Global Infrastructure Outlook 2025–2050

Investir dans les infrastructures, socle du progrès humain.

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  • 02 sept. 2026

Quelque 151 100 milliards de dollars devront être investis pour construire et entretenir les infrastructures au cours des prochaines décennies.

Points clés de l’étude 

  • Un investissement de 151 100 milliards de dollars sera nécessaire d’ici 2050 pour moderniser les infrastructures numériques, les énergies renouvelables et renforcer la résilience des systèmes de transport qui soutiennent le progrès économique. 
  • Au cours des 25 prochaines années, l’Asie-Pacifique représentera plus de la moitié des infrastructures mondiales, l’urbanisation et l’expansion technologique étant les moteurs de cette croissance des secteurs des transports, du numérique et de l’énergie. 
  • Les différentes parties prenantes doivent collaborer sur la planification, le financement, la mise en œuvre pilotée par l’IA et l’engagement précoce des populations afin d’accélérer le développement d’infrastructures durables. 

À quoi pourraient ressembler les infrastructures mondiales en 2050, une fois 151 100 milliards de dollars investis ? Les infrastructures seraient plus performantes, plus intelligentes, plus intégrées, réactives et prédictives. Connectées par des réseaux filaires et sans fil, elles seraient aussi propres, résilientes face aux perturbations et robustes, reposant sur du matériel puissant et les logiciels les plus avancés. Les infrastructures, qu’elles soient neuves ou rénovées, seraient modernisées. Bien plus que de l’acier, du béton et du capital, elles constituent la plateforme de la prospérité économique et de l’épanouissement humain. 

D’ici 2050, le monde sera de plus en plus dépendant de l’électrification, des données, de l’automatisation et des flux circulaires de ressources. Les infrastructures ne seront plus définies uniquement par des actifs physiques isolés comme les routes, les réseaux ou les installations : elles s’étendront aux systèmes numériques, environnementaux, industriels et sociaux qui sous-tendent la productivité et le bien-être humain. Surtout, ces systèmes seront tous interconnectés et dépendront les uns des autres pour fonctionner de manière fluide. 

Les nouveaux actifs énergétiques et numériques vont connaître une montée en puissance rapide, accélérant le déploiement de pôles de calcul dédiés à l’IA, de centres de données à haute densité, de réseaux de capture du carbone, ainsi que de microréseaux offrant aux utilisateurs un contrôle en temps réel sur la fiabilité et les coûts. Les routes accueilleront des véhicules autonomes intégrant des fonctionnalités comme la tarification dynamique et la recharge sans fil. Les aéroports fonctionneront comme des hubs intermodaux prédictifs, gérant de vastes flottes de drones et d’aéronefs autonomes électrifiés. Les entreprises exploiteront des réseaux d’approvisionnement automatisés, en flux tendu, alimentés par des énergies propres et des infrastructures informatiques sécurisées. Les systèmes anticiperont les besoins, alloueront les ressources de manière dynamique et optimiseront les performances, générant des gains de productivité structurels dans tous les secteurs. L’impact sur les populations sera considérable, offrant aux individus davantage de temps pour se consacrer à ce qui leur tient à cœur. 

Cela peut sembler ambitieux pour le réseau mondial de routes, les centrales électriques, les ports, les bâtiments et les data centers. Après tout, certaines parties de ce réseau vieillissent et nécessitent des réparations et des modernisations, mais le monde n’exige rien de moins de son environnement bâti. De grands changements se profilent au cours des 25 prochaines années. Selon les projections, 1,8 milliard de personnes supplémentaires devraient vivre en ville d’ici 2050, principalement en Asie-Pacifique et en Afrique, et le nombre de mégapoles dans le monde aura presque doublé. Les effets du changement climatique mettront à l’épreuve la résilience et révéleront les vulnérabilités des systèmes de transport, d’énergie et urbains. L’essor de l’IA, du cloud computing et des services fondés sur les données transformera fondamentalement les besoins en infrastructures. Au moment où nous rédigeons ces perspectives, les événements récents au Moyen-Orient rappellent à quel point les chocs géopolitiques peuvent rapidement redéfinir les priorités en matière d’infrastructures. Les perturbations des flux énergétiques, des routes maritimes et des intrants industriels critiques soulignent l’importance de la résilience et de la sécurité, aux côtés de l’efficacité, de l’accessibilité et de la décarbonation. 

Pour comprendre l’ampleur des opportunités à venir dans les infrastructures, PwC a confié à Oxford Economics la réalisation d’un nouveau modèle de prévision. S’appuyant sur les données de dépenses des 20 dernières années, notre modèle « Global Infrastructure Outlook 2025–2050 » utilise des moteurs de modélisation macroéconomique, calibrés selon les réalités géopolitiques et économiques actuelles. L’étude couvre neuf secteurs et 20 sous-secteurs dans 45 pays et territoires, reflétant l’évolution des infrastructures au cours de la dernière décennie, notamment le stockage d’énergie et les data centers, ainsi que l’importance accrue de secteurs tels que les infrastructures de défense, les réseaux de transport et de distribution nécessaires pour soutenir la révolution liée à l’IA. 

Le résultat de ces recherches ? Une prévision mondiale des infrastructures complète et opérationnelle, conçue pour aider les investisseurs, les décideurs politiques et les dirigeants d’entreprise à identifier et à saisir les opportunités plus tôt, avec bien plus de précision. 

Sur la période couverte par cette étude, en termes réels, les dépenses annuelles mondiales devraient passer de 4 400 milliards de dollars en 2024 à 6 900 milliards de dollars en 2050, soit un total cumulé de 151 100 milliards de dollars sur 25 ans. 

 

L’étude Global Infrastructure Outlook 2025-2050 de PwC explore les infrastructures dont le monde aura besoin, les nouvelles formes qui émergent déjà, l’évolution des modes d’utilisation de ces systèmes par les particuliers et les entreprises et, surtout, les modèles de financement et commerciaux nécessaires pour les déployer à grande échelle. Nous mettons en lumière les tendances mondiales qui influencent l’expansion des dépenses d’infrastructure, évaluons l’ampleur des opportunités offertes et identifions les régions et secteurs présentant la plus forte croissance, tant en valeur absolue qu’en valeur relative. 

Pour prendre part à ce mouvement qui rend le développement des infrastructures possible, les dirigeants devront transformer leur vision en valeur grâce à des plans d’action concrets. Ils devront agir avec audace pour réallouer les ressources en fonction de leurs priorités, et faire preuve de clarté et de détermination en ayant le courage d’adopter des modèles non traditionnels. 

L’opportunité est réelle et mesurable. C’est maintenant qu’il faut la saisir.

 

Accélérer la croissance : les dépenses d’infrastructure pour chaque secteur

Le Global Infrastructure Outlook de PwC estime des investissements annuels dans neuf secteurs jusqu’en 2050. Dans chaque catégorie d’infrastructure, les tendances économiques sous-jacentes, la mise en œuvre de nouvelles technologies et les évolutions de sous-secteurs clés influencent le rythme de croissance. 

Numérique : des flux d’investissement considérables 

Synthèse financière 

  • Dépenses annuelles en 2024 : 256 mds $ 
  • Dépenses annuelles prévues en 2050 : 322 mds $ 
  • Taux de croissance annuel composé (TCAC) sur 25 ans : 0,9 % 
  • Augmentation des dépenses annuelles d’ici 2050 : 26 % 
  • Dépenses cumulées d’ici 2050 : 7 400 mds $ 

Pour exploiter pleinement le potentiel des avancées en matière de technologie, de données et d’intelligence artificielle, le monde devra maintenir des investissements soutenus dans les infrastructures numériques. Aux côtés des réseaux, la fibre optique, les antennes-relais, les satellites et les centres de données — environnements physiques où se concentre la puissance de calcul informatique — deviennent un actif d’infrastructure déterminant du XXIe siècle. 

Portée par la demande mondiale en données et services numériques, la capacité des centres de données devrait faire l’objet d’investissements importants au cours des 25 prochaines années. Dans la seconde moitié des années 2020, des décennies d’expansion seront concentrées dans une phase de développement courte mais très intensive en capital. Entre 2024 et 2027, les investissements annuels dans les infrastructures de data centers augmenteront de 121 %, passant de 114 milliards de dollars à 252 milliards. Les campus hyperscale, les centres de colocation et les sites en périphérie seront livrés à un rythme soutenu pour répondre à la demande croissante portée par l’essor continu du cloud, l’adoption rapide de l’IA générative et des attentes liées à des applications et des charges de travail d’IA toujours plus gourmandes en puissance de calcul. 

Toutefois, une fois les nouvelles infrastructures pleinement opérationnelles et en mesure d’absorber la hausse de la demande, il y aura un ralentissement du développement de nouvelles infrastructures dans les années 2030. Dans les années 2040, à mesure que les marchés arriveront à maturité, les investissements dans les bâtiments et structures se stabiliseront. Sur cet horizon plus long, l’accent des investissements dans les centres de données devrait se rééquilibrer, passant de l’augmentation des capacités à l’amélioration de l’utilisation, de l’efficacité et de l’adaptabilité des installations existantes. À ce stade, la croissance de la capacité des data centers dépendra de la réussite de la commercialisation de la génération actuelle de projets ainsi que des exigences énergétiques et de l’efficacité des futures générations d’infrastructures de calcul. 

 

Transport : opportunités d’investissement majeures 

Synthèse financière 

  • Dépenses annuelles en 2024 : 1 400 mds $ 
  • Dépenses annuelles prévues en 2050 : 2 400 mds $ 
  • TCAC sur 25 ans : 2,2 % 
  • Augmentation des dépenses annuelles d’ici 2050 : 75 % 
  • Dépenses cumulées d’ici 2050 : 50 000 mds $ 

L’augmentation des déplacements de population, notamment dans les mégapoles, nécessitera des investissements substantiels dans les infrastructures de transport — incluant le renouvellement des actifs existants, ainsi que la maintenance et la construction de nouvelles routes, ponts, tunnels, chemins de fer, aéroports, ports et infrastructures maritimes. Les transports représentent 33 % des dépenses totales en infrastructure sur la période couverte par l’étude. Les dépenses liées aux routes et aux ponts, à hauteur de 30 600 milliards de dollars, représenteront 60,5 % du total du secteur des transports. Même les pays disposant déjà d’infrastructures très développées devront réaliser des investissements importants pour garantir leur adaptation aux besoins futurs et leur résilience face aux perturbations climatiques et autres aléas. 

Les dépenses en infrastructures aéroportuaires (3 100 milliards de dollars investis d’ici 2050) connaîtront la croissance la plus rapide. Soutenus par l’augmentation du nombre de passagers et les flux touristiques, les investissements concernés devraient progresser de 93 % d’ici 2050. Dans le même temps, les dépenses consacrées aux infrastructures portuaires (2 400 milliards de dollars à l’horizon 2050) seront stimulées par l’extension des routes commerciales et par les aménagements requis pour accompagner l’essor de l’éolien offshore. Les dépenses en infrastructures ferroviaires (14 100 milliards de dollars d’ici 2050) seront soutenues par l’urbanisation et par le statut du rail comme mode de transport relativement décarboné et efficace. La récente dégradation de la fiabilité des transports au Moyen-Orient rappelle également que les infrastructures doivent être non seulement conçues pour être efficaces, mais aussi pour être résilientes. 

Les technologies numériques jouent un rôle essentiel de catalyseur. En effet, la convergence des infrastructures numériques et physiques donnera naissance aux systèmes de mobilité résilients et durables de demain. Ces systèmes de transport reposeront sur une infrastructure intégrée et multimodale, associant routes, rails, ports, aéroports et réseaux numériques. Les ports et aéroports intelligents deviendront des moteurs de dynamisme économique en s’appuyant sur l’automatisation, l’analyse de données et des technologies décarbonées afin d’améliorer leur efficacité et leur durabilité.

 

Le secteur de l’énergie : un moteur de la transition et de l’économie numérique 

Synthèse financière 

  • Dépenses annuelles en 2024 : 631 mds $ 
  • Dépenses annuelles prévues en 2050 : 1 100 mds $ 
  • TCAC sur 25 ans : 2,3 % 
  • Augmentation des dépenses annuelles d’ici 2050 : 79 % 
  • Dépenses cumulées d’ici 2050 : 25 000 mds $ 

Les infrastructures énergétiques comprennent les actifs fixes et les structures utilisés pour la production, le stockage et la distribution d’électricité, notamment les actifs renouvelables, les centrales à combustibles fossiles et nucléaires — avec un intérêt croissant pour les petits réacteurs modulaires —, les réseaux de transport et de distribution, ainsi que le stockage par batteries. D’ici 2050, les investissements annuels dépasseront 1 100 milliards de dollars. Cette croissance illustre l’un des grands défis mondiaux : diminuer l’empreinte carbone tout en assurant un accès à des ressources énergétiques et à une électricité fiable, sécurisée et financièrement accessible. Comme le souligne le World Resources Institute, plus de 70 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre proviennent de l’énergie. Relever ce défi nécessite une approche globale, coordonnant les investissements au-delà des frontières nationales et sectorielles. 

En période de forte insécurité de l’approvisionnement, les gouvernements et les investisseurs privilégient non seulement la décarbonation, mais aussi la fiabilité du système énergétique, la disponibilité des capacités de production et la diversification du mix énergétique. Cette approche devrait accélérer les investissements non seulement dans les énergies renouvelables, le stockage et la modernisation des réseaux, mais aussi dans les infrastructures énergétiques stratégiques, les capacités de réserve, les importations de gaz naturel liquéfié, les unités de regazéification et, plus largement, la flexibilité du système. 

Les investissements mondiaux dans les infrastructures énergétiques se développeront selon trois axes principaux : la production d’énergie propre, le stockage de l’électricité et les réseaux de transport et de distribution. Premièrement, la production d’énergie propre s’accélère. D’ici 2050, les investissements dans les énergies renouvelables et le nucléaire augmenteront respectivement de 52 % et 45 %, tandis que les investissements dans les énergies fossiles diminueront de 55 %. Deuxièmement, à mesure que les batteries et autres technologies deviennent le socle de la flexibilité du système, les investissements annuels dans le stockage d’électricité progresseront de 273 % entre 2024 et 2050, permettant d’équilibrer les énergies renouvelables intermittentes, de soutenir l’électrification croissante et de stabiliser les pics de demande. En 2050, les 91 milliards de dollars investis dans le stockage représenteront trois fois le montant investi dans les énergies fossiles. Troisièmement, la modernisation et le renforcement des réseaux électriques entraîneront une hausse de 159 % des investissements dans les infrastructures de transport et de distribution d’électricité. Cette dynamique sera portée par la nécessité de gérer des flux énergétiques bidirectionnels et de connecter de nouveaux usages à forte croissance. Ces charges incluent les flottes de véhicules électriques, les pompes à chaleur, les électrolyseurs, ainsi que des data centers et des clusters d’intelligence artificielle de plus en plus énergivores. 

Enfin, comme l’électrification seule ne permettra pas d’atteindre la neutralité carbone, les analyses de PwC mettent en évidence la nécessité de développer les carburants d’aviation durables, de l’hydrogène et des biocarburants à mesure qu’ils atteignent une viabilité commerciale — créant ainsi un système énergétique intégré et multi-vecteurs, soutenant à la fois la décarbonation et la sécurité énergétique à long terme. 

 

Ressources : moins de forage, plus d’exploitation minière 

Synthèse financière 

  • Dépenses annuelles en 2024 : 480 mds $ 
  • Dépenses annuelles prévues en 2050 : 460 mds $ 
  • TCAC sur 25 ans : –0,2 % 
  • Diminution des dépenses annuelles d’ici 2050 : –4 % 
  • Dépenses cumulées d’ici 2050 : 12 300 mds $ 

Les infrastructures liées aux ressources comprennent les usines, installations et réseaux qui soutiennent l’exploration, l’extraction, le traitement, le transport et le stockage du pétrole et du gaz, du charbon, des métaux et des minéraux, notamment les sites miniers, les oléoducs, les raffineries et les terminaux de stockage. Dans un contexte de transformation profonde du secteur énergétique, il s’agit du seul secteur pour lequel une baisse des investissements est prévue sur la période analysée. L’essentiel de ce recul est attribuable au charbon, avec une chute de 63 % des investissements annuels d’ici 2050. Le pétrole et le gaz restant des éléments clés de l’équation énergétique, ils continueront de dominer le secteur des ressources, représentant 64 % des investissements en 2050. 

Toutefois, le rôle stratégique des infrastructures de ressources va bien au-delà du pétrole et du gaz. Les tensions sur l’approvisionnement d’intrants essentiels tels que le soufre, l’hélium, les produits pétrochimiques ou les matières premières destinées aux engrais peuvent entraîner des effets en chaîne sur des secteurs clés comme l’agriculture, les semi-conducteurs, la chimie ou l’industrie manufacturière. Cette vulnérabilité plaide pour un renforcement des investissements dans le stockage, la transformation et la diversification des routes commerciales au sein des chaînes de valeur stratégiques. 

Comme le souligne le Mine Report 2025 de PwC, la croissance concernera principalement les métaux et minéraux essentiels à la transition énergétique, tels que le cuivre, le lithium et les terres rares. Les dépenses annuelles augmenteront de 39 % pour atteindre 128 milliards de dollars en 2050. La demande pour ces ressources sera également stimulée par la modernisation des réseaux, le stockage d’énergie à grande échelle, l’électrification des transports, les avancées dans les technologies de défense et les capacités de calcul, ainsi que par l’amélioration de la récupération et du recyclage des ressources.

 

Les infrastructures sociales : une classe d’actifs souvent sous-estimée 

Synthèse financière 

  • Dépenses annuelles en 2024 : 617 mds $ 
  • Dépenses annuelles prévues en 2050 : 912 mds $ 
  • TCAC sur 25 ans : 1,5 % 
  • Augmentation des dépenses annuelles d’ici 2050 : 48 % 
  • Dépenses cumulées d’ici 2050 : 19 400 mds $ 

Les dépenses mondiales consacrées aux infrastructures sociales — qui englobent les établissements de santé, les structures d’accueil pour les personnes âgées et les établissements d’enseignement — augmenteront progressivement à mesure que les pressions démographiques s’intensifieront et que des décennies de sous-investissement se feront ressentir. D’ici 2050, la part des personnes âgées de 65 ans ou plus atteindra 20 % de la population mondiale, selon l’Organisation mondiale de la Santé. Cela accentuera la demande pour les hôpitaux, les maisons de retraite et les services associés. Des années de sous-investissement ont généré un important déficit d’infrastructures, à la fois pour rénover les équipements existants dans les économies développées et pour construire de nouvelles capacités dans les marchés émergents afin de répondre à une demande encore non satisfaite. Les dépenses annuelles consacrées aux infrastructures de santé et de prise en charge des personnes âgées devraient augmenter de 73 % entre 2024 et 2050. Parallèlement, les dépenses en infrastructures éducatives devraient croître de 30 % sur la même période. Investir dans l’éducation et l’accompagnement du vieillissement de la population, c’est aussi investir dans le capital humain, l’un des principaux déterminants de la productivité et de la croissance de long terme.

 

L’industrie manufacturière : réindustrialisation et production avancée 

Synthèse financière 

  • Dépenses annuelles en 2024 : 472 mds $ 
  • Dépenses annuelles prévues en 2050 : 712 mds $ 
  • TCAC sur 25 ans : 1,6 % 
  • Augmentation des dépenses annuelles d’ici 2050 : 51 % 
  • Dépenses cumulées d’ici 2050 : 15 500 mds $ 

L’industrie manufacturière, qui constitue la base des économies industrielles, devrait connaître une transformation radicale au cours des 25 prochaines années. Ce secteur englobe les usines, installations et réseaux qui soutiennent le traitement des métaux lourds et des produits chimiques, le raffinage pétrolier et la fabrication automobile. La chimie demeurera le premier sous-secteur et le plus dynamique en matière de croissance. La hausse de la population et du niveau de vie devrait stimuler la demande de produits ménagers, de produits chimiques de base et d’intrants agrochimiques, entraînant une croissance estimée à 81 % entre 2024 et 2050. Les secteurs des métaux lourds et de la construction automobile devraient croître plus lentement, avec des hausses respectives de 44 % et 21 %, reflétant des contraintes telles que les surcapacités mondiales et les tensions commerciales. Parallèlement, la dynamique mondiale de décarbonation devraient freiner la demande à long terme pour le raffinage du pétrole, contribuant à une croissance plus modeste de 13 %. 

Dans les marchés matures, les usines et installations de production se transforment en hubs intelligents, résilients et durables, tirant parti de l’intelligence artificielle, de la robotique et de l’internet des objets pour optimiser la production et réduire les déchets. À mesure que de nombreuses économies émergentes continuent de développer leur base industrielle pour répondre à une demande croissante, elles devront intégrer dès le départ flexibilité et préparation numérique. L’industrie manufacturière se développera autour de pôles industriels bas carbone fonctionnant grâce aux énergies renouvelables et à l’hydrogène, intégrant des circuits de matières circulaires et des technologies d’automatisation avancées. 

 

Défense : le passage à l’offensive 

Synthèse financière 

  • Dépenses annuelles en 2024 : 73 mds $ 
  • Dépenses annuelles prévues en 2050 : 168 mds $ 
  • TCAC sur 25 ans : 3,3 % 
  • Augmentation des dépenses annuelles d’ici 2050 : 132 % 
  • Dépenses cumulées d’ici 2050 : 3 400 mds $ 

La défense comprend les installations physiques telles que les chantiers navals, les cales sèches, les casernes et autres infrastructures militaires, les réseaux de transport, les dépôts et entrepôts, ainsi que les infrastructures de communication. Elle n’inclut pas les armes, les véhicules et les équipements. À l’avenir, les infrastructures de défense seront sécurisées sur le plan énergétique, renforcées sur le plan numérique et résilientes face au climat, intégrant des microréseaux électriques, des réseaux de données robustes et des systèmes de surveillance autonomes. Les dépenses annuelles en infrastructures de défense devraient augmenter de 132 % entre 2024 et 2050. Malgré cela, elles ne représenteront qu’un peu plus de 2 % des dépenses mondiales totales en infrastructures d’ici 2050. 

La montée des risques géopolitiques, notamment en Europe et en Asie-Pacifique, stimulera les investissements dans les infrastructures de défense. Cette dynamique sera également soutenue par la recomposition des alliances internationales, l’essor de la guerre hybride, le besoin de sécuriser les chaînes d’approvisionnement et la modernisation d’actifs de défense vieillissants, en particulier au Royaume-Uni et dans l’Union européenne.  

Longtemps perçues comme un domaine relevant essentiellement de l’action publique, les infrastructures de défense ont souvent suscité un intérêt limité de la part des investisseurs privés. Cette perception évolue aujourd’hui, la défense s’affirmant progressivement comme un secteur stratégique de croissance capable d’attirer des capitaux privés. Face à l’urgence des besoins opérationnels, les gouvernements cherchent à accélérer le déploiement des projets, ouvrant la voie à d’importantes opportunités d’investissement et à une plus grande ouverture à l’innovation, tant sur le plan technologique que dans les modèles de financement et de partenariat.

 

Eau : des pressions qui continuent d’augmenter 

Synthèse financière 

  • Dépenses annuelles en 2024 : 255 mds $ 
  • Dépenses annuelles prévues en 2050 : 379 mds $  
  • TCAC sur 25 ans : 1,5 % 
  • Augmentation des dépenses annuelles d’ici 2050 : 49 % 
  • Dépenses cumulées d’ici 2050 : 8 500 mds $ 

L’eau représente une part relativement faible du total des dépenses mondiales en infrastructures — 8 500 milliards de dollars entre 2025 et 2050 — mais son importance stratégique ne cessera de croître. Le secteur de l’eau est soumis à des pressions croissantes liées au changement climatique, à la croissance démographique et à l’évolution des modes de consommation. Il jouera un rôle essentiel dans la construction de systèmes résilients et dans le soutien de la productivité mondiale à long terme. 

Les investissements annuels dans les infrastructures hydriques devraient passer de 255 milliards de dollars à 379 milliards d’ici 2050, soit une augmentation de 49 %, même si la croissance sera inégale selon les régions. Dans les économies avancées, la maturité de la couverture des services et la croissance démographique plus lente orienteront les investissements vers la rénovation et la maintenance, tandis que les marchés en développement et émergents connaîtront une forte hausse de la demande, portée par des déficits de couverture et des pressions démographiques. Le Moyen-Orient, confronté à un stress hydrique aigu, devra accélérer ses stratégies d’adaptation pour répondre aux deux défis que représentent la croissance rapide de la population et l’augmentation des besoins industriels.

 

Agriculture : assurer une production durable et sécurisée pour les générations futures 

Synthèse financière 

  • Dépenses annuelles en 2024 : 306 mds $ 
  • Dépenses annuelles prévues en 2050 : 407 mds $ 
  • TCAC sur 25 ans : 1,1 % 
  • Augmentation des dépenses annuelles d’ici 2050 : 33 % 
  • Dépenses cumulées d’ici 2050 : 9 500 mds $ 

Entre 2025 et 2050, 9 500 milliards de dollars seront investis dans les infrastructures agricoles. Comme le sous-secteur de l’eau, l’agriculture revêt une importance stratégique disproportionnée. Les changements climatiques, la croissance démographique et l’évolution des modes de consommation exercent des pressions importantes sur le secteur agricole. 

Les dépenses en infrastructures agricoles devraient passer de 306 milliards de dollars en 2024 à 407 milliards en 2050. Le développement des infrastructures agricoles est étroitement lié aux niveaux de production, lesquels devraient croître le plus rapidement dans les pays en développement et les marchés émergents confrontés à l’évolution démographique et aux risques liés à la sécurité alimentaire. La région Asie-Pacifique représentera environ 75 % des dépenses totales du sous-secteur au cours des 25 prochaines années, dont 35 % pour la Chine seule. L’Afrique, où la production primaire demeure au cœur de l’activité économique et où l’agro-industrie représente une part importante de la base industrielle, est la région affichant la plus forte croissance des investissements. 

 

Des trajectoires d’investissement contrastées selon les régions

Bien que le “Global Infrastructure Outlook de PwC” anticipe une hausse de 54 % des dépenses annuelles en infrastructures entre 2024 et 2050, ce chiffre global masque d’importantes disparités régionales. La croissance démographique constitue un moteur clé des besoins en infrastructures. Chaque région du monde présente une combinaison unique d’évolutions démographiques, de ressources naturelles disponibles, de contraintes budgétaires, de priorités publiques et de risques spécifiques. Ces facteurs détermineront l’ampleur, le calendrier et l’orientation des investissements. Comprendre ces disparités est essentiel pour les investisseurs et les entreprises qui allouent leurs capitaux et leurs ressources à l’échelle internationale, ainsi que pour les gouvernements en concurrence pour attirer les capitaux privés. 

 

Asie-Pacifique : construire et développer 

La région Asie-Pacifique reste le moteur de la croissance mondiale des infrastructures, représentant plus de 52,4 % des investissements totaux sur la période analysée par notre étude. Les dépenses d’infrastructure dans la région passeront de 2 300 milliards de dollars en 2024 à 3 600 milliards d’ici 2050 — soit une augmentation d’environ 54 %. Les dépenses annuelles en transport, qui représentent 40,8 % de l’investissement total, augmenteront de 86 % entre 2024 et 2050, portées par d’importantes expansions des réseaux routiers, ferroviaires et aéroportuaires. Les investissements dans le secteur de l’énergie progresseront d’environ 51 % sur la période, avec une croissance particulièrement rapide du transport et de la distribution (197 %) et du stockage à grande échelle (300 %). Parallèlement, le développement rapide des infrastructures numériques se poursuit. Les investissements numériques augmentent d’environ 21 % entre 2024 et 2050, avec l’expansion des data centers, de la fibre et des réseaux 5G dans toute la région. 

Les économies avancées de la région, notamment l’Australie, le Japon, la Nouvelle-Zélande et la République de Corée, se concentrent de plus en plus sur le renouvellement des actifs vieillissants, le développement des infrastructures numériques et de défense, ainsi que sur la résilience des réseaux essentiels. La Chine poursuivra également la modernisation de ses infrastructures existantes et de ses réseaux de télécommunications. Elle mettra aussi l’accent sur le développement des systèmes énergétiques non fossiles, ainsi que sur les infrastructures de transport et de stockage de l’énergie. À l’inverse, les économies émergentes — notamment l’Inde (TCAC de 3,8 % jusqu’en 2050), l’Indonésie (3,6 %), les Philippines (3,2 %) et le Vietnam (4,3 %) — enregistreront certaines des plus fortes croissances en matière d’investissement dans les infrastructures, portées par des populations relativement jeunes, une urbanisation rapide et des politiques visant à combler les déficits d’infrastructures et à renforcer les capacités industrielles. 

Amériques : domination des États-Unis et lacunes en Amérique latine 

Les cinq pays des Amériques couverts dans cette étude — le Brésil, le Canada, le Chili, le Mexique et les États-Unis — représentent collectivement 95 % de la production économique de la région. Ensemble, ces pays porteront les investissements en infrastructures d’environ 1 200 milliards de dollars en 2024 à près de 1 900 milliards d’ici 2050, soit une hausse de 57 %. La croissance des dépenses annuelles sur la période de 25 ans restera largement dominée par les États-Unis. Les secteurs de l’énergie et du transport domineront les investissements dans la région, chacun représentant environ 21,6 % des investissements totaux. Comme en Asie-Pacifique, le développement des data centers ainsi que des réseaux de fibre et 5G entraînera une convergence accrue entre les investissements dans les infrastructures énergétiques et numériques. Dans le secteur des transports, le Brésil, le Chili et le Mexique privilégieront la connectivité et la logistique, tandis que les États-Unis et le Canada se concentreront sur la maintenance et la modernisation des actifs existants. 

Les besoins en infrastructures et les niveaux de développement varient fortement au sein de la région. En Amérique latine, les lacunes dans les infrastructures de base se manifestent surtout en termes d’accès et d’efficacité. Selon les Nations Unies, au Brésil, seulement 55 % de la population a accès à un système d’assainissement géré en toute sécurité ; et seulement un sixième des routes en Amérique latine est régulièrement praticable. À l’inverse, les États-Unis et le Canada font face à des défis liés au renouvellement et à la modernisation des infrastructures. Les services publics dans ces deux pays enregistrent plus de 260 000 ruptures de conduites d’eau par an, pour un coût de réparation d’environ 2,6 milliards de dollars. Bien que ces besoins soient bien réels, les investissements seront surtout dédiés à la production d’énergie afin de soutenir la croissance des infrastructures numériques et, en particulier, des data centers. 

Europe : gérer le cycle de renouvellement important des infrastructures  

L’Europe entre dans un cycle d’investissement majeur, porté par le renouvellement des infrastructures, avec des dépenses annuelles qui devraient augmenter de 42 % entre 2024 et 2050 (de 641 milliards de dollars à 909 milliards). Les financements seront principalement orientés vers la réhabilitation des infrastructures de transport vieillissantes (ponts, tunnels, rails), qui représentent environ 30 % des dépenses totales. Les infrastructures de défense destinées à la logistique, ainsi qu’à l’hébergement, à la formation et au soutien du personnel, prennent également une importance croissante à mesure que l’Europe s’adapte aux nouvelles réalités en matière de sécurité. Par ailleurs, la proportion des personnes de 65 ans et plus devrait atteindre 27 % de la population d’ici 2050. En conséquence, les investissements dans les infrastructures sociales passeront de 145 milliards de dollars en 2024 à 205 milliards en 2050, ce qui en fera le deuxième secteur d’investissement en importance. 

L’Europe de l’Ouest et du Nord domine les investissements, avec l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France en tête, notamment dans les secteurs des transports, de l’énergie et du numérique. La Norvège réorientera ses investissements des infrastructures pétrolières et gazières vers les énergies renouvelables et la modernisation des réseaux. L’Europe centrale et orientale affiche la croissance relative la plus rapide, portée par les transports et la logistique. La dynamique sera plus contrastée en Europe du Sud : la forte croissance de la Turquie sera soutenue par l’urbanisation et les transports, alors que l’Espagne et l’Italie mettront l’accent sur les infrastructures sociales et énergétiques. 

Moyen-Orient : diversification économique et transformation numérique 

Les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) au Moyen-Orient mènent certains des programmes d’infrastructures les plus ambitieux au monde sur plusieurs décennies. Les dépenses d’infrastructure dans la région devraient augmenter de 75 % entre 2024 et 2050 (de 200 milliards de dollars à 349 milliards par an) et seront portées par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, qui devraient à eux seuls représenter environ 78 % du total des investissements. Les économies de la région se diversifient progressivement en s’éloignant de leur dépendance historique au pétrole et en réorientant leurs investissements vers des villes modèles, des clusters industriels ainsi que des actifs numériques et énergétiques propres. 

Les évolutions récentes dans la région ont également renforcé la dimension stratégique des investissements dans les infrastructures. Les perturbations des exportations énergétiques, des routes maritimes et des intrants industriels critiques ont mis en évidence l’importance de la résilience logistique, des capacités industrielles domestiques et de la sécurité énergétique. Ainsi, la dynamique d’investissement dans la région ne repose plus uniquement sur la croissance et la diversification mais aussi sur un impératif de résilience. 

D’ici 2050, les transports représenteront environ un quart des dépenses régionales totales en infrastructures, dépassant le pétrole et le gaz. Les infrastructures énergétiques — en particulier les énergies renouvelables et les batteries — connaîtront une forte accélération, avec des investissements annuels dans les énergies renouvelables multipliés par cinq d’ici 2050. Les infrastructures hydriques (incluant le dessalement et la réutilisation de l’eau) doubleront dans la région pour répondre aux contraintes de ressources, notamment la rareté de l’eau. Les infrastructures numériques, telles que les réseaux de fibre optique et les data centers, joueront un rôle encore plus essentiel dans la transformation économique, parallèlement à des investissements ciblés dans les actifs industriels et logistiques. 

Afrique : une demande sans précédent portée par la croissance démographique 

La dynamique de développement de l’Afrique implique qu’elle connaîtra la plus forte croissance annuelle des dépenses d’infrastructure parmi toutes les régions dans les 25 prochaines années. Les dépenses annuelles totales au Ghana, au Kenya, au Nigeria et en Afrique du Sud devraient passer de 54 milliards de dollars en 2024 à 96 milliards en 2050, soit une hausse de 77 %. 

Cette croissance est principalement portée par les transformations démographiques et l’urbanisation. Le continent devrait accueillir plus de 800 millions de citadins supplémentaires d’ici 2050, et le nombre de ses mégapoles devrait tripler. Les dépenses dans les infrastructures de transport, qui constituent le secteur le plus important en termes d’investissement, devraient plus que doubler avec l’essor des échanges commerciaux. Les infrastructures agricoles et liées aux ressources constitueront les deuxième et troisième secteurs en termes de dépenses sur la période analysée par l’étude. 

Libérer le potentiel d’investissement

Nous estimons que les 25 prochaines années seront marquées par une hausse sans précédent des investissements dans les infrastructures à l’échelle mondiale. Toutefois, rien ne garantit que les niveaux de dépenses nécessaires se matérialiseront. Par ailleurs, la croissance des revenus ne se traduit pas automatiquement par des investissements rentables. Pour créer de la valeur, les investisseurs, les pouvoirs publics et les entreprises devront adopter une approche stratégique et systémique, capable de surmonter les contraintes actuelles et d’accélérer la réalisation des projets. 

Les principaux impératifs d’une telle approche sont les suivants : 

Intégrer une planification stratégique à long terme. L’incertitude politique et réglementaire, ainsi que les retards liés aux procédures d’autorisation et de planification, freinent le développement des infrastructures et réduisent leur attractivité pour les investisseurs. Dans le même temps, les infrastructures sont par nature des actifs de long terme, dont la durée de vie s’étend souvent sur plusieurs cycles économiques et politiques. Pour maximiser leur valeur, il est nécessaire de mettre en place des cadres de gouvernance robustes permettant de prendre des décisions au-delà de ces horizons à court terme. Cela implique la mise en place d’environnements réglementaires stables et de stratégies nationales ou régionales claires, offrant une visibilité suffisante aux investisseurs et aux acteurs chargés de la réalisation des projets. 

Les gouvernements devraient créer des instances indépendantes habilitées à prendre des décisions d’investissement dans les infrastructures au-delà des clivages politiques. En parallèle, les processus de planification et d’approbation réglementaire doivent être rationalisés afin d’accélérer la réalisation des projets et de réduire les incertitudes. 

Passer des approches sectorielles à des systèmes intégrés. Concentrer les investissements sur l’énergie ou le numérique sans moderniser en parallèle d’autres secteurs comme les transports ou l’eau risque de créer des goulets d’étranglement qui, à terme, peuvent freiner à la fois la rentabilité et la croissance. À l’inverse, répartir et coordonner les investissements à l’échelle de l’ensemble de l’écosystème des infrastructures permet de générer des effets multiplicateurs, tout en alignant les capitaux, les compétences et les politiques publiques pour concevoir des systèmes intégrés créateurs de productivité et de valeur à long terme. À titre d’exemple, cela peut consister à associer des data centers à des contrats d’achat d’électricité propre et à des systèmes de réutilisation de l’eau ; à développer les infrastructures nécessaires à la mobilité électrique le long des principaux axes de transport, parallèlement au renforcement des réseaux électriques, au déploiement de capacités de stockage par batteries et d’infrastructures de recharge dans les dépôts ; ou encore à relier l’automatisation des ports aux plateformes ferroviaires et logistiques. De nombreux projets illustrent déjà cette coordination.   

Innover dans les mécanismes de financement et de partenariat. Les budgets publics à eux seuls ne suffiront pas ; les investisseurs institutionnels, les fonds souverains, les fonds de pension et les acteurs du crédit privé seront donc au cœur du développement des infrastructures au cours des 25 prochaines années. Une collaboration plus efficace et efficiente entre les pouvoirs publics et le secteur privé est indispensable. Cela passe notamment par le développement de nouvelles structures de financement, de mécanismes de partage des risques et de modèles de réalisation de projets tirant profit des atouts de chaque partie. 

Un exemple est le recyclage du capital, dans lequel les gouvernements vendent ou louent des actifs d’infrastructure matures et réinvestissent les produits dans de nouveaux projets, libérant ainsi des financements sans accroître la dette publique.  

Une priorité sera aussi de rendre rapidement finançables les nouvelles technologies, notamment l’hydrogène vert, la géothermie, les centrales électriques virtuelles, les plateformes énergétiques « behind-the-meter » (solutions énergétiques situées en aval du compteur), le stockage avancé et les solutions énergétiques pour les data centers. Cela nécessitera des données de performance standardisées, des référentiels communs de classification des risques, des outils publics de réduction des risques plus robustes ainsi que de nouveaux produits d’assurance destinés à atténuer les risques associés aux technologies en phase de développement. La finance mixte devra également évoluer. Au lieu de montages sur mesure, projet par projet, le marché évoluera vers des plateformes standardisées et évolutives : modèles types de répartition des risques, véhicules d’investissement mutualisant plusieurs actifs, instruments modulaires et places de marché numériques permettant de mettre en relation des projets dont le profil de risque a été amélioré avec les capitaux disponibles, en particulier dans les marchés émergents. 

Redéfinir la planification et la construction. D’ici 2050, les industries développeront les infrastructures via des plateformes intégrées et intersectorielles. Les systèmes énergétiques, de transport, numériques, hydriques et industriels seront conçus, implantés et optimisés de manière coordonnée. Ils s’appuieront sur la construction modulaire et sur des dispositifs automatisés de pilotage des projets, permettant de réduire les délais de réalisation et d’améliorer la précision de l’exécution. 

La modélisation des informations du bâtiment (BIM) sur l’ensemble du cycle de vie, les jumeaux numériques et les environnements de données intégrés seront généralisés. L’IA générative et l’IA agentique transformeront la livraison des projets en permettant d’anticiper les risques de long terme dès la phase de conception, de générer automatiquement et de tester la robustesse de différentes options de conception et de séquencement, de coordonner des interfaces complexes et de recommander des mesures correctives en temps réel. Elles contribueront ainsi à réduire les dépassements de coûts et de délais, à accélérer la réalisation des projets et à générer des économies de plusieurs milliards au sein des programmes d’investissement. 

En parallèle, les pratiques de construction circulaire — réemploi et recyclage à grande échelle, recours à des matériaux bas carbone, préfabrication hors site et méthodes de chantier à faible impact environnemental — réduiront sensiblement le coût et l’empreinte carbone de la majorité des grands projets. 

Adopter de nouveaux modèles commerciaux. Les contrats fondés sur les résultats — axés sur les émissions, la résilience, la fiabilité et l’expérience utilisateur — deviendront la norme. Les modèles d’Infrastructure as a Service (IaaS) par abonnement se développeront dans les secteurs de l’énergie, du numérique, de la mobilité, de la chaleur et des infrastructures de résilience, tandis que des flux de valeur issus de l’exploitation des données viendront de plus en plus compléter les tarifs traditionnels.  

À mesure que les systèmes deviendront plus intégrés, des modèles de plateforme multipartites remplaceront les chaînes d’approvisionnement linéaires. Ces plateformes — qui mutualiseront les risques, les données et la création de valeur entre exploitants, fournisseurs de technologies, investisseurs et acteurs publics — permettront un déploiement plus rapide des infrastructures à moindre coût. 

Associer les populations dès les premières étapes et tout au long du projet. L’opposition des populations locales peut retarder ou compromettre la réalisation de projets. Impliquer les populations dès le début des projets et maintenir un dialogue continu permet d’expliquer pourquoi les investissements publics et privés sont nécessaires, et de quelle manière ces projets apporteront des bénéfices concrets à la population tels que davantage d’emplois, un meilleur accès aux lieux de travail et une meilleure connectivité vers les services essentiels.  

Par ailleurs, dans un contexte où le coût élevé du capital et l’accès au financement constituent des défis majeurs, il est également nécessaire d’impliquer les communautés dans les discussions sur le financement des infrastructures. Les décideurs doivent présenter ces coûts comme des investissements capables de générer à la fois un rendement financier et un rendement social, sous la forme d’une meilleure qualité de vie ou d’un accès élargi aux services. 

Agir avec courage

Afin de relever efficacement l’ensemble de ces défis, chaque catégorie d’acteurs au sein de l’écosystème des infrastructures devra engager des actions ciblées et assumer pleinement ses responsabilités. 

Gouvernements 

  • Créer des environnements propices grâce à des portefeuilles de projets transparents, des cadres réglementaires simplifiés et des modèles de financement innovants capables d’attirer les capitaux privés et d’accélérer la mise en œuvre des projets. 
  • Envisager des interventions ciblées dans les domaines où la fragilité des chaînes d’approvisionnement menace la résilience nationale. 

Investisseurs 

  • Prendre en compte l’évolution du rapport risque-rendement et orienter les capitaux vers les secteurs et les régions offrant des perspectives de croissance stable à long terme. 
  • Rester attentifs à l’évolution des opportunités d’investissement, à mesure que de nouveaux secteurs émergent comme pôles de croissance et que les besoins mondiaux se déplacent vers la région Asie-Pacifique et les marchés émergents. 

Entreprises 

  • Anticiper et s’adapter au changement de l’écosystème des infrastructures, en tirant parti de la technologie, de la résilience des chaînes d’approvisionnement et des partenariats intersectoriels pour capter de nouvelles opportunités. 

Populations 

  • Participer de manière précoce et régulière aux processus de planification et de réalisation des projets. En s’impliquant ainsi, elles peuvent contribuer à concrétiser les bénéfices promis par cette nouvelle ère des infrastructures : une meilleure qualité de vie, une connectivité renforcée et un accès plus équitable aux services essentiels. 

Le monde de 2050 sera profondément différent de celui d’aujourd’hui. Il a besoin d’une véritable révolution de la productivité. Pour la concrétiser, l’ensemble des parties prenantes devra collaborer afin d’orienter les investissements vers les bons actifs, au bon moment et selon les modalités les plus adaptées. Cette transformation doit commencer dès aujourd’hui.

Et vous, quelles priorités d’infrastructures façonneront votre trajectoire ?

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Définitions et méthodologie

Les dépenses d’infrastructure sont définies comme la formation brute de capital fixe (FBCF) réalisée par les secteurs public et privé sur des structures durables et non déplaçables, essentielles au soutien de la croissance économique à long terme. En plus des nouvelles dépenses, elles incluent les dépenses de remplacement ainsi que les investissements de maintenance (c’est-à-dire visant à prolonger de manière significative la durée de vie d’un actif). Cette mesure constitue un sous-ensemble des dépenses d’investissement total et exclut les ressources biologiques cultivées, les produits de propriété intellectuelle, les équipements de transport, ainsi que les équipements liés aux technologies de l’information et de la communication (TIC). 

La définition des dépenses d’infrastructure a des implications variables selon les secteurs. Quelques exemples : les équipements TIC, tels que les processeurs (CPU) et les processeurs graphiques (GPU), qui représentent une part importante des dépenses d'investissement pour la construction de data centers, ne sont pas inclus dans la définition des infrastructures. Les actifs d'infrastructure énergétique, tels que les panneaux solaires, ne sont pas explicitement définis dans la définition de la FBCF de l'OCDE. Les équipements de transport, tels que le matériel roulant ou les navires et avions du secteur de la défense, ne sont pas inclus dans les chiffres relatifs aux infrastructures. 

Il convient de noter qu’il s’agit de notre définition de référence, mais que l’analyse a nécessité la collecte de données provenant d’un large éventail de sources, dont les définitions varient inévitablement d’une source à l’autre. Nous avons tenté d'identifier les données disponibles qui correspondent le mieux aux définitions utilisées. 

Les neuf secteurs d’investissement dans les infrastructures analysés dans cette étude correspondent aux dépenses consacrées aux actifs fixes et aux structures utilisés pour les usages suivants : 

Agriculture. La culture des récoltes, l’élevage et la reproduction des animaux, ainsi que l’exploitation du bois et d’autres plantes, y compris les coûts liés à l’irrigation et au drainage, aux structures agricoles et aux installations de stockage. 

Infrastructures numériques. Les secteurs de l’information et des communications, y compris les pylônes, les réseaux de fibre optique et de câbles, les centres de données et les installations connexes. 

Défense. Les installations physiques au service de la défense, notamment les casernes et autres infrastructures militaires ; les réseaux de transport, les dépôts et les entrepôts ; les chantiers navals et cales sèches ; ainsi que les infrastructures de communication. 

Fabrication industrielle. Les usines, installations et réseaux au service de la transformation des métaux lourds et des produits chimiques, le raffinage du pétrole et la construction automobile. 

Énergie. La production, le stockage et la distribution d’électricité, incluant les actifs renouvelables, les centrales à combustibles fossiles et nucléaires, les réseaux de transport et de distribution, ainsi que le stockage par batteries. 

Ressources. L’exploration, l’extraction, le traitement, le transport et le stockage du pétrole et du gaz, du charbon, des métaux et des minéraux, incluant les sites miniers, les pipelines, les raffineries et les terminaux de stockage. 

Infrastructures sociales. La fourniture de services de santé ou d’éducation, incluant les établissements de soins aux personnes âgées. 

Transport. Les infrastructures de transport, notamment les routes, les ponts, les tunnels, les voies ferrées, les aéroports, les ports et les infrastructures maritimes. 

Eau. Le traitement et la distribution de l’eau, y compris les réseaux d’assainissement et de drainage. Les actifs comprennent les stations d’épuration, les barrages, les pipelines et les canalisations. 

Dans cette étude, chaque région est modélisée à partir d’un ensemble de pays et de territoires considérés comme suffisamment représentatifs pour refléter les tendances de l’ensemble de la région. Les proxys utilisés pour chaque région sont les suivants : 

Afrique : Ghana, Kenya, Nigeria, Afrique du Sud. 

Amériques : Brésil, Canada, Chili, Mexique, États-Unis. 

Asie-Pacifique : Australie, Chine continentale, RAS de Hong Kong, Inde, Indonésie, Japon, Malaisie, Nouvelle-Zélande, Philippines, République de Corée, Singapour, région de Taïwan, Thaïlande, Vietnam. 

Les économies avancées ou matures de la région Asie-Pacifique comprennent l’Australie, le Japon, la République administrative spéciale de Hong Kong, la Nouvelle-Zélande, la République de Corée, Singapour et la région de Taïwan. Les économies en développement et émergentes incluent la Chine continentale, l’Inde, l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande et le Vietnam. Les définitions reposent sur les classifications du FMI disponibles ici

Europe : Belgique, Tchéquie, Danemark, Finlande, France, Allemagne, Grèce, Irlande, Italie, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Espagne, Suède, Turquie, Royaume-Uni. 

Moyen-Orient : Pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) : Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar, Arabie saoudite, Émirats arabes unis. 

Le principal défi pour fournir des données comparatives sur les dépenses d’infrastructure dans les différents pays et secteurs réside dans l’absence d’un ensemble de données unique et cohérent. Un travail approfondi de collecte de données a été mené pour l’analyse présentée dans cette étude. La plupart des sources de données, consultées en 2025, fournissaient des informations allant jusqu’à 2023 ou 2024. 

Les principales sources utilisées pour les dépenses sont l’OCDE, Eurostat et les agences statistiques nationales. Lorsque les données n’étaient pas disponibles auprès de sources publiques officielles, elles ont été estimées à l’aide de diverses méthodes. Ce processus a notamment consisté à recourir à des sources additionnelles, telles que l’Agence internationale de l’énergie et Milex, à estimer les dépenses sectorielles en infrastructures à partir des dépenses d’investissement sectorielles, ou encore à s’appuyer sur des indicateurs disponibles dans des pays comparables pour estimer les niveaux de dépense.

Oxford Economics a créé une nouvelle base de données de prévisions des dépenses d’infrastructure pour appuyer les recherches de PwC. Ces prévisions reposent sur les modèles propriétaires d’Oxford Economics pour le secteur de la construction et couvrent neuf secteurs dans 45 pays et territoires. Les prévisions de dépenses d’infrastructure sont globalement cohérentes et sont liées par des hypothèses mondiales et nationales concernant les volumes et les prix, la compétitivité, les flux de capitaux, les taux d’intérêt et de change, ainsi que les prix des matières premières. Pour un pays et un secteur donné, les prévisions sont également influencées par des facteurs de demande finale tels que la croissance démographique, la croissance des revenus, le coût du capital et l’activité économique dans différents secteurs. Compte tenu de l’évolution de la structure des économies au fil du temps, les prévisions de dépenses d’infrastructure peuvent diverger du PIB de chaque pays. 

Cette base de données fournit un cadre économique structurel qui prend en compte à la fois les facteurs d’offre et de demande affectant la croissance sectorielle. Elle se distingue des projections de dépenses fondées sur des listes de projets annoncés publiquement, qui ne permettent pas d’établir des prévisions de long terme en raison du manque de visibilité sur les projets futurs. Ces nouvelles prévisions offrent ainsi une perspective macroéconomique sur l’évolution des dépenses dans les pays et secteurs analysés dans ce rapport. 

Les calculs pour le secteur de la défense reposent sur une méthodologie légèrement différente. Contrairement aux autres secteurs, ces projections ne sont pas issues d’une modélisation économique structurelle ; elles supposent plutôt une part fixe du PIB, ajustée en fonction des changements annoncés et anticipés des dépenses de défense en proportion du PIB futur. Elles reflètent des orientations politiques telles que l’objectif intermédiaire de l’OTAN visant à consacrer 1,5 % du PIB aux infrastructures de défense (hors équipements et personnel) d’ici 2035, dans la perspective d’un objectif de long terme de 5 % du PIB. 

Dans l’ensemble de ce rapport, les taux de croissance sont calculés à partir des projections exactes et non des chiffres arrondis mentionnés dans le texte. 

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Yoann Derriennic

Yoann Derriennic

Associé Politiques Publiques et leader de la plateforme Transport et Logistique, PwC France et Maghreb

Christophe Desgranges

Christophe Desgranges

Associé responsable des activités de conseil, PwC France et Maghreb

Clara Cutajar

Clara Cutajar

Partner, Global Infrastructure Leader, PwC Australia

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