Chercheur et startuper

Le duo gagnant de la recherche ?

Allier la matière grise à la connaissance du marché : c'est l'atout numéro un d'une collaboration entre entrepreneur et scientifique. Décryptage d'une alliance qui a tout pour triompher.

« La France est une Californie qui s'ignore. » Et si ce trait d'esprit signé Nicolas Dufourcq, directeur général de la division France de la Banque d'investissement (BPI), n'était plus si pertinent ?

Multiplication des programmes d'accélération et des structures d'incubation dédiés aux start-up, aides au financement accordées par la Caisse de dépôts ou par la BPI, création du label French Tech... En quelques années, l'hexagone s'est doté d'un solide arsenal entrepreneurial pour devenir l'un des pays les plus innovants de la planète. Et ça marche : dans les allées de l'Eureka Park du CES de Las Vegas, qui réunit le gratin mondial des start-up technologiques, la délégation française est passée de 66 jeunes pousses représentées en 2015 à 178 en 2017 ! Un groupe presque aussi important que celui des États-Unis, acteur numéro 1 du monde start-up avec ses 174 licornes, les jeunes sociétés valorisées à plus d'un milliard de dollars.

Mais comment la France peut-elle aujourd'hui rêver concurrencer l'ogre d'outre-Atlantique ? En plus des structures d'accompagnement, elle peut aussi compter sur deux atouts majeurs : ses 210 écoles d'ingénieurs agréés par l'État et ses nombreux laboratoires de recherche (Inria, CNRS Inserm...), qui s'associent aujourd'hui aux entrepreneurs pour créer des produits à forte valeur technologique ajoutée.

Résultats : aujourd'hui, chercheurs et créateurs de start-up collaborent pour concrétiser des idées difficiles à réaliser. La force de ce duo ? Allier la matière grise scientifique à une perception fine du marché et de ses besoins.

« Si l'on souhaite réaliser un projet technologique ambitieux, de l'idéation à la phase de distribution, l'association entre un commercial et un chercheur est recommandée, sinon indispensable. »

Arnaud Miara, associé chez PwC France en charge du développement conseil pour les PME et les start-up

Un groupe de cofondateurs privé d'associé business risquerait de plancher sur un logiciel ou un hardware sans aucun débouché sur le marché. Lucile Noury et Rémi Gomez, ingénieurs formés aux Arts et Métiers et cofondateurs de la société Green Creative, qui commercialisent aujourd'hui la R3D3, une poubelle de tri intelligente, en ont fait l'expérience. « Il y a quelques années, on travaillait sur la création d'un mur de pneus anti-bruit montable et démontable à l'envi, pour notamment diminuer les nuisances sonores des chantiers », raconte la cofondatrice. « On a donc mené des recherches acoustiques avec un laboratoire pour savoir quels volumes de caoutchouc étaient nécessaires pour réduire tel ou tel nombre de décibels. » Lucile Noury poursuit : « Après des résultats encourageants, des clients ont testé notre solution... et ont vite arrêté l'aventure. Insectes et serpents se logeaient dans les cavités des pneus et les transformaient en vrais dangers pour les travailleurs alentour ! On a donc laissé tomber le projet. » Collaborer avec un maître de chantier ou tout autre spécialiste du BTP dès le départ aurait permis de détecter beaucoup plus vite ce défaut rédhibitoire.

Rémi Gomez prend le relais : « Aujourd'hui, on part plutôt d'un besoin client et on attend des signaux positifs du marché avant de développer un produit. La grosse erreur est de se laisser trop enthousiasmer par sa propre idée et perdre pied. Avec notre recul actuel, on ne tomberait plus dans ce genre de pièges. » Pour éviter ces fâcheux aléas, le plus sûr reste encore d'engager un profil issu d'une grande école de commerce ou titulaire d'un MBA pour contrôler la viabilité d'un produit sur le marché. Arnaud Miara ajoute de son côté : « Par ailleurs, l'impératif du « time to market », c'est-à-dire sortir une innovation ni trop tôt, ni trop tard, doit être tenu par les entrepreneurs business du groupe. Bien souvent, les chercheurs ne tiennent pas compte des délais... et sortent leur produit quand la concurrence est déjà bien établie ou quand la demande est trop faible pour rentabiliser tous les coûts engagés. »

Comment attirer les chercheurs

Réciproquement, intégrer dans son groupe d'associés ou recruter rapidement un profil scientifique est capital pour la bonne conduite du projet. « Non seulement il établit la feuille de route du développement, étape par étape, mais c'est aussi lui qui se positionne en tant qu'intermédiaire qualifié auprès des chercheurs et techniciens engagés », rappelle le cofondateur de Green Creative Rémi Gomez.

« Les ingénieurs, qui possèdent de bonnes notions techniques, mais connaissent aussi les rouages de l'entreprise, sont des éléments efficaces pour servir de lien entre la sphère business et le corps scientifique. »

Rémi Gomez, cofondateur de Green Creative

Autre trait appréciable : ils comprennent les progrès d'un laboratoire sollicité en externe et peuvent recadrer les scientifiques s'ils s'engagent dans des voies stériles au cours de leurs recherches. Des interventions qui réduisent la durée des travaux théoriques et permettent à la start-up de réaliser de belles économies avant d'attaquer la phase de développement.

Mais comment attirer la précieuse matière grise ? « Avec la concurrence des États-Unis et leurs salaires très élevés, il est de plus en plus difficile d'attirer les talents de la recherche dans les start-up françaises », déplore l'associé de PwC Arnaud Miara. Pour compenser leur faible budget et rivaliser avec la force de frappe financière des sociétés d'outre-Atlantique, les start-up françaises doivent se distinguer en proposant d'autres avantages. Offrir une bonne rémunération ou des intéressements au capital ne suffit plus pour être attractif. « L'un des moyens les plus efficaces pour débaucher des pointures est de leur donner un maximum de souplesse », conseille Matthieu Somekh, directeur de l'entrepreneuriat et de l'innovation pour l'X, l'incubateur de l'école Polytechnique. « Un scientifique chevronné peut être intéressé par l'idée d'une jeune pousse, mais n'est pas toujours prêt à sacrifier son identité de chercheur sur l'autel du développement produit. Lui proposer un contrat de travail avec un faible volume horaire, soit 20 % de son temps, en lui laissant la possibilité d'exercer depuis son laboratoire l'incitera fortement à adhérer au projet. »

« Il est également judicieux qu'un entrepreneur issu du monde business s'associe avec un chercheur souhaitant quitter son laboratoire, pour bénéficier de son savoir, mais aussi de son carnet d'adresses », avance Matthieu Somekh. Les fondateurs de la start-up Rythm, qui développent un bandeau pour améliorer la qualité du sommeil, bénéficient ainsi des conseils de... Cédric Villani, détenteur d'une médaille Fields, la plus prestigieuse distinction en mathématiques. « Cédric, ancien directeur de recherche d'un des cofondateurs, a décidé de continuer à suivre la start-up et fait désormais partie de son scientific advisory board, l'organe d'experts qui aide Rythm à créer un produit à la pointe de la technologie. » Avec l'atout Villani dans sa manche, pas étonnant que la start-up fasse les choux gras des Échos, France TV ou encore Le Monde. Un cercle vertueux : ces retombées médiatiques permettent de convaincre d'autres investisseurs de mettre au pot pour financer leur technologie en développement.

Autre conseil : courtisez les thésards, des jeunes profils moins chers et plus prompts à rejoindre vos équipes sur le long terme que les chercheurs chevronnés. « Si vous avez su nouer des relations apaisées et constructives avec eux, ils pourront rejoindre votre équipe après leur soutenance de thèse », observe Mattthieu Somekh. Emmener des talents scientifiques dans votre roue dépendra de votre capacité à calibrer un management adapté à leurs besoins, comme les protéger des impératifs économiques. « Si tous les quatre matins, le boss débarque au laboratoire pour rappeler les délais à tenir, les scientifiques risquent de se braquer », prévient Rémi Gomez. « Leur espace de travail doit être protégé des pressions extérieures. » En clair, le manager de l'équipe de recherche doit servir de tampon entre sa hiérarchie et ses collaborateurs, pour permettre aux chercheurs d'avancer en toute sérénité dans leurs travaux. Chouchouter les laboratoires est le meilleur moyen de transformer l'essai à long terme, en convertissant des contrats courts en CDI.

En revanche, ne mettez pas en danger la pérennité de votre entreprise en proposant des avantages mirobolants aux chercheurs pour les débaucher. Arnaud Miara est formel : « Les entrepreneurs doivent rester détenteurs de leurs brevets. Ces trésors de guerre, qui créent la valeur de l'entreprise auprès des investisseurs, ne doivent pas être bradés contre un CDI signé par un scientifique de renom. » Le risque ? Que le chercheur parte ensuite avec son invention et laisse la start-up couler dans son sillage. Pour se protéger de ce genre de deal perdant, il suffit de rajouter une clause dans le contrat de travail pour préciser que toute innovation demeurera propriété intellectuelle de la société.

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Le coup de main des incubateurs

Parfois trop chers ou simplement trop capricieux : il est parfois plus simple d'intégrer des structures à la croisée des chemins entre recherche et entrepreneuriat, pour s'adjoindre les services des scientifiques. Les incubateurs proposent ainsi des programmes d'accompagnement, qui peuvent se substituer à de prestigieuses collaborations. Dès leurs premiers pas, les jeunes pousses peuvent ainsi bénéficier de précieux conseils scientifiques. C'est le cas de la start-up 10-vins : en 2016, cette société a remporté un prix au CES pour sa D-vine, une machine qui sert des verres de vins oxygénés à bonne température en quelques secondes, grâce à l'aide de l'école Centrale de Nantes. « Quand les trois cofondateurs ont intégré l'incubateur de l'école en 2013, ils ont pu accéder gratuitement aux équipements et au savoir des professeurs de l'établissement », explique Sébastien Ronteau, directeur du programme d'incubation.

Le CEO de 10-vins, Thibault Jarrousse, se souvient : « Mes deux associés et moi-même avions une formation d'ingénieurs, mais il nous manquait des compétences stratégiques pour finaliser notre produit, notamment en mécanique des fluides et en thermique. » L'un des problèmes était particulièrement épineux à résoudre : comment refroidir un blanc dans un laps de temps limité, pour le déguster dans les meilleures conditions ? « Centrale, ainsi que la société d'ingénierie ABMI, nous ont aidé à développer un tuyau de deux mètres de long en inox, pour ne pas altérer le goût du vin, encapsulé dans de l’aluminium, un matériau capable de conduire le froid et la chaleur », répond le cofondateur de 10-vins. Pour Thibault Jarrousse, l'accompagnement de Centrale a été décisif.

« Trouver les bons interlocuteurs permet d'aller droit au but et d'éviter les surcoûts de prototypage ou de passer à la phase industrielle quand notre produit n'est pas encore assez mature. L'à peu près n'existe pas, il faut être sûr de son produit au moment de sa commercialisation. »

Thibault Jarrousse, CEO de 10-vins

Une collaboration payante : aujourd'hui, 10-vins a vendu plus d'un millier de ses machines aux particuliers, facturées entre 890 euros et 990 euros pièce, et équipe certains hôtels, notamment ceux du groupe Accor.

La France, futur leader technologique de l'UE ?

Ce succès particulier illustre une tendance de fond : grâce à leurs innovations, les start-up françaises n'ont jamais autant séduit les investisseurs. En 2016, elles ont levé 2,3 milliards d'euros, soit 35 % de plus qu'en 2015, et se hissent à la deuxième marche des start-up européennes les plus attractives, juste derrière le Royaume-Uni. Et les grands groupes commencent à croire en leur dynamisme. « Après l'explosion de la bulle internet au début 2010, ils étaient devenus frileux pour financer des projets innovants », décrypte Dominique Scalia, président de l'Observatoire Com Media, qui fédère les acteurs français de la communication. « Mais ils ont réalisé récemment le potentiel de la French Tech et se sont remis à injecter de l'argent. » En 2016, les corporate ventures ont ainsi financé les jeunes pousses à hauteur d'1,4 milliard d'euros, contre 550 millions d'euros l'année d'avant selon la BPI.

Une progression colossale de bon augure pour les pépites françaises, qui devraient renforcer leur collaboration avec les chercheurs et lancer de nouveaux projets ambitieux dans les années à venir. La Station F, pépinière de 1 000 mètres carrés créée par Xavier Niel en plein cœur de Paris, a ouvert à la rentrée 2017 un espace dédié aux rencontres entre scientifiques et entrepreneurs : French tech central. Ce lieu servira d’interface entre les jeunes pousses et les talents scientifiques (étudiants comme chercheurs) des universités et laboratoires de recherche français, grâce à un partenariat signé avec Inria, l’Institut de recherche public en sciences du numérique.

« Les mentalités changent : décideurs, fonctionnaires et investisseurs considèrent désormais les chercheurs comme des créateurs de start-up à haut potentiel »

Lucas Ravaux, chargé de mission à la direction générale de la recherche et de transfert de technologie de l'université Paris VII

 

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