Le message envoyé aujourd’hui par les marchés, les dirigeants et les investisseurs converge vers un même constat : l’inaction stratégique n’est plus neutre.
En 2025, le marché du M&A illustre clairement cette évolution. La valeur mondiale des transactions a progressé de 36 %, tandis que le volume est resté quasi stable (+1 %), traduisant un marché sélectif plutôt qu’attentiste. Cette polarisation est particulièrement marquée sur les grandes opérations, avec une hausse de 76 % du nombre de transactions supérieures à 5 milliards de dollars, notamment dans la technologie, l’IA et les actifs différenciants.
Deux postures coexistent désormais. Certaines entreprises reportent les décisions structurantes dans l’attente d’une meilleure visibilité. D’autres utilisent le M&A comme un levier stratégique pour transformer leur portefeuille et capter des capacités clés avant leurs concurrents. Si l’inaction peut préserver le capital à court terme, elle expose à un décrochage progressif en matière de compétitivité.
« La question n'est pas tant de savoir qui a raison, mais de comprendre les conséquences de ces deux postures. L'inaction protège peut-être le capital à court terme, mais elle peut coûter cher en termes de compétitivité future. »
Cette lecture est largement partagée par les CEO. En France, 68 % estiment que leur modèle d’affaires ne sera plus viable d’ici dix ans sans transformation majeure, et 47 % doutent de la capacité de leur organisation à se transformer suffisamment vite face à l’accélération technologique. Les mégatendances : intelligence artificielle, digitalisation, transition climatique, nouvelles attentes clients, redessinent durablement les frontières des secteurs et les modèles de revenus.
Si la réponse opérationnelle reste souvent prudente, les faits montrent que la transformation du portefeuille est déjà engagée. Selon la dernière Global CEO Survey menée par PwC, 66 % des entreprises qui se sont développées sur de nouveaux domaines d’activité ont généré au moins 10 % de leurs revenus à partir de ces activités au cours des cinq dernières années. La diversification n’est plus théorique : elle produit déjà des résultats concrets.
Du côté des investisseurs, le paradigme est clair. Selon la Global Investor Survey menée par PwC, moins d’un tiers anticipe une croissance du PIB mondial supérieure à 2 %, renforçant l’idée que la création de valeur devra venir avant tout de l’exécution stratégique des entreprises. Les attentes convergent autour d’un même impératif : faire progresser simultanément résilience et innovation. Accélération technologique (92 %), cybersécurité (88 %) et agilité du modèle d’affaires (73 %) figurent en tête des priorités.
Au-delà, les investisseurs plébiscitent les stratégies intersectorielles. Plus de 70 % considèrent que les entreprises capables d’opérer au-delà des frontières de leur secteur d’origine afficheront une croissance supérieure, et se déclarent prêts à y investir significativement davantage. Cette conviction rejoint l’évolution du M&A : les opérations les plus créatrices de valeur visent désormais l’accès rapide à des capacités critiques – technologies, données, talents, plateformes – plutôt qu’une simple expansion de parts de marché. Selon l'AI performance study de PwC, les AI leaders sont environ 30 % plus nombreux que les autres entreprises (68 % contre 51 %) à pouvoir réaffecter rapidement leurs ressources financières et humaines vers les opportunités IA à plus forte valeur ajoutée à mesure que les priorités évoluent. Croissance externe ou allocation interne : c'est désormais la capacité à mobiliser vite les bonnes ressources, au bon endroit, qui distingue les entreprises qui créent de la valeur de celles qui la subissent.
Dans ce contexte, le diagnostic est largement partagé : dans un monde en profonde recomposition, maintenir l’existant revient déjà à prendre un risque stratégique.
Le paradoxe est là : le risque majeur ne réside pas dans une acquisition mal exécutée, mais dans l’immobilisme.
Aujourd’hui, le risque majeur s’est déplacé.
Un portefeuille peut rester rentable tout en devenant progressivement obsolète. Les talents s’en détournent, les investisseurs s’interrogent, les concurrents plus agiles avancent.
Ne pas transformer son portefeuille est déjà une décision stratégique, souvent coûteuse à long terme.
Dans ce contexte, le M&A change de nature. Il devient un outil d’accès rapide à des capacités clés : technologies, données, talents, plateformes, savoir‑faire organisationnels. Là où le build est trop lent, le buy permet d’accélérer.
Les fusions et acquisitions deviennent un levier de réallocation du capital, au service d’une trajectoire claire. Elles permettent d’entrer dans de nouveaux écosystèmes, de faire évoluer le modèle d’affaires et de préparer l’entreprise aux besoins futurs de ses clients.
Cette transformation redéfinit le rôle du CEO. Il ne s’agit plus seulement d’arbitrer des deals, mais de concevoir le portefeuille de demain. Identifier les capacités différenciantes, regarder au‑delà du secteur historique, suivre les flux de capitaux et anticiper les mouvements plutôt que d’y réagir.
Les dirigeants qui réussissent sont ceux qui abordent le M&A comme un exercice stratégique continu, aligné avec une vision claire et partagé avec l’ensemble des parties prenantes.
« Le rôle d'un dirigeant aujourd'hui n'est plus seulement de gérer un portefeuille hérité. C'est de le réécrire en continu — et le M&A en est devenu le levier le plus puissant. »
Le M&A n’est plus un outil de croissance marginale. Il est devenu un acte de leadership stratégique.
La question n’est plus de savoir s’il faut se transformer, mais quand et à quel coût.
Les entreprises qui anticipent accèdent plus tôt aux capacités, aux talents et aux flux de capitaux. Celles qui attendent risquent de se retrouver face à des écosystèmes déjà matures, avec des barrières à l’entrée élevées.
Dans un monde en profonde recomposition, le M&A offre aux CEO un levier pour reprendre l’initiative et redessiner l’avenir de leur entreprise. La seule véritable question reste alors : quelle entreprise voulons‑nous être demain, et sommes‑nous prêts à agir avant d’y être contraints ?