Budget sous tension, crises permanentes et révolution démographique : les DGS anticipent un changement inéluctable du modèle des collectivités locales

  • Communiqué de presse
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  • 04 juin 2026
  • 15 % des enjeux recensés lors des entretiens concernent directement les contraintes financières et budgétaires, premières préoccupations des collectivités
  • Le déficit public de 5,1% au titre de 2025 est un véritable poids pour l'action publique territoriale
  • Le besoin en investissement pour les collectivités, pour soutenir l'adaptation face au changement climatique, est estimé à 21 milliards d'euros d'ici à 2030 par l'IGF
  • 1 intercommunalité sur 2 estime être en situation de saturation foncière, freinant les projets économiques, industriels et de logement.
  • 30% des collectivités interrogées évoquent des tensions croissantes entre le niveau communal et intercommunal

Les collectivités territoriales entrent en 2026 dans un nouveau cycle de mandature, marqué par la fin des grands investissements et la nécessité de prioriser dans un environnement où l’incertitude devient structurelle.

Pour éclairer ces transformations, PwC France et Maghreb publie l’étude « Piloter dans l’incertitude - Les DGS face aux enjeux du nouveau mandat ». Fondée sur plus de 70 entretiens menés depuis juillet 2025 auprès de Directeurs Généraux des Services (DGS) de communes et d’intercommunalités, en métropole comme dans les DROM COM.

Une rupture : d’un mandat d’investissement à un mandat d’arbitrages

Après une décennie marquée par des investissements importants dans les équipements publics, les mobilités, la rénovation urbaine ou encore la transition écologique, les collectivités entrent désormais dans une phase dominée par les arbitrages, la priorisation et la rationalisation.

Le contexte macroéconomique national pèse fortement sur les collectivités. La dette publique française dépasse désormais 3 400 milliards d’euros et le déficit public reste largement supérieur aux seuils européens. Dans ce contexte, les DGS anticipent une pression accrue sur les finances locales, avec une stabilisation, voire une diminution des marges budgétaires.

Pour beaucoup de dirigeants territoriaux interrogés, l’équation devient particulièrement complexe : maintenir un haut niveau de service public tout en absorbant la hausse des coûts, l’incertitude des dotations et l’exigence croissante des citoyens.

« Le rôle des administrations locales évolue rapidement, sous l’effet de tensions croissantes entre ambitions politiques, attentes citoyennes et contraintes financières. Les arbitrages deviennent plus structurants, avec des choix portant sur les services, les équipements ou les investissements. Dans ce contexte, les collectivités doivent mobiliser de nouveaux leviers d’action, en diversifiant leurs modes de financement et en explorant des modèles économiques territoriaux renouvelés. » explique Jean-Philippe Duval, Associé Responsable Secteur Public chez PwC France et Maghreb.

Des champs de transformation qui structurent l’agenda stratégique du bloc communal

Différents champs de transformation s’imposent désormais aux dirigeants territoriaux :

  • La transition écologique : une priorité désormais incontournable, mais sous contrainte
    L’enquête révèle que la transition écologique est désormais pleinement intégrée dans les réflexions stratégiques des collectivités locales. Toutefois, les DGS soulignent un décalage persistant entre l’ambition affichée et la capacité opérationnelle des collectivités à agir. Le principal frein identifié reste financier. Alors même que les besoins d’investissement explosent, les marges de manœuvre des collectivités se réduisent. En effet, pour l’adaptation et la préservation des écosystèmes, le besoin en investissement pour les collectivités est estimé à 21 milliards d'euros d'ici à 2030 par l'Inspection Générale des Finances (IGF). Les dirigeants territoriaux alertent notamment sur plusieurs enjeux majeurs : la multiplication des risques climatiques ; le coût croissant de l’adaptation des infrastructures ; les difficultés d’assurabilité des équipements publics ; l’entretien des réseaux d’eau, d’assainissement et de mobilité ; les besoins massifs d’investissement dans la résilience territoriale. 
  • Le développement économique : les territoires confrontés à la rareté du foncier, les mutations du commerce et l’enjeu de l’attractivité
    Le développement économique apparaît comme un autre sujet majeur de préoccupation pour les collectivités. Les DGS décrivent des territoires confrontés à des transformations économiques profondes : essor du commerce numérique, mutation des modes de consommation, fragilisation des commerces de proximité, tensions sur l’industrie, concurrence entre territoires et difficulté croissante à mobiliser du foncier économique. Ainsi, une intercommunalité sur deux, estime être aujourd’hui en situation de saturation foncière. Cette rareté compromet directement la capacité des collectivités à accueillir des entreprises, développer des logements ou implanter de nouvelles activités économiques. Par ailleurs, les centres-villes apparaissent comme un point de vigilance particulier. Les dirigeants territoriaux alertent sur la fragilisation progressive des commerces de proximité, accentuée par la montée du e-commerce et la transformation des habitudes de consommation. Autant d’éléments qui peuvent avoir des conséquences sur la stratégie d’attractivité des territoires, en matière de capitaux, d’entreprises et de talents.
  • Les collectivités entrent dans l’ère de la gestion de crise permanente
    Autre enseignement majeur : la gestion de crise est devenue une dimension structurelle du pilotage territorial. Depuis la crise sanitaire, les collectivités font face à une accumulation continue d’aléas : événements climatiques, cyberattaques, tensions sociales, instabilité géopolitique, crise énergétique ou encore inflation.  La France apparaît aujourd’hui comme le pays européen le plus exposé aux catastrophes naturelles. Entre 2001 et 2024, le pays a connu en moyenne quatre événements naturels très graves par an, contre un seul entre 1950 et 2000. Les collectivités doivent désormais apprendre à fonctionner dans l’incertitude permanente et développer une véritable culture de la résilience. Au-delà du pilotage administratif et financier, le DGS devient progressivement un garant de la continuité territoriale.
  • Le tournant démographique redessine les politiques publiques locales
    Le basculement démographique (-29 % de naissances en 2025 par rapport à 2010) apparaît comme un phénomène supplémentaire structurant pour les prochaines décennies. Les collectivités doivent désormais gérer des dynamiques très contrastées. Certains territoires voient arriver de nouveaux retraités et subissent une forte pression immobilière ; d’autres connaissent au contraire une déprise démographique et une baisse continue de population. Les conséquences sont multiples : fermeture de classes et de berceaux, adaptation des politiques de santé et de dépendance, évolution des besoins de logement, transformation des services publics de proximité ou encore montée des fragilités sociales. Par ailleurs, l’enquête PwC souligne aussi la montée de vulnérabilités sociales : familles monoparentales 25,9 % en 2021 (contre 9,4 % en 1975) et taux de pauvreté à 15,4 % en 2023.
  • L’intelligence artificielle : un virage nécessaire mais encore prudent
    Autre point majeur : la montée en puissance des réflexions autour de l’intelligence artificielle dans les collectivités territoriales. L’IA s’installe dans les conversations, mais les pratiques restent souvent expérimentales : 45 % des collectivités engagées dans un projet d’IA déclarent des usages liés à la gestion interne (contre 29 % un an plus tôt) ; la relation usagers représente 20 % des projets. Le socle demeure fragile : seules 19 % des communes et 21 % des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) disposent de règles formalisées de gouvernance de la donnée. Si l’intelligence artificielle s’impose désormais dans les réflexions stratégiques des collectivités, l’enquête montre que la plupart d’entre elles se situent encore dans une phase d’exploration et d’acculturation, sans gouvernance réellement structurée ni feuille de route stratégique clairement définie à ce stade. Au-delà de la technologie elle-même, les DGS considèrent surtout que l’IA pourrait accélérer une transformation plus profonde des collectivités : repenser la relation usager autour de services publics plus personnalisés, réactifs et accessibles, mais aussi réinventer les modes de production de l’action publique dans un contexte de forte contrainte budgétaire. L’innovation ne porte donc pas uniquement sur les outils, mais sur la capacité des collectivités à revoir durablement leur organisation, leurs services et leurs leviers d’action.
  • Intercommunalité : des espaces de coordination stratégique fragilisés
    Les intercommunalités couvrent l’intégralité du territoire : 1 254 EPCI et 34 875 communes. Les intercommunalités apparaissent désormais comme des espaces de coordination stratégique, capables de mutualiser les moyens, de porter des projets structurants et de renforcer l’ingénierie territoriale. Les dirigeants territoriaux interrogés insistent notamment sur la nécessité de mieux articuler les politiques publiques entre communes et EPCI afin d’éviter les logiques en silo et les concurrences territoriales. Cette évolution s’accompagne toutefois de plusieurs défis : clarification des compétences, équilibre politique entre communes et intercommunalités, gouvernance partagée, acceptabilité locale des mutualisations et maintien de la proximité avec les citoyens. Pour de nombreux DGS, l’intercommunalité devra désormais dépasser une logique purement technique ou administrative pour devenir un véritable outil stratégique de résilience, d’attractivité et d’adaptation des territoires. 

Vers un nouveau modèle territorial fondé sur l’anticipation, la coopération et la résilience

A l’horizon 2032, les collectivités locales évolueront dans un environnement façonné par des mutations encore inconnues. Aussi, PwC propose cinq archétypes de « demains possibles » pour ouvrir le débat : 

  • La collectivité algorithmique, hyper-automatisée, pilotée par l’IA et la donnée
  • La collectivité responsable et inclusive, décarbonée, sobre, participative et centrée sur le social
  • La collectivité résiliente, sécurisée et autonome capable d’encaisser les chocs climatiques, économiques et sécuritaires
  • La collectivité innovante et prospère, modèle économique robuste, créatif et agile
  • La collectivité coopérative et polycentrique comprenant une forte intégration territoriale, la montée des « méga-villes » et une équilibrage rural-urbain et une mutualisation accrue

« Les collectivités entrent dans une nouvelle ère, où l’anticipation, la robustesse des services publics, l’attractivité territoriale et la confiance citoyenne deviennent des leviers clés. Dans ce contexte, élus et DGS sont amenés à piloter davantage dans l’incertitude, à renforcer les coopérations et à structurer des stratégies capables de s’adapter aux grandes transitions économiques, climatiques, technologiques et démographiques. » conclut Jean-Philippe Duval.

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Budget sous tension, crises permanentes et révolution démographique : les DGS anticipent un changement inéluctable du modèle des collectivités locales

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Cette enquête a été réalisée à partir de plus de 70 entretiens menés entre juillet 2025 et début 2026 auprès de Directeurs généraux des services de collectivités territoriales sur l’ensemble du territoire français, y compris dans les DROM-COM, et sur une analyse croisée de 120 programmes électoraux. Le panel de répondants est volontairement large, sans distinction de couleur politique et de situation géographique. Nous n’exprimons dans cette publication aucune opinion ou orientation politique, ou de recommandations sur des textes législatifs.

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Priscille Holler

Priscille Holler

Responsable des Relations Médias, PwC France et Maghreb

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