de 700 milliards en 2025 soit le niveau le plus faible depuis plus de cinq ans.
Cependant, l’activité de levée de fonds des plus grandes sociétés de gestion de Private Equity s’est renforcée. L’an dernier, les dix principaux fonds ont capté leur plus grande part des capitaux levés aux États‑Unis depuis plus d’une décennie. Les investisseurs souhaitent accroître leur exposition aux marchés privés en privilégient les gestionnaires de fonds les plus importants et les plus performants.
La montée en puissance des méga-fonds reflète à la fois la demande des investisseurs pour des plateformes de grande taille et l’évolution structurelle des marchés privés.
À l’avenir, les plus grandes plateformes de Private Equity joueront un rôle central dans le financement de la croissance, la gestion des risques et la consolidation sectorielle — les positionnant comme un pilier essentiel de l’écosystème financier mondial.
Le crédit privé est devenu un élément central des opérations de capital-investissement, en particulier dans le financement des LBO. Les encours mondiaux de crédit privé sous gestion ont atteint environ 2,4 trillions de dollars fin 2025 et devraient continuer de croître jusqu’à la fin de la décennie.
Le crédit privé a largement remplacé les prêts bancaires traditionnels, finançant près de 80 % des LBO mondiaux en 2024 et 2025. À mesure que le crédit privé a gagné en taille et en visibilité, il a également suscité davantage de débats et de vigilance.
Ci‑dessous, nous analysons les idées reçues ou mythes les plus répandus sur cette classe d’actifs, et les confrontons aux réalités qui influencent aujourd’hui les transactions du capital-investissement.
Réalité : Le crédit privé est désormais monnaie courante
Ce qui a commencé comme une alternative aux prêts bancaires syndiqués s’est étendu aux infrastructures, aux financements adossés à des actifs et aux financements spécialisés.
Pour les investisseurs en Private Equity, le crédit privé offre plusieurs avantages clés : rapidité, certitude d’exécution accrue, et flexibilité dans la structuration.
Ces avantages sont devenus d’autant plus précieux dans un contexte de volatilité des marchés et de resserrement des bilans bancaires.
Réalité : La réalité est plus nuancée
Les restructurations et faillites retentissantes observées fin 2025 ont suscité des interrogations quant aux normes de souscription.
Toutefois, dans plusieurs cas médiatisés, le crédit privé ne représentait qu’une faible part de la structure globale du capital, la majorité de la dette ayant été octroyée, garantie, souscrite ou syndiquée par les banques traditionnelles.
Si les pertes font partie intégrante de tout cycle de crédit, le crédit privé ne représente qu’une fraction limitée du marché mondial de la dette des entreprises, ce qui suggère que les difficultés ne peuvent être imputées qu’à une seule source de financement.
Réalité : Bien que la classe d’actifs ait fortement grandi, les risques sont probablement surestimés
La croissance rapide du crédit privé et son manque relatif de transparence ont suscité des comparaisons avec les titres adossés à des prêts hypothécaires et autres instruments complexes d’avant la crise financière.Ces comparaisons tendent toutefois à surestimer les risques.
Les prêts de crédit privés sont généralement bilatéraux, plus rigoureusement documentés et soumis à une surveillance plus étroite de la part des prêteurs que les structures à fort effet de levier et largement distribuées qui ont alimenté la crise financière mondiale.
Cela dit, cette classe d’actifs a connu une croissance rapide et a atteint une taille telle que, dans un scénario de récession sévère, elle pourrait amplifier les tensions dans certaines parties du système financier, notamment compte tenu de l’implication d’assureurs et autres investisseurs de long terme.
Bien que le crédit privé ne soit généralement ni garanti ni soutenu par les contribuables, les préoccupations relatives à la transparence et à l’interconnexion ont entraîné une surveillance réglementaire accrue.
Réalité : Le crédit privé fait l’objet d’une attention réglementaire croissante
Les autorités réglementaires se concentrent sur la transparence, les pratiques de valorisation et l’adéquation des investisseurs,notamment à mesure que la participation des particuliers augmente.
Le FMI a appelé à une supervision plus proactive du capital privé, tandis que des organismes de réglementation tels que la SEC cherchent à améliorer les normes de reporting.
Au Royaume‑Uni, la Banque d’Angleterre a lancé une étude exploratoire à l’échelle du système afin d’évaluer les risques dans les marchés privés, impliquant de nombreuses banques et gestionnaires de crédit privé de premier plan.
Réalité : Les banques rivalisent et s’adaptent
Bien que les banques soient soumises à des exigences réglementaires et de capital plus stricts que les gestionnaires de crédit privé, elles continuent de jouer un rôle central dans le financement des entreprises et des transactions. De plus, elles conservent des atouts structurels difficilement réplicables tels qu’une relation client étroite, une capacité de bilan et des capacités de distribution.
Si les banques ressentent la concurrence sur une partie de leurs prêts, beaucoup s’adaptent en nouant des partenariats avec des fonds de crédit privé pour combiner origination, expertise en structuration et capital.
Par exemple, en juin 2025, Citigroup et Carlyle Group ont annoncé un accord visant à échanger des informations de marché et à explorer des opportunités de co‑investissement et de financement.
En parallèle, les banques regagnent des parts de marché sur certains segments du financement corporate, soutenues par un coût de financement plus faible, un appétit pour le risque renouvelé et un assouplissement des contraintes réglementaires.
Elles sont ainsi en mesure de proposer des prix et des structures plus compétitifs, ce qui commence à mettre sous pression les marges du crédit privé et à évincer certains prêteurs des transactions les plus importantes.
Les fonds de Private Equity et les investisseurs institutionnels s’affirment de plus en plus comme des financeurs de long terme de l’économie mondiale, combinant capital, expertise opérationnelle et solutions de financement flexibles pour accompagner la transformation des secteurs.
Malgré la persistance de la volatilité et des contraintes en matière de sorties, le secteur du capital-investissement a su faire preuve d’adaptabilité en allouant le capital de façon sélective, en mettant en place des partenariats stratégiques d’envergure et en perfectionnant ses méthodes de création de valeur ainsi que de gestion des risques.
Les acteurs du Private Equity et investisseurs institutionnels sont ainsi bien positionnés pour rester une force motrice centrale dans le marché des fusions-acquisitions en 2026 et au-delà.