Adaptation au changement climatique

À chaque territoire sa stratégie

Nul ne peut encore nier la réalité du dérèglement climatique en cours. Pourtant, entre la compréhension du phénomène global et la préparation aux changements locaux, il y a un gouffre qu'il s'agit de combler.

Pour aborder le futur le plus sereinement possible, les territoires doivent sélectionner les solutions qui leur sont le plus adaptées. Et cela peut parfois entrer en contradiction avec leurs intérêts les plus immédiats. Selon l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc), l'inertie du système climatique est telle qu'il n'est pas possible d’enrayer la tendance du réchauffement global d'ici à 2050.

Les températures vont continuer à augmenter durant le XXIe siècle. Dès lors, les différents territoires n'ont plus le choix : il faut s'adapter aux changements climatiques déjà en cours. Plus encore, il s'agit ici de prévoir les transformations à apporter avant de se retrouver au pied du mur. Du côté des prévisions, les différents scénarios envisagés par le Groupement intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec), tablent sur une augmentation de la température du globe de 2 à 8°C d'ici 2050. Les 4 à 5 modèles exploités ne sont que le reflet des connaissances des phénomènes actuels et peuvent difficilement prendre en compte la totalité des modifications à venir, mais ils sont également corrigés au fur et à mesure des changements observés. Ils apportent ainsi la vision la plus précise de ce que peuvent attendre les territoires. « L'objectif officiel et ambitieux d'une augmentation de 2°C à l'horizon 2050 reste encore atteignable, mais la réalité c'est qu'une augmentation globale de 3 à 5°C est plus que probable. » expliquent Sylvain Lambert, associé responsable du département Développement durable de PwC et Olivier Muller, directeur au sein du même département, en charge du sujet Changement climatique. « Le plus inquiétant dans les scénarios exploités par le Giec, c'est que plus on s'éloigne de l'objectif cible de la COP 21, plus on s'approche d'un scénario de film catastrophe hollywoodien. »

Cela ne se passe pas que chez les autres

« La France reste une région protégée, ou plutôt, moins exposée que d’autres (Afrique équatoriale, Inde, Indonésie, Philippines, Thaïlande) au dérèglement climatique en cours » tempère tout de même Olivier Muller, directeur du département Développement Durable de PwC. C'est également ce que pointe l'exploitation par Météo-France du modèle Aladin-Climat, qui table sur une augmentation planétaire allant de 1,7°C à 3,2°C. À l'échelle de la métropole, une élévation de 2,4°C en moyenne est alors prévue.

Cette donnée globale cache malgré tout de fortes disparités entre la façade atlantique et l'est continental, précisait le Ministère de l'écologie, du développement durable et de l'énergie en 2015. À l'ouest, l’élévation devrait être plus douce, de l'ordre de 1°C, mais elle sera accompagnée d'épisodes de sécheresse et de précipitations extrêmes plus fréquentes. À l'est, la température pourrait monter de plus de 3°C et les territoires concernés subiraient des périodes de canicule de plus en plus longue, de l'ordre d'une vingtaine de jours supplémentaires chaque année. Ces indications de températures donnent déjà un bon ordre d'idées des changements qui vont s'observer.

La France dans 100 ans
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Où skier quand il n'y aura plus de neige ?

Le déplacement des climats locaux est d'ailleurs déjà observable dans certains territoires et la montagne en est un exemple emblématique. Depuis 1970, la limite pluie/neige qui détermine la zone d’enneigement hivernal la plus basse, est remontée pour se fixer aujourd'hui aux alentours de 1800 mètres. « Les communes en deçà de cette nouvelle ligne de démarcation auront énormément de mal à emprunter », pointe Olivier Muller. C'est logique : qui voudrait faire un investissement sur un équipement qui a de fortes chances de ne pas être utilisable durant toute sa période de rentabilité, qui dépasse la vingtaine d'années ?

Concrètement, il est difficile pour une station de ski d'atteindre un équilibre financier avec moins de 100 jours à plus de 30 centimètres de neige, au moins 2 années sur 3. Une étude de l'OCDE publiée en 2007 et traitant du changement climatique dans les Alpes Européennes, révèle qu'une élévation de 300 m de la limite d’enneigement naturel (2°C supplémentaires d’ici 2050) ferait disparaître 20 % des stations des départements de Savoie, des Hautes-Alpes et des Alpes-de-Haute-Provence. Dans un scénario plus grave, d'une augmentation de 4°C, la transformation serait encore plus radicale avec un taux de disparition des stations de 29 % en Savoie, 66 % dans les Hautes-Alpes et 90 % dans les Alpes-de-Haute-Provence et les Alpes Maritimes. « Une augmentation d'un degré Celsius, c'est un déplacement du climat de 180 km vers le nord ou de 150 m plus haut en altitude », explique Serge Planton, Directeur de recherche, Centre National de recherche météorologique.

Peu de localités ont pourtant réellement pris en compte ce changement de paradigme et l'on observe même des retours en arrière. La commune d'Abondance, sur le domaine des Portes du Soleil, en Haute-Savoie, a par exemple commencé à démanteler ses installations de moyenne montagne en 2007, officiellement pour cause de réchauffement climatique. Deux ans plus tard, la station rouvrait son domaine en lui ajoutant un projet d’investissement de presque 2 millions d’euros dans une zone située à 900 m d’altitude. À cette altitude, et comme partout en dessous de 1800 mètres, l'usage de neige artificielle dans des quantités toujours plus importantes permet encore, pour l’instant, d'atteindre un équilibre financier. De nombreuses stations, notamment dans le Vercors, misent tout de même sur de nouveaux secteurs touristiques, comme les activités de pleine nature ou les spas. Il est tout de même difficile de changer des habitudes qui représentent 20 % du chiffre d'affaires du tourisme national. « Certaines stations peuvent trouver un réel intérêt à diversifier leurs activités », expliquait justement le président des Domaines skiables de France, Pierre Lestas, dans les pages de l'Express en 2014. « Mais il serait illusoire de croire que l'on pourra un jour substituer au ski un autre loisir aussi porteur et structurant pour la montagne. »

Ce n'est pas la côte qui prend la mer, c'est la mer qui prend la côte

Deux mille mètres plus bas, au niveau de la mer, le problème du réchauffement climatique prend un tout autre visage. Dans le lit des rivières et des fleuves, les élévations de température et l'assèchement progressif des nappes phréatiques réduisent le débit des cours d’eau. Sur le Rhône, l'Agence de l'eau Rhône, Méditerranée, Corse, table sur une réduction de 30 % du débit. Les mêmes constats sont tirés sur l'ensemble du territoire Français et le débit moyen devrait s'abaisser de 20 à 40 % entre 2015 et 2050 en fonction des scénarios envisagés. Ce problème, élargi à l'ensemble du monde amène des rivalités dans l'utilisation des fleuves.

 

« En France, les communautés locales de l'eau gèrent cette question au cas par cas car la concurrence pour l'accès à la ressource entre utilisateurs (centrales thermiques, agriculteurs, habitants, industriels, touristes,...) n'est pas encore très importante. Cela pourrait changer d'ici quelques années comme les épisodes de sécheresse de ces dernières années le laisse présager. »

Olivier Muller, Directeur PwC

Plus en aval, sur la côte, les choses se corsent encore et c'est cette fois la montée des eaux qui pose problème. D'après une étude publiée dans Nature climate change en juin 2017, les auteurs ont démontré que la vitesse d’élévation du niveau moyen de la mer a été 50 % plus rapide en 2014 qu'en 1993 : la montée des eaux s’accélère. Selon les scientifiques, l'augmentation du niveau de la mer sera comprise entre 33 et 91 centimètres d'ici la fin du siècle. Pour protéger les côtes et les espaces habités, plusieurs techniques sont mises en œuvre allant de la création de digues à l'abandon pur et simple de certains espaces au profit d’autres surfaces plus urbanisées. « Les investissements complémentaires à prévoir sur les digues représentent un coût important qui est rarement pris en compte par les collectivités », assène Olivier Muller. « Cela se fait encore de façon réactive et les prospectives ne sont pas à la hauteur de ce qui se fait dans les pays confrontés depuis longtemps au problème, comme les Pays-Bas par exemple. » Pour le Conservatoire du littoral, un établissement public chargé de gérer des espaces côtiers, la digue n'est pas une réponse universelle. Cela peut même avoir des effets contre-productifs lorsque des vagues plus violentes viennent creuser derrière l'obstacle et emporte le sable au loin, accélérant du même coup le recul de la plage. Pour éviter de se lancer dans une lutte coûteuse et incertaine, le Conservatoire espère plutôt faire changer les mentalités. Élus et populations militent généralement pour le maintien à tout prix du trait de côtes mais le responsable de la gestion patrimoniale des sites du Conservatoire du littoral, Patrick Bazin, met en avant la création de zones tampons inondables, rendu à l'agriculture ou simplement laissé en protection des parcelles urbanisées. Dans des régions fortement touchées par la montée des eaux, comme la Camargue qui a vu la mer gagner un kilomètre sur la terre en 50 ans, la pilule reste difficile à avaler.

Quel avenir pour nos AOP/AOC ?

D'une façon plus générale, c'est évidemment l'agriculture qui va subir les plus gros changements. Dans 20 ans, le Bordelais aura le climat que l'on connaît aujourd'hui dans le sud de l'Espagne1. D'ici là, l'Inra et les vignerons travaillent de concert pour poser les jalons du futur de la vigne française. Faudra-t-il changer de variété de vigne et faire des vins nouveaux, aux goûts différents ? Faire de la sélection dans les cépages déjà présents pour conserver les vignes les plus résistantes aux températures élevées ? Ou bien changer d’activité ? Ce qui est sûr, c'est que ces trois solutions vont avoir une influence importante sur les stratégies marketing des vignerons. « Imaginons qu'une élévation de température touche durablement le Bordelais. Des Maisons prestigieuses vont devoir se réinventer. Et si je fais le même vin sur un autre terroir, quel est mon argument de vente ? » interroge Olivier Muller. « Il faut dès maintenant préparer le marché, les consommateurs et les critiques à ce changement de réalité. » Certaines grandes Maisons commencent déjà à se diversifier en investissant dans d'autres parties du monde, sur des cépages aux qualités similaires à celles de leur propre territoire, comme Château Margaux qui investissait dans des vignes en Amérique du Sud. Le tout, en essayant de conserver l'étendard régional de leur marque. Ces évolutions ont un impact majeur sur un produit de luxe comme le vin et elles vont se retrouver à différentes échelles dans toutes les régions protégées par des appellations contrôlées. Et une fois les productions adaptées à leur nouveau climat, il est peu probable que les agriculteurs français, qui produisent 7 tonnes de blé par hectare, se contentent des rendements espagnols qui plafonnent à 4 tonnes par hectare.

L'homme du XXIe siècle survit sur son îlot de chaleur

Les problèmes de la campagne sont un peu éloignés de ceux que subit la majorité de la population, qui a choisi de vivre en ville. Pour lutter contre les effets du réchauffement climatique, et particulièrement contre les épisodes de canicule de plus en plus fréquents, ces 48,8 millions de Français n’empruntent pas la voie la plus simple. Véritable îlot de chaleur, la ville est sans cesse réchauffée par les murs et les routes, qui restituent la nuit la chaleur emmagasinée le jour. Paris a d'ailleurs atteint son record de température cet été en enregistrant une nuit à 24°C. Un vrai problème selon Yann Françoise, responsable de la stratégie énergétique et de lutte contre le changement climatique de Paris, qui s'exprimait dans le Débat du jour de RFI le 23 juin dernier. « Cela veut dire que la température diurne ne redescend pas. Or, c'est la température nocturne, plus fraîche, qui permet de récupérer physiquement lors des périodes de fortes chaleurs. », explique Yann Françoise, responsable de la stratégie énergétique et de lutte contre le changement climatique de Paris.

Au final, la différence entre les villes et la campagne est en moyenne de 2,5°C, et jusqu'à 10°C la nuit. Pour survivre, la cité doit donc s'adapter à ces nouvelles températures et les méthodes sont à chercher du côté des villes proches des tropiques. Murs végétalisés, fontaines et bassins sont des remèdes qui viennent facilement à l'esprit mais les réflexions se portent aussi sur des revêtements aux couleurs neutres, capables de réfléchir le spectre infrarouge, ou encore sur des toiles humides suspendues au-dessus des rues, comme on peut en voir au Portugal. Une refonte de l’emploi du temps est également envisagée. « Nous regardons ce qui se pratique ailleurs, comme à Bilbao dont les services administratifs passent début juin à des horaires spéciaux : 7h-13h », indique l'élu de la capitale. Il faut également faire évoluer les mentalités : baisser la climatisation pour ne pas surchauffer l’extérieur ou bien fermer les volets le jour et aérer la nuit. « Les industriels sont généralement déjà dans cet état d'esprit, car ils agissent sur des investissements à long terme, mais les risques climatiques ne sont pas encore systématiquement pris en compte par tous les acteurs de la société ».

« Encore une fois, si tous les acteurs, petits ou grands, regardaient ce qui va changer chez eux, dans leur périmètre d'activité, ce serait déjà une grande avancée. »

Olivier Muller, Directeur PwC

Les rejets de l'industrie dans les fleuves

L'industrie est autorisée à éliminer une certaine quantité de ses rejets d'eau chaude ou de polluants dans les fleuves, en prenant en compte la dilution apportée par le débit et la température de l'eau. Une réduction du débit va donc entraîner une réduction des seuils autorisés. Pour les 14 réacteurs nucléaires qui bordent le Rhône, la question est importante, mais maîtrisée selon Xavier Eude de l'Agence de l'eau Rhône, Méditerranée, Corse, qui s'exprimait dans les pages de Science & Vie en novembre 2015 : « Même durant des moments de crise, où certaines centrales pompent et rejettent 130 m3 d'eau par seconde pour leurs circuits de refroidissement, l'industrie nucléaire pourra être exploitée à pleine puissance. » Pourtant, en raison de la chaleur, EDF a diminué la production de plusieurs réacteurs, le week-end du 18 et 19 juillet 2015. Bugey (Ain), Saint-Alban (Isère) et Tricastin (Drôme) se sont ainsi mis temporairement au ralenti pour ne pas augmenter de façon trop importante la température du fleuve.

Source : 

1Climat : 30 questions pour comprendre la conférence de Paris, Pascal Canfin, Peter Staime, Les petits matins, 2015.

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