Décentralisation de l'énergie

Une opportunité pour l'entreprise ?

Facilitée par la libéralisation du secteur économique de l’énergie, la production d’électricité décentralisée offre de nombreux avantages pour les entreprises en leur permettant de s'engager dans la lutte contre le changement climatique, de choisir la provenance de leur énergie ou encore de diminuer leur facture d'électricité. La décentralisation pourrait également permettre une meilleure autonomie du réseau.

En mai 2016, le gouvernement a lancé un appel d’offres portant sur la production décentralisée et l’autoconsommation dans les sites industriels et tertiaires, subventionnant ainsi quelques centaines d’installations d’énergies renouvelables d’une puissance de 100 à 500 kilowatts. Les industriels sont incités à produire leur propre électricité « verte ». Une manière pour les entreprises de s'engager pour l’environnement et de tirer profit de la mutation engendrée par les énergies renouvelables décentralisées.

“The trust machine”. La machine à confiance.

Ainsi titrait l’hebdomadaire “The Economist”, à la Une d’un dossier sur la blockchain publié en octobre 2015. Soit 7 ans après la naissance du bitcoin, la cryptomonnaie qui a mis la technologie blockchain sous les feux de la rampe. Il a donc fallu 7 ans pour transformer une obscure cryptomonnaie en une technologie attirant les regards d’un nombre toujours croissant d’industries, de la finance au transport maritime, en passant par la certification des diplômes universitaires.

 

“The trust machine”. La machine à confiance.

Ainsi titrait l’hebdomadaire “The Economist”, à la Une d’un dossier sur la blockchain publié en octobre 2015. Soit 7 ans après la naissance du bitcoin, la cryptomonnaie qui a mis la technologie blockchain sous les feux de la rampe. Il a donc fallu 7 ans pour transformer une obscure cryptomonnaie en une technologie attirant les regards d’un nombre toujours croissant d’industries, de la finance au transport maritime, en passant par la certification des diplômes universitaires.

 

La production décentralisée fonctionne à rebours du modèle classique, où une grande centrale alimente en énergie tout un territoire. Elle consiste en de très nombreuses petites unités de petite capacité, raccordées au réseau électrique à des niveaux de tension peu élevée : basse ou moyenne tension. Un tel mode de production est plus respectueux de l’environnement et des besoins locaux en énergie, car basé sur les énergies renouvelables.

Avantage : l’énergie est produite là où on en a besoin, contrairement au système d’approvisionnement électrique courant dans les pays industriels, comme la France, qui repose au contraire sur une infrastructure centralisée dotée de grandes centrales électriques et d’un réseau de transport d'énergie à longue distance.

Avec la décentralisation, la consommation est locale, en circuit court. L’énergie la plus proche est d’abord mobilisée, on parle d'autoconsommation, puis si elle est insuffisante, on passe à l’horizon du quartier, de la ville, de la région, du pays et des pays frontaliers.

La décentralisation, un mode de production et de distribution mature

« Il y a aujourd'hui trois évolutions majeures en matière d'électricité. La première c’est l’apparition des technologies de l’information de la communication. La deuxième évolution majeure est sociétale : les Français ont un intérêt croissant pour les solutions locales. Et enfin, une évolution politique : les collectivités locales ont repris leur destin énergétique en main. La conjonction de ces trois facteurs est favorable à l’émergence de systèmes énergétiques locaux, donc d’une gestion décentralisée de l’énergie », explique Sylvain Vitet, Directeur Stratégie à la Direction des Nouveaux Services et Activités Énergétiques d'EDF à la Société française d'énergie nucléaire (Sfen).

L'appropriation de l'énergie verte par les collectivités territoriales et le citoyen n'a jamais été aussi forte qu'aujourd'hui. Ainsi, selon un sondage d'OpinionWay, 1 Français sur 5 envisagerait de s'équiper en énergie renouvelable et 78 % des sondés accordent leur confiance aux différents types d'énergies renouvelables.

Une appétence qui s’affirme au moment où les modèles économiques et les technologies de décentralisation gagnent en maturité. « Les énergies renouvelables deviennent terriblement compétitives. Pour ne parler que du photovoltaïque, on est passé en quelques années d’un produit de haut de gamme réservé au spatial à un produit du marché de masse, détaille François Lebreton, chef de produit solaire chez Engie, dans un entretien pour EnergyStream. La production s’est industrialisée et les prix ont très fortement chuté. Pour preuve : on ne vole plus les modules photovoltaïques sur les installations !  » En effet, le développement accéléré des énergies renouvelables depuis une décennie a entraîné une baisse de leurs coûts, due aux économies de série.

« Le prix du mégawattheure produit par panneau solaire est beaucoup plus bas qu'avant. EDF a même arrêté de dire que le nucléaire était moins cher que les énergies renouvelables, ce qui n'est pas rien. »

Julien Tchernia, président et co-fondateur d'Ekwateur, plateforme de fourniture d’énergie verte

Il y a encore une dizaine d'années, parmi les énergies renouvelables, le kWh photovoltaïque était encore le plus cher (20 à 25 centimes pour une centrale et environ 40 centimes pour une installation individuelle en France, contre 7 à 8 pour l'éolien par exemple). Depuis ce prix a fortement chuté : sans subvention, il est compris entre 0,12 à 0,21 €/kWh.

Choisir sa source d’énergie

Pour le consommateur, particulier comme industriel, la décentralisation offre le choix de l'énergie dans laquelle il investit, comme le proposent désormais les nouvelles plateformes de distribution d'énergie.

C'est le cas d'Ekwateur. Ce fournisseur d’électricité verte propose des options où le client décide de l'énergie qu'il souhaite favoriser. « Le consommateur choisit où va l'argent de l'énergie qu'il achète, explique son président. Il peut choisir de financer telle centrale locale ou tel type d'énergie. » Dans l'univers de l'énergie, on parle désormais de consom'acteur. C’est le consommateur qui choisit et agrège les services en fonction de ses intérêts.

« Ce qui importe, c’est de choisir la bonne combinaison. Par exemple, les éoliennes sont le complément idéal des installations photovoltaïques aussi bien pendant la journée qu’au cours des saisons. Les éoliennes peuvent également être exploitées la nuit et atteignent en hiver leur puissance maximale, tandis que les installations solaires enregistrent normalement leur puissance optimale à midi et en été. »

Julien Tchernia, président et co-fondateur d'Ekwateur, plateforme de fourniture d’énergie verte

Sachant que ce type de combinaison possède un autre avantage : c’est un moyen de décharger de manière efficace le réseau électrique conventionnel aux heures où il est le plus sollicité. « La décentralisation est la clé pour révolutionner le système énergétique français. Nous devons privilégier le fonctionnement collaboratif en réseau, à travers, entre autres, des centrales de production de toutes tailles », résume le président d'Ekwateur.


Des consommateurs responsabilisés

Avec la décentralisation, le consommateur est placé au centre du système, là où l’approche centralisée le laissait hors champ. Quand l’électricité est produite de manière centralisée, l’usager n’a aucune idée de son origine, ni de son coût de production ou de son impact écologique. « En conséquence, la plupart des usagers n’utilisent pas l’énergie de manière judicieuse, expliquait Ram Subbramanian, ingénieur en hydro-électricité lors du colloque. L’énergie décentralisée comme réponse au changement climatique » déjà en octobre 2010. Tandis que dans un système décentralisé, si vous avez, par exemple, un système d’énergie solaire dans votre maison, vous savez quelle quantité vous produisez et vous connaissez votre consommation exacte. Cela crée un sens de la responsabilité pour un usage judicieux de l’énergie. »

Production locale et autoconsomamtion modèle moins coûteux...

Produire localement et autoconsommer permet par ailleurs de faire baisser les coûts du réseau, aujourd’hui dimensionné pour répondre à quelques heures de pointe de consommation par an à partir de sources centralisées. Un surdimensionnement des lignes haute tension et des transformateurs qui génère des pertes très importantes aujourd’hui. « Dans un système de réseau national, vous produisez l’électricité quelque part à coût élevé et la transmettez sur de longues distances. Il y a une perte d’énergie de 40 % pendant la conversion et la transmission de l’énergie », soutient Ram Subbramanian. Le système décentralisé évite cet écueil, et offre également la possibilité d'alimenter en électricité des sites de consommation très éloignés du réseau existant, et dont les consommations ne justifient pas des installations de production de forte puissance.

L'ordonnance « Autoconsommation » publiée en août 2016 par le gouvernement et ratifiée en février 2017 jette les bases d’un encadrement de la production décentralisée, qu’elle étend à certains regroupements de consommateurs, et appelle à une révision de la tarification du réseau, avec par exemple une prime versée pour chaque kilowattheure d’électricité consommé sur place, plutôt qu’injecté dans le réseau.

Cette ordonnance concerne aussi bien les entreprises que les particuliers. Et bien que pour l'heure, seuls 5000 Français particuliers ont opté par l'autoconsommation, cette pratique devrait rapidement se répandre. L’enquête d’OpinionWay citée précédemment indiquait que 86 % des personnes interrogées connaissaient cette technologie et 68 % la considéraient comme potentiellement avantageuse. Une moitié des répondants se déclarait même prête à investir pour couvrir tout ou partie de leurs besoins énergétiques.
 

Électricité locale, électricité rentable ?
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... et un gisement d’économies pour les entreprises

Pour les entreprises, le principal avantage de la décentralisation reste la diminution de la facture énergétique. Avec la baisse des tarifs de rachat (entre 12 et 24 centimes/KWh) et la hausse des prix de l'électricité (16 centimes/KWh aujourd'hui pour le tarif bleu de base), les conditions économiques sont devenues plus favorables à l'autoconsommation. Sans parler de la chute du coût des installations solaires (environ deux fois moins qu'il y a quelques années).

« La production d’énergie se démocratise très fortement : beaucoup de gens peuvent produire, à condition d’en avoir la place, explique François Lebreton, chef de produit solaire chez Engie, dans un entretien pour EnergyStream. C’était jusqu’alors l’apanage de très gros acteurs. » Ainsi, une entreprise dont les processus dégagent de la chaleur peut valoriser cette énergie en la revendant. Les compagnies peuvent également devenir productrices d'énergie en installant, par exemple, des panneaux solaires sur des parkings couverts ou sur des toits de bâtiments.

Un bénéfice pour les entreprises qui peuvent ainsi devenir auto-consommateurs, grâce à l'ordonnance d'autoconsommation, mais également revendre leur excédent d'énergie qui pourra représenter au final une économie importante sur la facture d'énergie selon la quantité d'énergie produite et consommée. Selon les estimations d'Engie, un particulier pourrait économiser ainsi jusqu'à 600 euros par an.

Du côté des entreprises, il est aujourd’hui possible de déposer des dossiers de demandes de subvention, pour l’installation de panneaux photovoltaïques sur les toits des usines ou des bureaux, ou encore, sur les toits des parkings extérieurs couverts. L’État a pour intention de subventionner entre 100 et 400 dossiers, afin de produire par ce biais 40 mégawatts. Selon les premières versions des arrêtés tarifaires, les installations en autoconsommation bénéficieraient d'une prime à l'investissement de 800 euros par KiloWatt-crête installé.

En complément de l’autoconsommation, les entreprises ont la possibilité de réduire leur facteur énergétique en optant pour l’effacement électrique. Ce principe consiste à réduire sa consommation aux heures de pointe. Les entreprises peuvent s'engager, en contrepartie d’une prime fixe, à baisser leur consommation pour une puissance, une période et une durée définies. La prime fixe est proportionnelle à la puissance contractualisée, et aux engagements pris. Les pics de consommations sont ainsi évités. « Pour une entreprise, cela se traduit par un décalage des horaires de chauffage, par exemple. Au lieu de l'allumer de 8h, elle le fera à 8h15 », explique Julien Tchernia. C'est le cas également pour les entreprises dont les horaires de chaînes de production sont modulables. « Ces petits ajustements aident le réseau à produire moins, poursuit le président d'EkWateur. C'est très efficace dans le cas de PME énergivores pour réduire les pics de consommation. »

Un réseau plus résilient

Dernier avantage du système décentralisé : la résilience du réseau. Une production décentralisée est en effet le gage – en théorie du moins – d’une autonomie partielle du système local en cas d'incident majeur sur le réseau. « Si le réseau est composé de nombreux petits producteurs, il sera moins vulnérable, explique Julien Tchernia. Des fermetures temporaires de centrales comme on en a vu cette année poseront moins de problèmes. »

Pour en arriver à ce résultat, il faut cependant faire évoluer en profondeur les systèmes de pilotage des réseaux.  

« La transition technologique qui peut donner corps à la transition énergétique reste, encore, à construire. Les réseaux intègres de demain, pour être maîtrisés, devront, essentiellement, associer électronique de puissance, systèmes de contrôle-commande répondant à la milliseconde et intelligences artificielles.»

Thierry Lepercq, Vice-président chez Engie

Ceci afin de sécuriser les nouveaux types de réseaux. En effet, les réseaux décentralisés demandent une adaptation en temps réel bien plus compliquée que les réseaux centralisés. « La réduction du nombre de centrales de production de forte puissance entraîne une moindre capacité à absorber les variations de la demande, et rend délicate la maîtrise des fréquences du courant fourni », poursuit le vice-président d'Engie.

Ces évolutions en profondeur concourent à doter la décentralisation de l’énergie d’une dimension territoriale prépondérante. Comme le souligne François Lebreton, « les collectivités territoriales et les consommateurs se sont réapproprié les outils de production ».

Aujourd'hui, la transition énergétique passe donc par l'intégration de ces nouveaux acteurs et ces nouveaux modes de production et de consommation. Pour les entreprises comme pour les collectivités, au-delà de l’optimisation de leurs dépenses énergétiques, la décentralisation est aussi un moyen de mettre en pratique leur politique de développement durable.

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