« Ce qui m'empêche de dormir, c'est une question vraiment centrale pour les entreprises. C’est celle que se posent tous les dirigeants : est-ce que le modèle de mon entreprise évolue assez vite dans ce monde qui accélère de partout ? Est-on dans le bon tempo ? Ou, au contraire, est-on en train de prendre du retard ? »
Selon la dernière édition de la Global CEO survey de PwC, 47% des dirigeants français s'inquiètent du rythme de transformation de leur entreprise face aux changements technologiques, et notamment l’intelligence artificielle. Ils sont également 47% à se demander s’ils font bien tout le nécessaire pour assurer la viabilité de leur entreprise à moyen et long terme.
Des interrogations légitimes dans un contexte d’instabilité permanente. La volatilité macroéconomique figure en effet au premier rang des risques qui préoccupent le plus ces dirigeants (47% en France, 31% dans le monde). Sans pour autant leur faire perdre un certain optimisme.
« Les entreprises sont ressorties plus fortes de la succession de crises (pandémie, inflation, tensions d’approvisionnement, volatilité énergétique, fragmentation géopolitique) qu'elles ont connu », explique Stéphanie Villers, conseillère économique de PwC France et Maghreb. « Leur pari est que la volatilité, désormais structurelle, ne sera pas un frein majeur à la croissance macroéconomique ».
La volatilité géopolitique est un autre paramètre structurel majeur avec lequel les entreprises doivent compter. La fragmentation du monde et le renouvèlement parfois brutal des règles exposent les chaînes de valeur à de nouvelles menaces. Pour renforcer leur résilience, les entreprises cherchent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. Leur priorité : réduire les dépendances, multiplier les options.
« Comme toutes les entreprises, comme tous nos clients, PwC évolue dans un environnement évidemment instable. La géopolitique, l'économie, l'accélération technologique : tout change très vite, et tout arrive en même temps », observe Emmanuel Benoist. « Mon rôle, en tant que CEO, c'est de faire tenir l'entreprise, de fédérer ce collectif et d'embarquer ce collectif pour préparer demain. »
Comme le rappelle la 29e édition de la Global CEO Survey menée auprès de 4 454 dirigeants d’entreprise par PwC, il est en partie illusoire de chercher à prédire le prochain cycle. Aujourd'hui, le vrai sujet pour les dirigeants est d’accroître la résilience de leur organisation en la rendant plus compétitive et performante dans plusieurs scénarios économiques en parallèle.
Cet objectif rejoint les attentes des investisseurs. Les trois quarts d’entre eux estiment que les entreprises doivent accroître leurs investissements dans l’agilité de leurs modèles d'affaires et modèles opérationnels, selon l’étude Global Investors survey 2025 de PwC. À défaut de forts vents macroéconomiques favorables, les entreprises peuvent soutenir leur performance en intégrant notamment l’IA et l’adaptation climatique à leur stratégie.
Concrètement, l'immense majorité (92%) des investisseurs souhaitent que les entreprises augmentent leurs allocations de capital dans l'IA afin d'accélérer leur transformation et de mettre la technologie au service de la création de valeur. Ils en attendent des résultats tangibles : des modèles d’affaires plus adaptables et évolutifs en fonction de ruptures sectorielles, dans les marchés ou les usages ; ainsi que des modèles opérationnels modernisés pour plus de productivité, de rentabilité et de résilience.
Parmi les entreprises intégrant l’IA, il est déjà possible de mesurer des gains en termes de productivité (dans 86% d’entre elles), de rentabilité (71%) et de revenus (66%). S'y ajoute le bénéfice d'une gouvernance renforcée et de plus de transparence, grâce notamment à des indicateurs permettant de fiabiliser et de crédibiliser les transformations. Ce dernier point devrait être davantage pris en compte par les dirigeants : fin 2025, seuls 37% des investisseurs se déclaraient satisfaits du niveau de transparence des entreprises.
Pour soutenir leur croissance, la moitié des dirigeants placent l'innovation au cœur de leur stratégie. Mais ils sont nombreux à reconnaître un écart entre ces aspirations et la réalité. Trop souvent, l’innovation est cantonnée à des initiatives, hackathons ou pilotes sans suite, incapables à elles seules de créer de la valeur.
Ce décalage tient à une structuration incomplète de l’innovation. Seul un dirigeant sur quatre déclare que son entreprise a, dans une large mesure, mis en place la plupart des pratiques favorables à l’innovation. Le moment est venu d’adopter une vraie culture de l’innovation : établir des structures dédiées, accepter l’échec possible de projets à haut risque, définir des processus clairs pour stopper les projets de R&D sous-performants, etc.
Un bénéfice collatéral des pratiques qui favorisent l'innovation est qu’elles permettent aussi à l’entreprise de s'adapter rapidement aux changements de marché, d'attirer et retenir les meilleurs talents, et de se réinventer avec agilité.
« Ces derniers mois, chez PwC, nous avons beaucoup bougé. Nouvelle stratégie, déploiement de l'IA – avec toutes les difficultés que cela comporte –, évolution des façons de travailler », témoigne Emmanuel Benoist. Car malgré l’instabilité ambiante, le plus grand risque pour une entreprise serait de rester immobile pendant que l'échiquier se reconfigure.
« Quand on fait bouger autant de choses, on a naturellement envie de ne pas se tromper », explique le Président de PwC France et Maghreb. « Mais en réalité, à force de vouloir éviter l'erreur, à vouloir que tout soit parfait, on peut finir par ne plus bouger du tout ».
« Ne pas vouloir faire d'erreurs, c'est ne pas faire de choix, c'est ne pas projeter l'organisation dans l'avenir. Voilà sans doute le risque le plus coûteux finalement pour l'entreprise. »