Transformation du système de santé : qu’en est-il des patients et des professionnels de santé ?

Décryptages : la COVID-19 a mis sous tension le système de santé

Le secteur de la santé est soumis à de nombreux défis : évolutions démographiques, explosion des maladies chroniques et liées à l’environnement, pandémies, inégalités d’accès aux soins sur le territoire, mutation progressive d’une médecine du « cure » vers le « care »... dans un contexte de ré-interrogation de la soutenabilité du modèle de protection sociale et de demande croissante d’efficience.

La crise de la COVID-19 a constitué un stress test majeur pour le système de santé, bien qu’elle soit un formidable levier de créativité pour l’ensemble de l’écosystème et qu'elle a profondément changé la dynamique de l’innovation. La crise a contribué également à transformer durablement la relation patients et professionnels de santé.

Dans « Comment la crise du Covid a-t-elle contribué à transformer le système de santé tant du point de vue des patients que des professionnels de santé ? »*, Elisabeth Hachmanian, Associée responsable de l'activité Consulting Santé publique et privée chez PwC France et Maghreb donne son avis d’expert. 

* Elisabeth Hachmanian, « Comment la crise du Covid a-t-elle contribué à transformer le système de santé tant du point de vue des patients que des professionnels de santé ? » dans Qualité Références, n°86, p. 19-21, 2020

Un système de santé et de protection sociale qui a tenu : impact sur les finances publiques

La propagation de l’épidémie a été ralentie, la gestion des lits de réanimation a permis de traiter les patients qui le nécessitaient et le système de protection sociale a joué son rôle d’amortisseur pour protéger et soigner les plus fragiles. En conséquence, une explosion du déficit de la Sécurité Sociale (maladie et vieillesse) avec plus de 50 milliards en 2020 est attendue (contre 1,7 milliards en 2019).

Le Ségur de la Santé, lancé à l’issue de la crise de la COVID-19 pour accompagner la transformation du système de santé prévoit également une enveloppe de plus de 8 milliards d’euros pour les revalorisations salariales et 19 milliards d’euros. Pourquoi ? Pour financer des mesures d’amélioration de la prise en charge des patients et le quotidien des soignants (recrutements, reprise de dette des hôpitaux, investissement dans le numérique en santé, plan d’investissement ville /hôpital /médico-social...). 

Mais, la crise a également montré que le monde de la santé était capable de s’organiser et de faire preuve d’une forte réactivité, agilité et capacité d’adaptation. L’engagement sans faille des soignants et des acteurs de terrain a forcé l’admiration des citoyens, le développement de nouvelles pratiques spontanées de coopération entre l’ensemble des acteurs de l’écosystème.

« On a assisté à un moment de bascule ; les usages des nouvelles technologies en santé ont explosé, à l’image de la télémédecine, de l’analyse des données pour aider à l’action ou au tracing des contacts. »

Elisabeth Hachmanian, Associée responsable de l'activité Consulting Santé publique et privée chez PwC France et Maghreb

Un foisonnement de créativité et une libération de la capacité d’initiative : Le système de santé va-t-il durablement se transformer ?

La crise a conduit l’ensemble de l’écosystème (établissements de santé publics et privés, professionnels de santé libéraux, associations de patients...) à adopter de nouvelles méthodes de travail et à coopérer.

Un foisonnement de nouveaux usages d’outils et de solutions fondées sur l’intelligence artificielle, le numérique ou la robotique a été observé dans tous les domaines (diagnostic, suivi des patients, gestion logistique des lits, des matériels...). Ces initiatives ont souvent été mises en place de façon opérationnelle dans des délais très courts. Les établissements réputés « peu manœuvrables » a l’instar de l’AP-HP ont montré une grande agilité et ont su s’affranchir des lourdeurs bureaucratiques en se mobilisant pour développer des dispositifs partenariaux. 

Les initiatives ne portent pas seulement sur le développement de solutions innovantes mais également sur l’invention de nouveaux modes de management (responsabilisation accrue, gouvernance décentralisée...) et de relations au quotidien permis par la gestion de crise.

Toutefois, la capacité d’accompagner le déploiement et le passage à l’échelle de ces innovations sera déterminante pour les pérenniser et ancrer durablement les usages.

« On a observé des “détournements” d’usages d’objets du quotidien pour compenser les insuffisances de matériels, des échanges et prêt de matériels entre établissements, pour faire face à l’urgence. »

Elisabeth Hachmanian, Associée responsable de l'activité Consulting Santé publique et privée chez PwC France et Maghreb

Virage numérique en pleine accélération : transformation du parcours des patients et des conditions de travail des professionnels de la santé

La téléconsultation, inscrite dès 2009 dans la loi HPST, a officiellement démarré en septembre 2018 avec possibilité de prise en charge financière dans un cadre encore contraint (consultation possible seulement avec le médecin traitant ou un médecin déjà consulté au cours des 12 derniers mois). La distanciation sociale et le confinement ont conduit à assouplir considérablement les règles de recours à la téléconsultation (remboursement assuré quel que soit le professionnel de santé) puis avec l’autorisation de téléconsultation par téléphone pour les patients dépourvus de connexion vidéo (patients âgés, en affection de longue durée ou suspicion de Covid). Ainsi, le nombre de téléconsultations en avril 2020 atteignait 4,52 millions, contre 29 000 en décembre 2019 d’après la Caisse Nationale d’Assurance Maladie), avec plus d’1 million de téléconsultations hebdomadaires au plus fort de la crise, contre seulement 10 000 auparavant.

Le Ségur de la Santé continue de lever les freins à la téléconsultation en pérennisant la prise en charge à 100 % et en permettant le développement de la télésanté et de la télé-expertise dans tous les territoires. Cela permettrait de conforter la dynamique de transformation des processus et du parcours de soins d’autant que les patients, notamment chroniques et handicapés, se sont appropriés ces outils pour assurer le lien avec les équipes médicales et garantir la continuité et la qualité des soins.

L’impact est significatif pour les professionnels de santé. Une étude réalisée en 2019 par le think tank #leplusimportant montrait que l’utilisation du numérique, de l’intelligence artificielle et de la robotique permettrait de dégager jusqu’à 45 % de gains de productivité d’ici 2030 pour les professions médicales et paramédicales (aides-soignants, infirmiers, pharmaciens, généralistes...) dans l’hypothèse d’une adoption de l’ensemble des potentialités offertes par ces outils. Le temps économisé étant déployable sur des tâches à plus forte valeur ajoutée pour les professionnels et au renforcement de la qualité de la relation avec les patients.

« Des adaptations juridiques sont nécessaires pour tirer pleinement parti de ces nouveaux modes de prise en charge en concertation avec les associations de patients, ainsi qu’un accompagnement des professionnels concernés pour en favoriser l’adoption. »

Elisabeth Hachmanian, Associée responsable de l'activité Consulting Santé publique et privée, PwC France et Maghreb
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