2026 Outlook

Tendances et perspectives pour le secteur des services financiers en France

Global M&A Trends in Financial Services hero image
  • Etude
  • 11 minutes de lecture
  • 16 mars 2026

En 2026, l'activité de fusions-acquisitions dans les services financiers en France s'inscrit dans un cycle de forte intensité, porté par la consolidation sectorielle, la quête d'échelle, la transformation technologique et la montée en puissance des activités de dette privée. Dans un contexte de stabilisation des taux d'intérêt, de résultats bancaires et assurantiels historiques et d'un cadre réglementaire en mutation, les acteurs français du secteur financier utilisent le M&A comme levier stratégique pour repositionner leurs activités et accélérer leur croissance. 

Les services financiers français au cœur d'une dynamique M&A exceptionnelle

L'année 2025 a marqué un tournant pour le M&A dans les services financiers en France. Alors qu'à l'échelle mondiale, la valeur des transactions dans le secteur a progressé de 25 % par rapport à 2024, les volumes n'ont augmenté que de 4 %, confirmant la hausse du nombre de transactions de grande taille et de méga deals. Le nombre de méga deals (transactions supérieures à 5 milliards de dollars) est passé de 14 en 2024 à 21 en 2025, dont 13 dans le secteur bancaire et des marchés de capitaux, quatre en gestion d'actifs et de patrimoine, et quatre dans le secteur de l'assurance. Le marché français s'est distingué par une activité particulièrement soutenue, portée par des opérations transformantes dans la banque, l'assurance, le courtage et la gestion de patrimoine.

Cette effervescence est d'autant plus remarquable que les grandes banques françaises ont affiché en 2025 des résultats financiers historiques (i.e. BNP Paribas avec un résultat net de 12,2 milliards d'euros, Société Générale à 7 milliards d'euros, Crédit Agricole SA à 7,1 milliards d'euros et BPCE à 4,1 milliards d'euros) leur conférant une capacité d'investissement considérable. Ces performances, soutenues par la remontée des marges d'intérêt et la bonne tenue des activités d'assurance et de banque de détail, ont créé les conditions d'une accélération des opérations de croissance externe. 

Comme nous l'indiquions déjà dans nos perspectives 2025, les acteurs de l'industrie financière ont su capitaliser sur plusieurs années de recentrage stratégique et de résultats financiers de bonne facture pour accélérer sur des opérations de fusion-acquisition transformantes. Cette tendance s'est pleinement confirmée en 2025 et devrait se poursuivre en 2026.

« Après plusieurs années d'attentisme et de recentrage des activités sur les métiers stratégiques, les acteurs de l'industrie financière ont généré en 2024 et 2025 des résultats financiers de très bonne facture leur permettant d'accélérer sur des opérations de fusion-acquisition transformantes. La tendance observée en matière de méga deals se poursuit et s'amplifie en 2025 et 2026 sur l'ensemble des marchés régionaux et notamment en France et en Europe. »

Hervé Demoy,Industry Deals Leader, Associé PwC France & Maghreb

Tendances mondiales des fusions-acquisitions dans les services financiers par sous-secteur

En résumé, nous anticipons en 2026 une activité M&A portée par les tendances suivantes dans les services financiers en France

Banques : Poursuite de la consolidation et de l'expansion internationale sélective, avec un recentrage sur les activités cœur et des cessions d'actifs non stratégiques. Les banques françaises poursuivent également leur stratégie de convergence en acquérant des assureurs, des gestionnaires d'actifs et en développant des partenariats avec des fonds de dette privée. Les segments du leasing et des paiements continueront d'attirer certains investisseurs (y compris des fonds de PE).

Assureurs et mutuelles : Recomposition active des portefeuilles, consolidation offensive des principales mutuelles en quête de diversification sur les secteurs de l’épargne (via les plateformes de gestion de patrimoine) et du courtage, et poursuite de la séparation entre activités de gestion d'actifs et activités d’assurance. L'intérêt des investisseurs français (fonds PE, mutuelles, assureurs) pour les stratégies de consolidation des courtiers en assurance reste fort en France et en Europe continentale, alors que le nombre de transactions dans le secteur ralentit aux États-Unis et au Royaume-Uni.

Gestion d'actifs et de patrimoine : Accélération des rapprochements entre acteurs de taille intermédiaire et entrée sur le marché de nouveaux entrants (fonds de Private Equity, Mutuelles, Assureurs) dans un secteur des CGP en pleine transformation capitalistique. 

La consolidation et l'expansion stratégique comme moteurs du M&A bancaire en France

Les banques françaises ont poursuivi en 2025 une stratégie de consolidation et d'expansion internationale sélective, dans la continuité des tendances observées l'année précédente. Dotées de bilans solides et de résultats record, elles disposent des moyens nécessaires pour mener des opérations de grande envergure. 

L'expansion transfrontalière a constitué un axe majeur en 2025, avec plusieurs opérations structurantes :

  • BPCE a réalisé l'acquisition de NovoBanco, l'une des principales banques au Portugal, pour 6,4 milliards d'euros, marquant un changement d'échelle dans sa stratégie d'expansion européenne. 
  • Crédit Mutuel Alliance Fédérale a finalisé le rachat de 100 % d'OLB en Allemagne pour 1,9 milliard d'euros, faisant de l'Allemagne son deuxième marché domestique avec désormais près de 400 agences supplémentaires. 
  • Crédit Agricole renforce son influence en Italie, où le groupe détient plus de 20 % de Banco BPM et négocie activement son entrée au conseil d'administration, avec l'ambition de porter la contribution de l'Italie à 20 % de ses résultats d'ici 2028. Le Groupe a poursuivi son développement européen en acquérant également 100 % de Banque Thaler, spécialiste suisse de la gestion de fortune, via sa filiale Indosuez Wealth Management. Cette opération porte les actifs sous gestion d’Indosuez Suisse à près de 50 milliards d’euros.
  • BNP Paribas a finalisé l'acquisition des activités de banque privée de HSBC en Allemagne, doublant ses actifs sous gestion locaux à près de 50 milliards d'euros. 

Ces mouvements illustrent la volonté des banques françaises de bâtir des positions de premier plan sur leurs marchés de prédilection en Europe, dans un contexte où la consolidation transfrontalière européenne, bien que souhaitée par les régulateurs, reste freinée par les souverainetés nationales, comme l'a montré l'échec du projet de coentreprise entre BPCE (Natixis IM) et Generali dans la gestion d'actifs. 

La convergence redéfinit les stratégies M&A bancaires

Les frontières sectorielles traditionnelles s'estompent en France, les banques cherchant à acquérir des assureurs, des gestionnaires d'actifs et des activités de leasing afin de diversifier leurs revenus et d'approfondir la relation client. 

L'opération emblématique de cette convergence reste le rachat d'AXA Investment Managers par BNP Paribas Cardif pour 5,1 milliards d'euros, qui illustre l'appétit croissant des banques pour des capacités adjacentes : élargissement de la gamme d'actifs (traditionnels et alternatifs), extension des réseaux de distribution et renforcement des capacités d'innovation. 

Dans le leasing, BNP Paribas a engagé des négociations exclusives pour l'acquisition d'Athlon (Mercedes-Benz Leasing), pour une valeur d'environ 1,5 milliard d'euros, qui créerait un co-leader européen de la location longue durée avec une flotte combinée de 2,3 millions de véhicules, renforçant la position d'Arval face à Ayvens (Société Générale). Cette opération s'inscrit dans la continuité de la réinvention des modèles économiques bancaires que nous avions identifiée comme tendance clé pour 2025, notamment sur les segments du leasing, des paiements et de la banque au quotidien. 

Désinvestissements et recentrage stratégique

En parallèle de ces opérations de croissance, les banques françaises poursuivent activement le recentrage de leurs portefeuilles via des cessions d'actifs non stratégiques. 

BNP Paribas a engagé des discussions pour la cession de sa filiale marocaine BMCI à Holmarcom, une opération qui améliorerait son ratio CET1 d'environ 15 points de base, tout en cédant sa participation dans BNP Paribas Bank Polska pour 264 millions d'euros. Le groupe a également finalisé la cession de Cetelem Argentina à Revolut. Société Générale poursuit de son côté la rationalisation de ses participations fintech, avec les cessions successives de Shine, Lumo et Treezor.

Ces mouvements illustrent le double objectif des grandes institutions françaises : se délester d'activités non stratégiques et réinvestir dans les zones de croissance prioritaires, tout en optimisant finement leur allocation de capital dans la perspective de Bâle IV. 

Environnement réglementaire : entre assouplissement et nouvelles exigences

Le cadre réglementaire constitue un facteur déterminant pour l'activité M&A bancaire en France et en Europe. Si les régulateurs américains et britanniques ont récemment assoupli certaines exigences de capital (i.e. réduction du Supplementary Leverage ratio aux États-Unis, abaissement du Tier 1 de 14 % à 13 % au Royaume-Uni), la Banque Centrale Européenne (BCE) envisage de son côté des ajustements visant à simplifier les différents dispositifs et coussins auxquels les banques doivent se conformer.

À l'inverse, la mise en œuvre des réformes Bâle III final (Bâle IV) devrait entraîner une hausse des exigences en capital à compter de 2028, ce qui pourrait renforcer le besoin de consolidation et pousser les acteurs à optimiser leur allocation de capital. Par ailleurs, la surtaxe d'impôt sur les sociétés, maintenue en France en 2025 et potentiellement reconduite en 2026, pèse sur la compétitivité bancaire française et pourrait limiter l'influence des acteurs français dans la consolidation européenne, à un moment où des concurrents espagnols (Santander, BBVA) et italiens (UniCredit, Intesa Sanpaolo) accélèrent leurs opérations stratégiques. 

Transformations structurelles dans l'assurance

Au-delà du courtage, les assureurs français font face à des transformations profondes qui stimulent le M&A. L'accélération numérique et l'intelligence artificielle poussent certains acteurs à acquérir des Insurtechs et des plateformes digitales pour automatiser la souscription et la gestion des sinistres. Le marché de l'assurance cyber entre dans une phase de croissance accélérée en France, avec un potentiel élevé notamment auprès des PME. L'assurance auto via les captives de réassurance continue de gagner du terrain, avec 23 structures désormais agréées contre seulement 10 avant 2023.

Crédit Agricole renforce quant à lui sa stratégie autour de l'assurance, devenue un véritable moteur de conquête pour le groupe, avec des objectifs ambitieux comme l’atteinte de 400 milliards d'euros d'encours d'ici 2028, le lancement d'une offre d'assurance-vie 100 % digitale et un développement accru sur la clientèle patrimoniale.

Les fonds de Private Equity continuent par ailleurs de considérer l'assurance comme une classe d'actifs attractive à long terme, non seulement pour la résilience des rendements, mais aussi en raison d'une évolution structurelle marquée par l'externalisation croissante du risque, la montée en puissance du capital des marchés de la dette privée et l'élargissement des capacités d'investissement et de gestion d'actifs des assureurs. Ces tendances devraient soutenir l'intérêt stratégique et financier pour le secteur de l'assurance en 2026.

La consolidation des courtiers, un thème majeur qui s'intensifie en France

Alors que la dynamique de consolidation du courtage ralentit aux États-Unis et au Royaume-Uni après plusieurs années d'activité intense, la France et l'Europe continentale s'imposent comme les nouveaux épicentres de cette tendance. L'année 2025 a été marquée par plusieurs opérations d'envergure impliquant des acteurs français :

  • Ardian (fonds d'investissement) a acquis environ 50 % de Diot Siaci, acteur de référence du courtage en France, dans le cadre d'un deal valorisé à 4 milliards d'euros, confirmant l'attractivité du courtage français pour les fonds de private equity.
  • Advent International a acquis Kereis, acteur majeur du courtage en assurance emprunteur, pour environ 2 milliards d'euros.
  • Ardonagh (courtier britannique) a acquis Groupe Leader Insurance, courtier français, pour une valeur d'environ 300 millions d'euros, illustrant l'intérêt des consolidateurs internationaux pour un marché français qui reste encore fragmenté.

Ces opérations s'inscrivent dans la continuité de la tendance que nous avions identifiée dès 2024 : les fonds de Private Equity sont particulièrement intéressés par des actifs non régulés comme les courtiers en assurance, qui offrent des taux de croissance supérieurs à la moyenne du secteur et des perspectives de consolidation importantes. À l'échelle mondiale, les opérations dans le courtage continuent de concentrer les plus grosses transactions, à l'image de l'acquisition d'AssuredPartners par Arthur J. Gallagher pour 13,5 milliards de dollars ou du rachat de RSC Topco par Brown & Brown pour 9,8 milliards de dollars. 

Par exemple, le fonds PE d’Oddo BHF a investi dans Hueber Assurances, un courtier digital, valorisé à plus de 120 millions d'euros, ce qui confirme cette tendance sur le marché français.

Les mutuelles et assureurs, nouveaux consolidateurs offensifs

Un phénomène distinctif du marché français en 2025 est l'émergence des mutuelles et des assureurs comme consolidateurs actifs, en particulier sur les segments de la gestion de patrimoine et du courtage. Ce mouvement, sans équivalent dans les marchés anglo-saxons, traduit la volonté de ces acteurs de diversifier leurs sources de revenus et de capter le potentiel du marché de l'épargne en France, estimé à plus de 6 400 milliards d'euros. 

Malakoff Humanis s'est distingué par une stratégie de croissance externe particulièrement ambitieuse :

  • Acquisition d'une participation majoritaire dans Unofi (activités d'assurance et de gestion de patrimoine), aux côtés de La France Mutualiste, pour 1,3 milliard d'euros, portant les encours du groupe à 11 milliards d'euros. 
  • Acquisition majoritaire de Magnolia, leader des comparateurs en assurance emprunteur, sur la base d’une valorisation d'environ 300 millions d'euros.
  • Signature d’un protocole d'accord avec Kerialis Prévoyance en vue d'un rapprochement au second semestre 2026. 
  • Acquisition de Sienna Gestion et de ses activités de dette privée (33 milliards d'euros d'actifs) auprès de GBL. 

De même, la Carac (mutuelle) est entrée en négociations exclusives pour acquérir 70 % du Groupe Astoria sur une valorisation proche de 900 millions d'euros, acteur majeur du conseil en gestion de patrimoine avec 14 milliards d'euros d'encours. D'autres mutuelles comme La France Mutualiste (partenaire de Malakoff Humanis sur Unofi) et le Groupe Vyv ont également réalisé des acquisitions dans le secteur du courtage et des CGP (Patrimmofi, Mon Petit Placement), confirmant cette tendance de fond.

La gestion de patrimoine, segment le plus dynamique du M&A français

La gestion de patrimoine s'est imposée en 2025 comme l'un des segments les plus attractifs pour les investisseurs en France, dans la continuité d'une tendance mondiale où ce segment représente environ la moitié du volume de transactions en gestion d'actifs et de patrimoine. Le secteur français de la gestion de patrimoine est entré dans ce que les observateurs qualifient de « nouvel âge capitalistique », marqué par l'arrivée de fonds d'investissement internationaux au capital des grandes plateformes de CGP. 

L'année 2025 a été exceptionnellement riche en opérations dans ce segment, avec notamment, outre les opérations capitalistiques sur Unofi et le Groupe Astoria :

  • L’acquisition de Cyrus Herez, l'une des principales plateformes de CGP en France, par PAI Partners (fonds de private equity), pour une valeur globale de 1,3 milliard d'euros. 
  • L’acquisition d’une participation majoritaire dans Rhétorès Finance par IK Partners (fonds de private equity), pour une valeur supérieure à 300 millions d'euros.

Le Groupe Premium, soutenu par Eurazeo, Montefiore et Blackstone, a poursuivi son expansion avec plus de 30 acquisitions dans son pôle CGP, une diversification dans l'immobilier, et une collecte de 4,2 milliards d'euros en 2025, confirmant son statut parmi les leaders indépendants. Le Groupe Astoria a lui-même réalisé plus de 70 acquisitions depuis 2020, illustrant l'intensité des stratégies de build-up dans ce secteur. 

Des stratégies de roll-up portées par le private equity et les mutuelles

Dans le prolongement de ces succès en matière de stratégies de roll-up dans le courtage en assurance et la gestion de patrimoine, les investisseurs en private equity ciblent massivement les plateformes de consolidation dans la gestion de patrimoine en France — rachetant des acteurs indépendants, des boutiques spécialisées et des gestionnaires mid-cap, ainsi que des réseaux de conseillers financiers indépendants. 

Ces opérations traduisent une montée en puissance des stratégies de build-up, avec des acteurs qui se structurent pour capter des cabinets plus petits à des multiples attractifs, tout en diversifiant leur modèle vers la gestion d'actifs (coté et non coté) et l'expansion européenne, notamment via le Luxembourg. Les multiples de valorisation restent élevés dans le secteur, de l'ordre de 15 à 17 fois l'EBITDA, reflétant la forte demande. 

Un trait distinctif du marché français réside dans la présence simultanée de trois catégories d'acquéreurs : les fonds de private equity internationaux (PAI Partners, IK Partners, Goldman Sachs via Crystal), les consolidateurs sectoriels (Groupe Premium, Astoria, Rhétorès) et les mutuelles/assureurs (Carac, Malakoff Humanis, La France Mutualiste, Groupe Vyv). Cette diversité d'acquéreurs, qui n'existe pas à cette échelle dans d'autres marchés, alimente une concurrence intense et soutient les valorisations. 

Nous anticipons la poursuite de cette tendance à court terme, dans un marché qui reste fragmenté et offre encore de nombreuses opportunités de consolidation. 

La gestion d'actifs : recherche de taille critique et pressions concurrentielles

Dans la gestion d'actifs, la recherche de taille critique reste le maître-mot. Amundi a bouclé 2025 sur des niveaux historiques, avec 2 380 milliards d'euros d'encours et une collecte nette annuelle de 87,6 milliards d'euros, confirmant son leadership européen, notamment sur les ETF avec 46 milliards d'euros de collecte. Natixis IM (BPCE) a clôturé l'année avec 1 300 milliards d'euros d'encours et 40 milliards d'euros de collecte. 

L'échec du projet de coentreprise entre BPCE et Generali, qui devait créer un champion paneuropéen gérant près de 2 000 milliards d'euros d'actifs sur une valorisation de 9,5 milliards d'euros, illustre néanmoins la difficulté des fusions transfrontalières dans la finance européenne et freine l'ambition de bâtir des acteurs capables de rivaliser avec les géants américains. BPCE privilégie désormais la croissance organique, appuyée par de nouveaux accords de distribution. 

L'acquisition de Committed Advisors (acteur du private equity secondaire) par Wendel pour environ 700 millions d'euros témoigne par ailleurs de la convergence croissante entre gestion d'actifs traditionnelle et marchés privés, une tendance de fond qui redéfinit les contours du secteur.

Focus : la dette privée, accélérateur de convergence

La montée en puissance de l’activité de dette privée constitue un thème transversal majeur qui impacte l'ensemble des services financiers en France. Cette classe d'actifs représente désormais plus de 2 000 milliards de dollars d'actifs sous gestion à l'échelle mondiale et son potentiel de croissance reste considérable. L’activité de dette privée a connu une croissance extrêmement rapide au cours de la dernière décennie, comblant l'espace laissé par le retrait des banques après la crise financière de 2008 et se développant vers un éventail de plus en plus large de stratégies couvrant les marchés du crédit retail, corporate et structuré. 

En France, cette tendance se manifeste de plusieurs manières. L'acquisition par Malakoff Humanis de Sienna et de ses activités de dette privée (33 milliards d'euros d'actifs) auprès de GBL illustre cet appétit des assureurs. Andera Partners a franchi un cap en levant 1,1 milliard d'euros pour son fonds Acto V dédié à la dette mezzanine, doublant de taille par rapport au précédent millésime et confirmant la vitalité du marché français de la dette privée. 

Les fonds de dette privée jouent également un rôle croissant dans le financement des opérations de M&A elles-mêmes. L'acquisition de Rhétorès par IK Partners a ainsi été financée par une dette unitranche fournie par Ares et Ardian. Les banques perçoivent de plus en plus les fonds de dette privée non seulement comme des concurrents, mais aussi comme des partenaires potentiels, comme en témoignent les accords récents entre Citigroup et Carlyle Group ou entre UBS et General Atlantic. 

Cette convergence — tirée par l’activité de dette privée — entre gestion d'actifs, assurance et banque crée des opportunités inédites pour l'ensemble des acteurs, et les choix stratégiques qui s'opèrent aujourd'hui détermineront les positions de marché pour les années à venir. 

Transformation technologique et IA : un catalyseur transversal

La transformation technologique et l'intelligence artificielle constituent un moteur puissant du M&A dans les services financiers français. Les grandes banques françaises accélèrent massivement leurs investissements dans l'IA : BNP Paribas et AXA ont signé des partenariats avec Mistral AI, la start-up française, tandis que HSBC a conclu un accord pluriannuel pour intégrer des outils d'IA générative dans ses opérations. 

BNP Paribas a annoncé 600 millions d'euros d'économies supplémentaires dès 2026, portant à 3,5 milliards d'euros le total sur 2022-2026, en s'appuyant largement sur la digitalisation et le déploiement massif de l'IA. Les assureurs, de leur côté, doivent moderniser leurs systèmes cœur de métier, encore cloisonnés et peu adaptés aux exigences actuelles, pour tirer parti de l'IA générative et automatiser les parcours.

Dans le secteur du Wealth Management, des acteurs comme Harvest poursuivent leur expansion européenne via des acquisitions de “Wealthtechs” (Firstance en Italie, Fincite en Allemagne), visant à devenir le leader indépendant des logiciels de gestion de patrimoine en Europe. Cette dynamique d'acquisitions technologiques devrait s'intensifier en 2026, tant les enjeux d'efficacité opérationnelle et de compétitivité liés à la technologie sont devenus incontournables. 

Perspectives pour les services financiers en France en 2026

Nous anticipons une dynamique M&A soutenue dans les services financiers en France en 2026, portée par plusieurs facteurs convergents. 

Premièrement, les résultats record des grandes banques et assureurs français en 2025 leur confèrent la capacité financière nécessaire pour poursuivre des opérations transformantes, dans un contexte de taux d'intérêt stabilisés et de marges d'intérêt en amélioration. 

Deuxièmement, la consolidation du secteur de la gestion de patrimoine et du courtage en assurance en France a encore de beaux jours devant elle. Le marché reste extrêmement fragmenté et l'appétit des fonds de Private Equity, des consolidateurs sectoriels et des mutuelles ne faiblit pas. 

Troisièmement, les pressions de long terme, efficacité du capital, investissements technologiques et liés à l'IA, renforcement de la résilience face aux risques climatiques et cyber, s'intensifient et renforcent le besoin de reconfigurer les portefeuilles et de gagner en échelle. 

Enfin, la dette privée s'impose comme un facteur déterminant dans ce paysage, accélérant la convergence des sous-secteurs financiers et redéfinissant les dynamiques traditionnelles du M&A. Les acteurs français devront prendre des décisions stratégiques claires pour se positionner, défendre et développer leurs parts de marché dans ce nouvel environnement. 

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Hervé Demoy

Hervé Demoy

Associé Transactions, membre du Conseil de surveillance, PwC France et Maghreb

Céline Appel

Céline Appel

Associée Deals Leader, PwC France et Maghreb

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