La transition énergétique

Un sujet électrique ?

La transition énergétique est-elle devenue le cadre qui doit immanquablement structurer toute stratégie de développement sur le long terme ? Une transformation globale, incontournable, s’imposant à tous ?

« Admettons que la transition énergétique soit, en effet, au cœur de la société, répond Pascale Jean, associée PwC France, et qu’elle concerne, par ricochet, autant les entreprises que les collectivités locales, ainsi que les acteurs historiques de l’énergie. Mais cela ne signifie pas qu'elle est au cœur de la stratégie de toutes les entreprises ! ».

Qu’on ne s’y trompe pas. Comme le souligne cette spécialiste du secteur de l’énergie, la transition énergétique est assurément une transformation majeure. Mais elle a un sens précis : « c’est, essentiellement, la capacité à produire de l’électricité à grande échelle, et de manière rentable, à partir des énergies renouvelables. Le cœur de la transition énergétique est là ».

Le secteur de l’énergie en première ligne

C’est donc, avant tout, au cœur de la stratégie des entreprises du secteur énergétique que s’inscrivent les enjeux de la transition énergétique. L’aviation, l’industrie pharmaceutique, automobile, etc., pour être indirectement concernées, ne sont pas en « première ligne ». Si l’expression même de « transition énergétique » semble, pourtant, recouvrir une signification plus large, c’est qu’elle a fait un long chemin, et inspiré bien des confusions, depuis qu’elle a fait sa première apparition.

Nous sommes le 16 février 1980. Ce jour-là, le gouvernement allemand organise le premier « Congrès sur la transition énergétique, le retrait du nucléaire et la protection de l'environnement ». L’initiative - et la première étincelle dans la carrière de l’expression « transition énergétique » - fait suite à la publication d'un livre blanc rédigé par l'association Öko-Institut, organe de recherche allemand reconnu d'utilité publique luttant contre la dépendance aux énergies fossiles, uranium inclus.

40 ans de transition énergétique

Près de quarante ans plus tard, le concept s'est répandu aux quatre coins du monde, évoluant au gré des pays et des époques. La transition énergétique a d'ailleurs pris particulièrement son temps pour traverser le Rhin. La France ne s'est véritablement intéressée au sujet de la transition des ressources énergétiques fossiles vers les ressources énergétiques renouvelables qu’au tournant des années 2010. La loi du 12 juillet 2010, ou Grenelle 2, reste timide sur le sujet. Et il faut attendre la « Loi pour la transition énergétique et la croissance verte », publiée le 18 août 2015, pour que se précisent l’intensité et les jalons d'une transformation rapide du paysage énergétique français. Mais cette loi apporte également sa part de confusion. Car davantage que la transition énergétique, c’est la croissance verte qui en résume l’esprit : la transition énergétique n'est qu'une brique de la croissance verte. Sont également convoquées dans la loi portée alors par Ségolène Royal, ministre de l’environnement, l’évolution des sources de production d’électricité, l’économie circulaire, la gestion des déchets, l’intensité énergétique… « C’était une loi bien plus large que la seule transition énergétique, rappelle Pascale Jean. D’autant que la transition énergétique en tant que telle est encadrée par des directives européennes. En France, la loi sur la transition énergétique et la croissance verte a mis en lumière ce sujet important, mais en ouvrant un registre plus large, elle a aussi introduit de la confusion ».

Une question d’autonomie

Cette confusion masque le fait que se joue pourtant bien aujourd’hui une véritable révolution internationale de la manière dont est produite, outillée et consommée l’énergie. « Il y a de vrais phénomènes communs, à l’international, relevant strictement de la transition énergétique », insiste l’experte. Cette révolution dépasse, par ailleurs, la perspective fixée par les impératifs de lutte contre le réchauffement climatique. Réussir la transition énergétique, ce n’est pas seulement limiter le taux de CO2 dans l’atmosphère. C’est, d’abord, construire des systèmes qui apportent de l’autonomie, à des prix accessibles.

« La transition énergétique, c’est-à-dire, encore une fois, d’abord et avant tout la montée en puissance des énergies renouvelables dans la production électrique, offre les moyens de s’émanciper des contraintes géostratégiques »

Pascale Jean, associée PwC France

De fait, la géostratégie a bien souvent été au XXe siècle la colonne vertébrale des stratégies énergétiques : accès aux ressources pétrolières, gazières, au minerai d’uranium, négociation du tracé des oléoducs et gazoducs, débouchés maritimes…

Un cap franchi

Mais les choses ont changé. Le point culminant de la production de pétrole est sans doute derrière nous, et il n'a jamais été aussi coûteux d'extraire un baril de pétrole conventionnel. Les gaz et pétrole de schiste ou de houille offrent certes des alternatives, mais leur coût reste élevé, et leur impact environnemental interroge très sérieusement leur avenir. Pendant ce temps, les rendements des dispositifs de production d’électricité renouvelable (photovoltaïque, éolien terrestre et offshore, énergie marine) ne cessent de progresser. 

Du côté de la mobilité, la diffusion des véhicules hybrides ou 100% électriques se poursuit. On dénombre désormais plus de 100 000 véhicules électriques dans le parc automobile français. Depuis janvier 2017, l’Hexagone est même le premier pays d'Europe en nombre de véhicules. Citons également la montée en puissance du critère d’efficacité énergétique dans le design industriel. Un coup d’œil aux esquisses des avions de la prochaine génération, sortes d'ailes volantes ne laissant pas dépasser un seul réacteur pour économiser la moindre goutte d'énergie, donne une idée des changements radicaux que l’impératif de réduction des consommations énergétiques appelle chez les designers et ingénieurs.

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La technologie comme déterminant

Autant d’évolutions qui signent un trait singulier de la transition énergétique : elle n’est pas politique. « C’est une erreur de croire que la transition énergétique est politique. Elle est technologique. », dit Pascale Jean. « Donc il n’y a pas de rétropédalage possible - lié au fait que tel ou tel pays pourrait se désengager des objectifs de réduction du réchauffement climatique, par exemple. Il y a certes des façons d’accélérer ou de freiner, par des choix politiques ».

« Mais à l’origine ce sont des ruptures technologiques qui portent la transition énergétique : les technologies des énergies renouvelables, en premier lieu, mais aussi les techniques de gestion numérique, permettant d’opérer de manière nouvelle des systèmes électriques et des paiements mobiles »

Pascale Jean, associée PwC France

L’actualité américaine est à ce titre assez révélatrice. L’administration Trump a dénoncé les accords de Paris, mais il parait très peu probable qu’elle puisse construire une stratégie énergétique indifférente aux énergies renouvelables. Ne serait-ce que parce que nombre d’acteurs privés américains de l’énergie se sont déjà positionnés sur le déploiement d'énergies alternatives et de smart grids. Cas emblématique : le 22 mars dernier, la compagnie pétrolière Exxon Mobile a publiquement demandé au président des États-Unis d'Amérique de respecter les accords de la COP 21.

Les vrais déterminants de la transition énergétique sont, à nouveau, technologiques. Au premier rang d’entre eux : le stockage d’électricité. Faut-il le rappeler ? L’électricité n'est pas une source d'énergie, comme le gaz ou le pétrole, elle est un vecteur d'énergie matérialisé par des particules extrêmement véloces et difficiles à stocker : les électrons. Or les sources d’énergie renouvelables sont, le plus souvent, intermittentes, le soleil ou le vent ne se commandant pas. Pour assurer une production constante, il faut impérativement être capable de stocker les électrons. Qu’il s’agisse d’usages ponctuels, comme c’est le cas des véhicules électriques, ou de stockage à grande échelle, en appui des réseaux de distribution, ou encore de stockage à petite échelle pour assurer la continuité de service sur des sites sensibles. « Dans tous ces cas de figure, l'attente est grande sur une solution de stockage complètement satisfaisante », observe Pascale Jean.

Stocker : le facteur clé

La rupture technologique attendue – celle qui permettra de stocker beaucoup, longtemps, sans danger, et à des coûts raisonnables - sera déterminante. Adviendra-t-elle dans 3, 5, 10 ans ? La levée du verrou technologique tiendra-t-elle aux promesses de l’hydrogène ? Des nanostructures à base carbone ? Des supercondensateurs ? Difficile à dire. Mais il est clair que le souffle de la transition énergétique, sa capacité à emmener les systèmes électriques vers d’autres modes de production, de fonctionnement et de consommation, repose sur des innovations de rupture dans le stockage.

Quels acteurs en seront les pionniers ? En France, les solutions de piles à combustible à hydrogène focalisent l’attention. Il n’en existe pas moins des approches très diversifiées. Au vrai, on observe même un foisonnement de nouveaux acteurs, et pas uniquement sur les technologies de stockage. 

En effet, en diversifiant les sources d’énergie et en les décentralisant, les distinctions entre producteurs et consommateurs s'effritent. Ce qui ouvre de nombreuses opportunités à des acteurs nouveaux. Des industriels peuvent se diversifier et devenir producteurs d'énergie. En France, citons par exemple Tryba qui, en plus d’être un fabricant de portes-fenêtres, est devenu gestionnaire d'une trentaine de parcs photovoltaïques dans le monde depuis 2004. Un exemple certes anecdotique, mais qui atteste que la transition ne se limite pas aux seuls acteurs de l'énergie.

L’énergie, terre d’opportunités

« C’est un monde d’opportunités qui s'ouvre ici. Les nouveaux entrants peuvent les saisir, les historiques aussi. C’est une question de capacité à être agile, à être au bon endroit, au bon moment, détaille Pascale Jean. Géants de l'informatique et jeunes entreprises spécialisées travaillent sur le domaine, bien sûr, mais ce n'est pas si étonnant que ça. Après tout, le monde de l'énergie est un monde de données, un monde de problèmes à résoudre par des jeux d'équations ».

Au-delà, s’installe une porosité accrue entre les acteurs de l’équipement (de la maison et des services industriels) qui dépassent leurs frontières naturelles. « Il y a de nouveaux business à créer et beaucoup d’incertitudes sur les techniques qui s'imposeront et celles qui s'effaceront. L'un des enjeux est maintenant la capacité d'agréger les nouvelles technologies entre elles. Dans cette manœuvre d'agrégation et de porosité des secteurs, il sera bien hasardeux de faire encore la distinction entre les acteurs historiques de l'énergie et le reste de l'industrie », prédit Pascale Jean.

La France marche à l'hydrogène

Les piles à combustible (PAC) à hydrogène semblent avoir trouvé un terrain favorable en France. Si elle semble importante en la regardant avec le prisme national, la filière reste tout de même modeste. Elle a pour elle d’être très bien organisée. Plusieurs start-up fonctionnent de concert au sein de l'Association Française pour l'hydrogène et les PAC (Aphypac). Forts de cette caisse de résonance, grands groupes (Areva H2Gen, EDF, Engie...) et start-up (Symbio Fcell, McPhy...) enchaînent les expérimentations auprès de différents acteurs. Des sites isolés s'équipent pour du stockage en dehors de tout réseau. La Région Manche lance un grand projet de territoire à hydrogène. Grenoble s'y essaye aussi avec quelques entreprises de son territoire, quelques véhicules et deux bornes de recharge. La Poste est également de la partie avec six véhicules en test – une goutte d’eau, certes, à ce stade, en regard des 30 000 véhicules électriques utilisés par l'entreprise publique, mais aussi la manifestation d’un succès très hexagonal de la filière hydrogène en France.

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