Les services financiers français au cœur d'une dynamique M&A exceptionnelle
L'année 2025 a marqué un tournant pour le M&A dans les services financiers en France. Alors qu'à l'échelle mondiale, la valeur des transactions dans le secteur a progressé de 25 % par rapport à 2024, les volumes n'ont augmenté que de 4 %, confirmant la hausse du nombre de transactions de grande taille et de méga deals. Le nombre de méga deals (transactions supérieures à 5 milliards de dollars) est passé de 14 en 2024 à 21 en 2025, dont 13 dans le secteur bancaire et des marchés de capitaux, quatre en gestion d'actifs et de patrimoine, et quatre dans le secteur de l'assurance. Le marché français s'est distingué par une activité particulièrement soutenue, portée par des opérations transformantes dans la banque, l'assurance, le courtage et la gestion de patrimoine.
Cette effervescence est d'autant plus remarquable que les grandes banques françaises ont affiché en 2025 des résultats financiers historiques (i.e. BNP Paribas avec un résultat net de 12,2 milliards d'euros, Société Générale à 7 milliards d'euros, Crédit Agricole SA à 7,1 milliards d'euros et BPCE à 4,1 milliards d'euros) leur conférant une capacité d'investissement considérable. Ces performances, soutenues par la remontée des marges d'intérêt et la bonne tenue des activités d'assurance et de banque de détail, ont créé les conditions d'une accélération des opérations de croissance externe.
Comme nous l'indiquions déjà dans nos perspectives 2025, les acteurs de l'industrie financière ont su capitaliser sur plusieurs années de recentrage stratégique et de résultats financiers de bonne facture pour accélérer sur des opérations de fusion-acquisition transformantes. Cette tendance s'est pleinement confirmée en 2025 et devrait se poursuivre en 2026.
« Après plusieurs années d'attentisme et de recentrage des activités sur les métiers stratégiques, les acteurs de l'industrie financière ont généré en 2024 et 2025 des résultats financiers de très bonne facture leur permettant d'accélérer sur des opérations de fusion-acquisition transformantes. La tendance observée en matière de méga deals se poursuit et s'amplifie en 2025 et 2026 sur l'ensemble des marchés régionaux et notamment en France et en Europe. »
Note: Les données de 2025 sont une estimation de PwC visant à améliorer la comparabilité d’une année sur l’autre, en tenant compte du décalage de publication. Consultez la section « À propos des données » pour plus d’informations.
Sources: Analyse de LSEG et PwC
La valeur des opérations de M&A dans les services financiers à l'échelle mondiale a augmenté de 25 % en 2025, tandis que les volumes n'ont progressé que de 4 %. Cet écart entre valeur et volume reflète à la fois la hausse du nombre de méga deals et la persistance des incertitudes quant à la croissance économique, à l'évolution des taux d'intérêt, à la qualité des actifs dans les portefeuilles de prêts et aux conséquences des tensions géopolitiques, y compris l'impact de nouveaux régimes tarifaires.
La région EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique) a enregistré la plus forte progression annuelle en valeur, en hausse de 86 %, portée par plusieurs opérations bancaires et assurantielles majeures annoncées en Europe. La France a pleinement contribué à cette dynamique, avec des transactions emblématiques telles que l'acquisition d'AXA Investment Managers par BNP Paribas Cardif pour 5,1 milliards d'euros, la prise de contrôle de NovoBanco par BPCE pour 6,4 milliards d'euros, ou encore l'acquisition par Ardian de c. 50 % de Diot Siaci valorisé à environ 4 milliards d'euros.
Sur le continent américain, les valeurs de transactions ont augmenté de 9 %, la consolidation régionale des banques et le dynamisme du secteur des paiements contribuant à une hausse de 50 % des valeurs dans le segment Banking & Capital Markets. À l'inverse, le recul du nombre de méga deals en assurance en 2025 a entraîné une baisse de 27 % de la valeur des transactions dans ce secteur. En Asie-Pacifique, les valeurs de transactions ont progressé de 12 %, le nombre de méga deals passant de deux en 2024 à cinq en 2025.
L'activité a crû le plus rapidement sur le continent américain, avec une augmentation des volumes de 7 % sur un an. Les volumes en EMEA ont progressé de 5 %, tandis que l'activité en Asie-Pacifique est restée globalement stable.
Même dans ce contexte d'incertitudes persistantes, les deal makers s'adaptent de plus en plus à ce nouvel environnement, utilisant le M&A comme levier stratégique pour repositionner leurs portefeuilles et orienter leur trajectoire de croissance.
« La poursuite des méga deals dans les services financiers illustre la nécessité d'atteindre une masse critique et de mener des transformations technologiques, dans un contexte où le sentiment à l'égard du M&A devient plus positif. Pour 2026, nous anticipons la continuation de cette tendance, avec un flux soutenu de transactions, en particulier de méga deals, en fonction de l'évolution géopolitique et des dynamiques liées à la qualité des actifs. »
En résumé, nous anticipons en 2026 une activité M&A portée par les tendances suivantes dans les services financiers en France
Banques : Poursuite de la consolidation et de l'expansion internationale sélective, avec un recentrage sur les activités cœur et des cessions d'actifs non stratégiques. Les banques françaises poursuivent également leur stratégie de convergence en acquérant des assureurs, des gestionnaires d'actifs et en développant des partenariats avec des fonds de dette privée. Les segments du leasing et des paiements continueront d'attirer certains investisseurs (y compris des fonds de PE).
Assureurs et mutuelles : Recomposition active des portefeuilles, consolidation offensive des principales mutuelles en quête de diversification sur les secteurs de l’épargne (via les plateformes de gestion de patrimoine) et du courtage, et poursuite de la séparation entre activités de gestion d'actifs et activités d’assurance. L'intérêt des investisseurs français (fonds PE, mutuelles, assureurs) pour les stratégies de consolidation des courtiers en assurance reste fort en France et en Europe continentale, alors que le nombre de transactions dans le secteur ralentit aux États-Unis et au Royaume-Uni.
Gestion d'actifs et de patrimoine : Accélération des rapprochements entre acteurs de taille intermédiaire et entrée sur le marché de nouveaux entrants (fonds de Private Equity, Mutuelles, Assureurs) dans un secteur des CGP en pleine transformation capitalistique.
Nous anticipons une dynamique M&A soutenue dans les services financiers en France en 2026, portée par plusieurs facteurs convergents.
Premièrement, les résultats record des grandes banques et assureurs français en 2025 leur confèrent la capacité financière nécessaire pour poursuivre des opérations transformantes, dans un contexte de taux d'intérêt stabilisés et de marges d'intérêt en amélioration.
Deuxièmement, la consolidation du secteur de la gestion de patrimoine et du courtage en assurance en France a encore de beaux jours devant elle. Le marché reste extrêmement fragmenté et l'appétit des fonds de Private Equity, des consolidateurs sectoriels et des mutuelles ne faiblit pas.
Troisièmement, les pressions de long terme, efficacité du capital, investissements technologiques et liés à l'IA, renforcement de la résilience face aux risques climatiques et cyber, s'intensifient et renforcent le besoin de reconfigurer les portefeuilles et de gagner en échelle.
Enfin, la dette privée s'impose comme un facteur déterminant dans ce paysage, accélérant la convergence des sous-secteurs financiers et redéfinissant les dynamiques traditionnelles du M&A. Les acteurs français devront prendre des décisions stratégiques claires pour se positionner, défendre et développer leurs parts de marché dans ce nouvel environnement.