Objets connectés

L’avenir de la santé française ?

Entre prévention, information, contrôle et utilisation des données, quels sont les usages de ces innovations ?

Smartphones, montres, bracelets, T-shirts, chaussures… tous bardés d’électronique et tous communicants ! La montée en puissance des objets connectés laisse entrevoir une profonde mutation de la prise en charge de patients toujours mieux surveillés, informés et orientés grâce aux bienfaits de l’innovation technologique et de l’Internet des objets (ou IoT, pour Internet of Things). Avec à la clé le renforcement d’une e-santé1 globale, qui promet de révolutionner le système sanitaire français.

Ainsi titrait l’hebdomadaire “The Economist”, à la Une d’un dossier sur la blockchain publié en octobre 2015. Soit 7 ans après la naissance du bitcoin, la cryptomonnaie qui a mis la technologie blockchain sous les feux de la rampe. Il a donc fallu 7 ans pour transformer une obscure cryptomonnaie en une technologie attirant les regards d’un nombre toujours croissant d’industries, de la finance au transport maritime, en passant par la certification des diplômes universitaires.

 

“The trust machine”. La machine à confiance.

Ainsi titrait l’hebdomadaire “The Economist”, à la Une d’un dossier sur la blockchain publié en octobre 2015. Soit 7 ans après la naissance du bitcoin, la cryptomonnaie qui a mis la technologie blockchain sous les feux de la rampe. Il a donc fallu 7 ans pour transformer une obscure cryptomonnaie en une technologie attirant les regards d’un nombre toujours croissant d’industries, de la finance au transport maritime, en passant par la certification des diplômes universitaires.

 

Des innovations, mais pas de modèles industriels et économiques établis

Contrôler son taux de glucose en temps réel pour les diabétiques, monitorer l’évolution de son rythme cardiaque et sa pression sanguine pour les personnes à risque, suivre un programme physique modulé en fonction de son état de santé pour tout un chacun : les champs d’application de l’IoT sont aussi nombreux et variés qu’il y a de start-up pour identifier des besoins et concevoir des réponses adaptées.

Mais qui trop embrasse souvent mal étreint et les bénéfices annoncés de ces solutions originales se heurtent à des problématiques de diffusion à grande échelle, liées à l’absence de bases solides pour valoriser la santé 2.0.

« Les pouvoirs publics et les grands acteurs de santé n’en sont qu’à une phase de prise de conscience de l’importance stratégique du sujet. Les modèles industriels et économiques sont pour l’heure en gestation et restent à définir pour porter les objets connectés et l’e-santé vers plus d’efficacité, synonyme de rentabilité et de pérennité. »

Loïc Le Claire, Avocat, Associé responsable du secteur Industries de Santé chez PwC

Certes, les grands acteurs traditionnels (professionnels du soin, établissements de santé, industrie pharmaceutique…) ont réalisé l’importance de surfer sur la vague digitale, mais ils restent partiellement ensablés dans leurs travers : rapports public/privé limités, silotage interprofessionnel, manque de communication interne, etc. Mais la donne pourrait changer, sous l’effet de la dynamique internationale impulsée par les précurseurs en santé connectée. De plus en plus de laboratoires d’envergure mondiale signent ainsi des partenariats avec les GAFAMS (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, Samsung) afin de coupler puissance des données et recherche biomédicale. Quelques exemples ? Merck et Samsung dès 2014 autour du développement de médicaments biosimilaires. AbbVie et Google depuis 2015, contre la sclérose en plaque. Sans oublier Sanofi, emblématique groupe français, dont la collaboration lancée en 2016 avec le même Google via la co-filiale Onduo devrait accélérer la mise au point de solutions intégrées de lutte contre le diabète.

Objets connectés l'avenir de la santé française ?
Partager sur

Renforcer la coordination… 

Autant de promesses qui ne doivent cependant pas occulter le fait que la santé connectée ne se limite pas à des partenariats d’ampleur à visées thérapeutiques : « La multiplication des start-up, des outils et des applications apporte avant tout une réponse à deux enjeux majeurs : la coordination des professionnels de santé et l’observance des usagers », nuance Loïc Le Claire.

L’IoT vient, à cet égard, soutenir un mouvement plus global de transformation des pratiques. Le silotage a encore la vie dure, mais il cède progressivement sa place à une approche collaborative, illustrée par le déploiement des Maison de Santé Pluriprofessionnelles (MSP) et autres réaux de soins. La dématérialisation de l’information et sa transmission via supports numériques (Dossier Médical Partagé, Dossier Pharmaceutique, Carnet de suivi…) alimentés en direct par les objets connectés assure dans ce cadre une information et un langage commun entre les intervenants d’une chaîne de prise en charge redéfinie. Car l’accompagnement patient reste le cœur de la nouvelle médecine, définie par ses 4 « P » : personnalisée, préventive, prédictive et participative. Une prise en charge de précision, taillée sur-mesure en fonction des cas et des comportements individuels et qui ne peut se développer qu’à travers le big data et les outils communicants.

« Il est à noter que cette nouvelle organisation octroie un rôle central au pharmacien, mieux intégré dans une logique interprofessionnelle soutenue par le numérique : celui de conseil et d’accompagnement autour des objets connectés estampillés santé. »

Loïc Le Claire, Associé PwC

… améliorer l’observance

L’essor de l’IoT permet d’améliorer en parallèle l’observance des patients, tout particulièrement ceux atteints de maladie chronique. Objets connectés et applications alertent sur les horaires de prise de médicaments, les posologies, les oublis… Et l’aspect sécurité n’est pas en reste, avec l’identification de possibles interactions médicamenteuses, de malaise, de chute… La technologie se conçoit au service de l’autonomisation des usagers et ces derniers n’hésitent pas à se l’approprier, de façon sans doute plus proactive que les soignants. « Une étude 2017 menée par PwC dans 12 pays met en exergue que 55 % des personnes interrogées se déclarent d’accord pour l’utilisation de robots et d’intelligence artificielle dans la santé. Et même si la France ne fait pas partie du panel étudié, je la vois mal s’éloigner de la tendance générale à faire des progrès technologiques une force au service du parcours de vie. »Quant aux éventuelles interrogations sur la capacité des individus, en particulier âgés, à exploiter convenablement des innovations high-tech, l’expert se veut rassurant en précisant que de nos jours tout le monde sait employer un smartphone et que l’immense majorité des dispositifs sont contrôlés par l’intermédiaire de ces appareils.

Données collectées : un risque d’ubérisation de l’assurance santé ?

Qui dit multiplication des objets connectés dit prolifération des données de santé. Au-delà des problématiques de tri et de gestion des giga-octets de datas collectés au quotidien, de compatibilité logicielle (en particulier pour les établissements de santé, parfois à la traîne en matière d’équipement) et de besoins d’harmonisation des systèmes informatiques, le pouvoir des données cristallise la crainte d’une complémentaire santé « à la carte ». Des remboursements ou des cotisations corrélés, au choix : aux informations génétiques sur l’assuré (présente-t-il un risque particulier de développer certaine pathologie ou à l’inverse une santé de fer ?), à son comportement (prend-il bien ses médicaments, a-t-il arrêté la cigarette et repris le sport ?), à son environnement (vit-il dans un cadre stressant ou pollué ?)… L’idée d’une individualisation de l’assurance maladie est légitimement évoquée et les assureurs réfléchissent bel et bien sur le sujet… mais selon une approche moins polémique et bien plus adaptée à une législation ne leur offrant pas d’accès aux données sensibles : la prévention.

Prévenir pour mieux assurer

Oscar, assureur en ligne américain a fait le buzz en 2016, avec une offre dématérialisée alléchante associant téléconsultations, accès à un réseau médical géolocalisé, check-up gratuits… et récompenses sonnantes et trébuchantes pour les actions en faveur de la prévention de santé. Les adhérents sont équipés de bracelets d’activité et les « bons comportements » sont récompensés à hauteur de 1$ par jour et 240$ annuels au maximum. Inenvisageable en France ? La réglementation contraint les assureurs, mais l’incitation à la prévention reste envisageable, ainsi que le démontre l’exemple Generali. Vitality, son programme européen de prévention récompensant ses participants (produits culturels ou de plus large consommation) est proposé en France depuis le 1er janvier 2017 aux entreprises.

« L’objectif n’est pas d’utiliser les données de santé pour écarter les mauvais risques, mais de construire, à partir de ces données, des programmes de prévention véritablement personnalisés et donc plus efficaces. »

Yanick Philippon, responsable des assurances collectives de la clientèle des entreprises pour la filiale française de Generali

En clair, les assureurs tentent de se positionner à travers les objets connectés et le big data en nouveaux moteurs de la prévention de santé, valorisant au passage leur image et attirant de nouveaux clients.

La prévention : nouvelle priorité de santé (elle aussi) à modéliser

Les intentions des assureurs semblent, de prime abord, louables. Elles participent surtout au renforcement des pratiques préventives, parent pauvre d’un système de santé français qui a historiquement privilégié le traitement de la pathologie aigue, avant d’opérer depuis quelques années un virage à 180°. « Pouvoirs publics, Caisse d’Assurance Maladie, professionnels de santé, assureurs, paramédicaux, fédérations sportives… La prévention est devenue une priorité des acteurs de santé au sens large, convaincus de ses bénéfices potentiels, tant sanitaires qu’économiques et sociaux. Mais là encore le modèle reste à définir de façon à promouvoir son développement tout en préservant l’intérêt public et l’intimité des usagers. » Une modélisation qui doit, à l’instar des autres facettes de la santé française, elle aussi intégrer le potentiel des objets connectés et leur rôle à venir, pour s’inscrire pleinement dans un système repensé à l’aune des grands enjeux sociétaux et du potentiel des dernières innovations.

À nouveau gouvernement, nouvelle approche de la santé connectée ?

Concrètement, malgré les freins et la lourdeur des dispositifs à mettre en branle, l’écosystème de la santé connectée se structure chaque jour un peu plus, porté par la volonté des acteurs publics et privés de créer des plateformes, des passerelles, des réseaux... Autant d’outils collaboratifs pour mutualiser les compétences autour d’intérêts communs, qui laissent augurer des lendemains (technologico-sanitaires) meilleurs. Reste maintenant à passer à l’action en trouvant un modus operandi pour avancer efficacement sur ce dossier hautement stratégique qu’est la e-santé. « Le changement de gouvernement représente à cet égard une opportunité via son ouverture à la société civile, qui peut faire prévaloir une approche à la fois pragmatique et économique tout en conservant les aspects éthiques liés à la diffusion, ou non, des données de santé. », souligne Loïc Le Claire.

La révolution des objets connectés et de l’IoT est en marche et l’année 2017 pourrait marquer un tournant décisif pour la France… pour peu que les parties prenantes parviennent enfin à s’entendre et déclencher un mouvement de fond qui fera de la prévention, la collaboration professionnelle et l’observance les piliers d’une e-santé au service du parcours de vie de demain.

Source :

1La e-santé est définie par l’OMS comme « les services du numérique au service du bien-être de la personne » c’est-à-dire comme l’application des technologies de l’information et de la communication (TIC) au domaine de la santé et du bien-être.

PwC en direct

Contactez-nous

Loïc Le Claire

Avocat Associé Responsable du secteur Industries de santé

Tel : + 33 1 56 57 45 51

Olivier Muller

Directeur Développement Durable

Tel : +33 1 56 57 80 44

Suivez-nous !