Innovation en santé : comment sera la médecine de demain ?

Les nombreuses innovations en santé sont destinées à améliorer la recherche, le suivi et la pratique médicale

Novembre 2019

Répondant à une forte demande, les innovations en santé augmentent partout dans le monde. Cependant en France, l’exploitation par certains professionnels des innovations digitales déjà disponibles sur le marché est très faible. Ainsi, d’après une enquête du Journal International de Médecine, malgré la prise en charge de la téléconsultation par l’Assurance Maladie depuis septembre 2018, 70 % des médecins délaissent, pour le moment, ces innovations en santé connectées auxquelles ils ont accès. Geoffroy Schmitt, associé Transformation, Change & Innovation chez PwC, commente : « l’évolution du secteur de la santé ne dépend pas uniquement des nouvelles technologies conçues et commercialisées mais aussi et surtout du changement comportemental des individus. Aussi bien les patients que les professionnels doivent bousculer leurs habitudes, se saisir du numérique et lui faire confiance, et apprendre à se servir d’objets et de machines jusqu’à maintenant inconnus du grand public. Pour une population qui n’est pas considérée comme étant “digital native”, embrasser pleinement cette culture du numérique n’est pas naturel. Cela prend du temps et c’est normal. Se précipiter serait une erreur. Les Hommes ont besoin d’être rassurés quant à la fiabilité et à la valeur ajoutée réelle des innovations que, dans un sens, la société leur impose. ».

L’intérêt du public, des grandes entreprises et des financeurs sont les trois piliers nécessaires à la réussite de la transformation digitale des autres secteurs d’activité. Il en est différemment en santé.

« C’est par et avec la population professionnelle que l’accès du plus grand nombre à ces solutions se fera, car ce sont eux qui ont la confiance des patients et qui seront les prescripteurs des meilleures solutions. Un travail important d’information, de sensibilisation et de pédagogie à grande échelle doit être fait, en toute transparence, pour expliquer aux utilisateurs les bénéfices du digital. Les convaincre représente, sans aucun doute, la première étape de la construction de la santé numérique de demain. »

Geoffroy Schmitt, associé Transformation, Change & Innovation, PwC France

« Aussi bien les patients que les professionnels doivent bousculer leurs habitudes, se saisir du numérique et lui faire confiance, et apprendre à se servir d’objets et de machines jusqu’à maintenant inconnus du grand public. »

Geoffroy Schmitt, Associé Transformation, Change et Innovation, PwC France

Des innovations en santé déjà en action

Les outils connectés de demain, qui se voudront de plus en plus petits, intelligents, sûrs, non invasifs et performants promettent des actes que certains associent à de la science-fiction. Et pourtant, ils œuvrent déjà. Ainsi, le serpent de Technion, un robot téléguidé d’une longueur de 20 cm doté de nanoparticules, assiste déjà des chirurgiens lors des opérations sensibles de la moelle épinière. Tamanoir, quant à lui, une autre innovation en phase d’étude clinique, permettra au chirurgien de s’assurer en temps réel, lors des opérations de cancers, que la totalité des cellules cancéreuses du patient ont bien été enlevées – le risque de récidive sera ainsi diminué. Dans le domaine de la prévention : le patch DevInnova permet d’ores et déjà de prévoir à l’avance un infarctus du myocarde, un accident vasculaire cérébral (AVC) ou encore une apnée du sommeil. Pour cela, le patient porte le dispositif pendant une semaine, le médecin obtient les informations concernant la fréquence cardiaque, respiratoire, arythmie, température corporelle, hydratation, électrocardiogramme et autres pressions artérielles. Ces données lui permettent d’agir à temps et de rediriger rapidement le patient vers un parcours de soins adapté et personnalisé.

Alphabet : des innovations en santé pour devenir un géant de l’industrie médicale ?

Dans le secteur de la santé toutes les technologies, disciplines et industries se mélangent. « Le distinguo entre une biotech, une medtech et une entreprise spécialisée dans la e-santé s’estompe au fil du temps. Aujourd’hui, nous constatons que de plus en plus d’organisations sont multitâches, interdisciplinaires et hybrides », commente François d’Andigné, directeur audit et contrôle interne, en charge du secteur des biotechs chez PwC.

L’évolution de Google au cours des dernières années illustre cette évolution. Autrefois simple moteur de recherche sur le Web, la multinationale fondée en 1998 dans la Silicon Valley est devenue, en 2015, une filiale d’Alphabet, un véritable poids lourd dans de multiples secteurs – à commencer par l’industrie médicale – qui enregistre un chiffre d’affaires supérieur à 100 milliards de dollars.

Ainsi, en 2017, Verily, l’une des principales filiales d’Alphabet spécialisée dans le secteur de la santé, recevait une injection de capital de 800 millions de dollars pour alimenter la bonne quinzaine de projets menés par l’entreprise, avec le concours d’acteurs industriels majeurs et à grands coups de joint-ventures.

« La liste de ces projets donne le ton, et suffit à convaincre que la médecine de demain sera davantage techno-dépendante que ce qu’elle n’est déjà aujourd’hui »

Cédric Mazille, associé responsable du secteur Industries de santé, PwC France

Conjointement avec le géant pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline (GSK), par exemple, Verily développe actuellement des solutions high-tech destinées à « traiter des maladies par modulation des signaux électriques dans les nerfs périphériques ». En collaboration avec le fabricant japonais d’appareils photographiques et d’optiques Nikon, la filiale d’Alphabet étudie des dispositifs sophistiqués, à base d’intelligence artificielle (IA) et d’imagerie de pointe, pour mieux dépister les diabètes. Pour être à la pointe de la technologie, Alphabet a dépensé 1,3 milliard de dollars pour ses différentes sociétés au premier semestre 2019. Son objectif : devenir l’acteur le plus important dans la médecine 3.0 et commencer à esquisser les contours de la médecine 4.0 avant ses concurrents.

Médecine 3.0 : la Tech au cœur de l’innovation

La démarche entreprise par Alphabet et ses joint-ventures et filiales illustre parfaitement l’évolution du système de santé. Cédric Mazille explique : « si l’on prend le temps de regarder derrière nous, dans les grandes lignes, la santé et la médecine ont d’abord été centrées sur le biologique : les professionnels réalisaient manuellement les différentes interventions opérationnelles tandis que des molécules prévenaient ou traitaient des maladies. L’essor du digital a, par la suite, permis à la médecine 2.0 d’apparaître et de faire ses preuves. C’est à ce moment-là que la e-santé a rendu possible, entre autres, de mieux connecter les patients aux médecins et aux centres de soins, et de démocratiser l’accès à l’information médicale ». Il poursuit : « aujourd’hui, les technologies convergent vers une médecine 3.0 qui regroupe le meilleur des sciences de la vie, des nanotechnologies, de la robotique, des deeptechs de façon générale, et du numérique, au service du patient (…) Pour perdurer, cette forme de médecine connectée doit être fiable, transparente, sécurisée et doit s’intégrer dans le parcours patient de manière éthique et responsable ».

La médecine de demain n’aura plus grand-chose à voir avec celle d’hier. La Tech qui accélèrera le progrès sera, sans aucun doute, l’IA.

« Contrairement à ce que certains experts ont pu affirmer par le passé, elle ne remplacera pas les praticiens et ne deviendra pas un docteur omniscient capable d’effectuer des diagnostics instantanés. Elle permettra plutôt de mieux comprendre les maladies et leur progression, d’aider à analyser les vastes ensembles de données recueillies, et de faciliter la mise en œuvre de technologies disparates pour permettre l’émergence de nouveaux modèles », indique Elisabeth Hachmanian, associée responsable de l’activité Consulting santé chez PwC.

« L’IA permettra de mieux comprendre les maladies et leur progression, d’aider à analyser les vastes ensembles de données recueillies, et de faciliter la mise en œuvre de technologies disparates pour permettre l’émergence de nouveaux modèles »

Elisabeth Hachmanian, Associée responsable de l’activité Consulting santé, PwC France

Et en France, qu’inspirent ces innovations de santé ?

En France, les nouvelles technologies ainsi que les paramètres démographiques et les évolutions des mentalités des citoyens amèneront à repenser le système de santé.

En 2030 par exemple, le visage du pays sera foncièrement différent : il devrait être peuplé de 70 millions d’habitants, dont 80 % vivront en zone urbaine. D’après une étude du Think Tank Matières Grises, les plus de 65 ans représenteront alors un quart de la population et, en moyenne, chaque individu appartenant à ce segment souffrira de 4 à 6 pathologies. « Notre système de soins devra accompagner et prendre en charge 1,4 à 1,7 million de personnes âgées dépendantes, et gérer une augmentation probable de 50 % du nombre de patients en affection longue durée (ALD) par rapport à aujourd’hui. La demande de soins de qualité n’est pas prête de diminuer, bien au contraire, elle s’apprête à exploser », déclare Elisabeth Hachmanian.

D’ici 2030, les Français attendent en priorité des communautés scientifiques et médicales de mettre fin à certaines pathologies - ce qui implique des efforts en recherche et en développement possibles en partie grâce aux nouvelles technologies. « L’accent est mis sur la finalité et non sur la manière », résume Elisabeth Hachmanian. Elle poursuit : « la guérison est un objectif. La Tech est un moyen. » Pour les Français, les deux priorités sont de guérir du cancer et de la maladie d’Alzheimer. En effet, chaque année à l’échelle nationale, 400 000 cancers sont diagnostiqués et 161 000 sont responsables de décès. La maladie d’Alzheimer concerne 900 000 personnes.

10 actions à mener pour construire une médecine du futur accessible, durable et équitable

1 : permettre l'accès le plus précoce possible des patients à l'innovation, en adoptant une approche plus individualisée de la recherche clinique
2 : anticiper l'arrivée des innovations pour permettre l'adaptation la plus efficace du système de soins
3 : transformer les mécanismes d'évaluation et gagner en efficacité administrative pour permettre aux patients d'accéder plus vite aux traitements innovants
4 : mener la bataille de l'efficience indispensable à la pérennité du système de santé
5 : mesurer la qualité et prendre en compte le retour des patients pour mieux les soigner
6 : diversifier les mécanismes de fixation des prix des médicaments innovants pour s'adapter aux profils des innovations et pour concilier accès et efficience
7 : placer le patient au cœur du système de santé
8 : réussir le mariage entre les données de santé et IA pour améliorer la qualité du diagnostic et des soins
9 : mettre les technologies de rupture au service de la production des médicaments innovants pour préserver l'indépendance sanitaire française
10 : placer les questionnements éthique au cœur de l'innovation pour concilier enjeux de recherche et interrogations de la société

Dans les années à venir, pour faciliter la prise en charge des cancers, « de nouveaux algorithmes décisionnels issus de l’IA amélioreront de façon certaine la précision des diagnostics. Des associations d’immunothérapies, de traitements épigénétiques et de traitements ciblés seront proposées au cas par cas aux patients. Et enfin, dans le cadre de la compréhension des mécanismes de développement des cancers, un atlas résumera les connaissances acquises dans une perspective thérapeutique et intégrative », précisent les experts du LEEM.

Quant à la maladie d’Alzheimer, « en 2020, grâce aux nouvelles technologies, les professionnels de santé devraient être capables de la détecter des années avant son apparition. L’amélioration certaine des diagnostics de cette pathologie, bien qu’ils puissent devenir encore plus précis et efficaces avec le temps, ne relève pas de la médecine du futur mais de celle du présent », assure Cédric Mazille.

Cela ne fait aucun doute, la médecine de demain accordera une large place à l’information, à la prévention et au dépistage des populations afin de permettre de diminuer l’incidence et la prévalence de certaines maladies et donc de limiter la consommation de soins. Philippe Lamoureux, directeur général du LEEM, commente : « ces chantiers sont les briques nécessaires à la transformation du système de santé (…) Il est urgent de le transformer. En effet, la vague de progrès, source d’espoir pour les patients, est un révélateur des rigidités structurelles de notre système et des difficultés actuelles à absorber ces innovations. » Il poursuit et conclut : « le plus grand défi que nous devrons relever d’ici 2030, c’est de piloter avec tous les acteurs de l’écosystème – chercheurs, cliniciens, autorités de santé, patients, médecins, pharmaciens, industriels et start-up – la mutation du système de santé vers plus d’efficience, de qualité et surtout d’égalité d’accès aux traitements innovants. Ce ne sera plus au patient de s’adapter au système de santé mais au système de s’adapter au patient. »

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Cédric Mazille

Associé responsable du secteur industries de santé, PwC France

Tel : +33 1 56 57 74 25

Elisabeth Hachmanian

Associée Responsable du pôle Santé , PwC France

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