Évoluer dans un monde où les cibles se déplacent en permanence exige une approche radicalement différente. Pilier annuel de notre enquête, notre guide pratique pour la C‑suite (disponible dans le rapport complet, accessible ici) traduit les enseignements de cette année en actions concrètes que peuvent mettre en œuvre les dirigeants. L’objectif : bâtir des fondations de confiance et accélérer la transition vers une entreprise plus “intelligente”, capable de connecter l’ensemble de l’organisation pour mieux décider et s’adapter rapidement, avec assurance.
Dans un paysage des risques et des menaces particulièrement complexe, l’IA s’impose comme le défi majeur. La moitié (50 %) des responsables sécurité citent les attaques visant des systèmes d’IA parmi leurs plus grandes lacunes en matière de préparation, devant les menaces liées au cloud (40 %), les compromissions via des tiers (34 %) et les rançongiciels (33 %). En France, les attaques visant les systèmes d’IA figurent également parmi les principaux sujets de préoccupation, 49 % des répondants les identifiant parmi les menaces face auxquelles leur organisation se sent le moins préparée, juste derrière les menaces liées au cloud (43 %).
La sécurité de l’IA apparaît ainsi comme le point de fragilité le plus critique, ce qui rappelle qu’on ne peut pas opposer vitesse de déploiement et sécurité, les deux doivent progresser au même rythme.
À mesure que les organisations accélèrent pour capter la valeur de l’IA, la sécurité, la gouvernance et la gestion des risques doivent être intégrées dès le départ et évoluer au même rythme. C’est d’autant plus essentiel que les opérations pilotées par l’IA s’appuient de plus en plus sur des modèles, plateformes, données et services externes, ce qui peut accroître l’exposition aux risques liés aux fournisseurs et partenaires.
« La cybersécurité n’a pas seulement pour vocation de protéger l’entreprise : elle doit aussi lui donner la confiance nécessaire pour avancer. »
Jamal Basrire,Associé, Responsable des activités cyber et risques technologiques, PwC France et MaghrebEn regardant vers l’avenir, le prochain défi de cybersécurité se dessine déjà à l’horizon. L’exposition aux risques liés à l’informatique quantique arrive en septième position parmi les menaces face auxquelles les organisations se sentent le moins préparées. Les CISO, eux, la placent au quatrième rang de leurs préoccupations, ce qui suggère que ceux qui sont au plus près du risque cyber perçoivent une urgence plus forte à se préparer.
La transition vers une sécurité résistante au quantique prendra des années, pas des mois : les entreprises ont donc intérêt à commencer dès maintenant pour être prêtes lorsque le Q‑Day surviendra. Au niveau mondial, 21 % des organisations mettent déjà à l’œuvre des mesures de sécurité résistantes au quantique, tandis que près de la moitié (49 %) n’ont même pas encore engagé de démarche. La France apparaît légèrement plus avancée sur ce sujet, avec 26 % des répondants déclarant mettre en œuvre des mesures de sécurité résistantes au quantique et 33 % en phase de pilotage ou de test.
Après quelques années d’investissements relativement stables, 84 % des responsables sécurité et finance indiquent augmenter les budgets de cybersécurité pour répondre à l’évolution des menaces, l’IA s’imposant comme l’un des principaux domaines d’investissement.
Mais ce regain d’attention porté aux budgets se traduira-t-il réellement par plus de résilience ?
En France, cette dynamique apparaît encore plus marquée : 94 % des répondants anticipent une augmentation de leur budget cyber, et 63 % des responsables sécurité placent l’IA parmi leurs principales priorités d’investissement cyber. Cette volonté d'investissement s'inscrit dans un contexte où les organisations françaises identifient également des défis importants liés à la résilience des fournisseurs critiques, notamment la difficulté à faire respecter les engagements contractuels de résilience (52 %) et le manque de visibilité sur les risques de concentration entre fournisseurs (47 %).
Assurer la continuité de l’activité, même en cas de perturbation, est l’objectif ultime de la cybersécurité. Pourtant, seuls 39 % des responsables sécurité, risques et opérations déclarent que leurs plans de continuité cyber sont pleinement formalisés. La situation est similaire en France : seules 38 % des organisations déclarent disposer de plans de continuité cyber pleinement formalisés et intégrés, tandis que 39 % sont encore en phase de formalisation.
Dans ce contexte, identifier l’entreprise minimale viable devient un exercice clé. En définissant les capacités essentielles au maintien de l’activité, les organisations peuvent mieux prioriser leurs investissements de résilience et leurs plans de reprise.
La meilleure défense contre les cyberattaques pourrait bien être l’IA elle‑même. Alors que l’IA s’impose comme la priorité n°1 des investissements cyber, les responsables sécurité la déploient d’abord là où la vitesse et le passage à l’échelle sont les plus critiques. La moitié (50 %) cite la détection des menaces et la génération d’alertes parmi ses priorités, suivie de la détection de la fraude (43 %) et de la détection et de la réponse au phishing (42 %). À mesure que les attaques dépassent la vitesse humaine, l’IA devient un multiplicateur de force indispensable pour les équipes de sécurité.
En France, les usages prioritaires de l’IA en cybersécurité sont également orientés vers l’amélioration des capacités de détection et de réponse. 54 % des répondants citent la détection des menaces et la génération d’alertes parmi leurs principales priorités, devant la détection et la réponse au phishing (49 %), la détection de la fraude (47 %) et les tests d’intrusion (42 %).
Pour autant, les organisations restent prudentes lorsqu’il s’agit d’autoriser ces agents à agir de manière autonome. Plus de la moitié (55 %) classent la fiabilité et la maturité des technologies d’IA parmi leurs trois principaux freins à une plus grande autonomie des agents IA dans les opérations de sécurité, tandis que 46 % pointent la question de la responsabilité et de l’explicabilité des décisions prises par l’IA.
Cette prudence est néanmoins légèrement moins marquée en France. 26 % des organisations françaises déclarent qu’elles autoriseraient des agents IA à exécuter de manière autonome des actions de confinement et de remédiation, contre 22 % au niveau mondial. À l’inverse, 40 % privilégieraient une autonomie limitée aux actions à faible risque, avec validation humaine requise pour les actions les plus critiques.
Ces freins ne sont pas uniquement technologiques. Près de la moitié des CISO (44 %) citent les compétences des équipes en matière de supervision et de gouvernance de l’IA parmi les principaux obstacles à l’augmentation de l’autonomie des agents IA.
« Aujourd'hui, beaucoup d’organisations restent insuffisamment préparées face à un environnement cyber qui évolue rapidement. Celles qui relèveront ce défi seront mieux armées pour innover avec confiance, tout en assurant la continuité de leurs activités en cas de perturbation. »
Jamal Basrire,Associé, Responsable des activités cyber et risques technologiques, PwC France et MaghrebLa pénurie de compétences en cybersécurité reste un défi majeur. Pour fidéliser leurs collaborateurs, les organisations placent en tête de leurs priorités les opportunités d’évolution (59 %), une culture cyber forte (53 %), ainsi que des outils et formations appuyés par l’IA (53 %). L’accent est clairement mis sur le développement des compétences.
À mesure que l’IA s’intègre aux opérations de sécurité, les organisations semblent davantage investir dans l’accompagnement des équipes afin qu’elles puissent travailler efficacement aux côtés de l’IA.
Ces besoins se reflètent aussi dans les priorités en matière de services managés. L’IA et la sécurité cloud figurent parmi les menaces que les organisations se sentent le moins prêtes à gérer. Ce sont également les principaux axes d’investissement cyber et de recours aux services de sécurité managés. Les responsables sécurité citent l’IA (53 %), la sécurité cloud (49 %), la protection des données et la confiance (42 %) et la gestion des menaces (39 %) parmi leurs priorités pour les services managés au cours de l’année à venir. Ces expertises permettent de renforcer la surveillance des réseaux, la sécurité des identités et des accès, ainsi que la protection des applications et des systèmes informatiques.
Cette tendance est également observée en France, où les organisations prévoient de s’appuyer sur des partenaires spécialisés pour renforcer leurs capacités dans des domaines nécessitant des expertises pointues. Les priorités identifiées concernent notamment la protection des données et la confiance (41 %), la gestion des menaces (36 %), ainsi que les technologies opérationnelles (OT), citées par 40 % des répondants français, un niveau supérieur à la moyenne mondiale.
Cela montre que les organisations ont compris que, dans un environnement numérique en perpétuelle évolution, elles ont besoin de partenaires spécialisés capables d’apporter un mélange de talents, de technologies et de vision stratégique pour les aider à se protéger et à s’adapter.
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Jamal Basrire
Associé, Responsable des activités cyber et risques technologiques, PwC France et Maghreb