Une prise de conscience accrue des impacts et dépendances

Production d’énergie renouvelable et biodiversité

Façade d'immeuble arboré
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Le secteur des énergies renouvelables, en plein essor, est directement concerné par les enjeux de préservation de la biodiversité et par les initiatives internationales sur le sujet. 

En effet, certaines des 23 cibles que la COP15 a fixées à horizon 2030 sont étroitement liées au secteur des énergies renouvelables : 

  • Réduire au minimum l’impact du changement climatique 

  • Zéro perte de zone de grande importance d’ici 2030

  • Restauration - conservation et protection d’au moins 30% des zones terrestres, eaux intérieures, côtiers et marins dégradés et réduction de l’impact du changement climatique

Les énergies renouvelables (EnR)1, un des leviers majeurs de la décarbonation de notre économie, devraient connaître un essor sans précédent dans les années à venir. À l’échelle de l’Union européenne, par exemple, un objectif contraignant de 40% d'énergie produite à partir de sources renouvelables dans le bouquet énergétique global d'ici 2030 a été fixé. La France vient également d’adopter la Loi d'accélération du déploiement des énergies renouvelables.

Cependant, certains projets EnR d'envergure peuvent exercer des pressions sur la biodiversité (emprise foncière, extraction de ressources naturelles, etc..) et font régulièrement l’objet de débats, initiés notamment par des associations de protection de la nature. Si les impacts du secteur de l’énergie sur la biodiversité sont régulièrement soulignés, les apports de la nature au secteur et les dépendances induites2 sont plus méconnus. Dès lors, il est indispensable de considérer ces impacts, dépendances et opportunités dans le cadre de la promotion des EnR.

Les énergies renouvelables, une source de pressions sur la biodiversité

Le secteur des EnR, de par sa vaste chaîne de valeur, exerce de nombreuses pressions3 sur la biodiversité.

Amont - Construction des infrastructures, extraction des matières premières

L’extraction des matériaux (métaux tels que le lithium) nécessaires à la construction des infrastructures, panneaux, pales d'éoliennes, installations de stockage et de transport, sont sources de pressions multiples, telles que l’exploitation des ressources naturelles, pollutions, nuisances sonores et les destructions d’habitat.

Opérations - Production d’énergie et maintenance des installations

Concernant le solaire et l’éolien, la phase d’opération peut solliciter une superficie terrestre ou marine élevée pour des projets d’envergure. Cela peut, d’une part, fragmenter les habitats, d’autre part compacter les sols avec le poids des installations. Cette artificialisation des sols peut générer des pertes de fonctionnalités de séquestration carbone des sols et des végétaux (en particulier pour les projets implantés dans les zones humides ou forestières). 

Les centrales hydrauliques et l’éolien modifient également les habitats naturels et troublent les voies migratoires de poissons, oiseaux, chauve-souris, etc.. Les installations photovoltaïques peuvent aussi causer des perturbations sur la faune locale, voire dérégler localement des microclimats. Enfin, les sols et l’eau peuvent être pollués lors de la maintenance ou la production d’énergie, notamment via des fuites de produits d’entretien.

Aval - Transport, distribution et stockage de l’énergie, démantèlement des installations

Enfin, les réseaux de distribution fragmentent les milieux naturels et les installations en fin de vie sont une source de pollutions lorsqu’elles ne sont pas recyclées. Pour rappel, la durée de vie moyenne d’un parc éolien est de 20 ans, et de plus de 25 ans pour le solaire.

La biodiversité prodigue des services écosystémiques indispensables au bon fonctionnement des EnR

Le bon fonctionnement des EnR repose sur des services écosystémiques4 fournis par la biodiversité. 

En premier lieu, l’approvisionnement en eau douce et en matériaux sont indispensables à la construction et au bon fonctionnement des infrastructures énergétiques.

Ensuite, les services de régulation sont essentiels : il s’agit principalement du cycle de l’eau pour l’hydraulique et du climat, de l’érosion et de protection contre les inondations et les tempêtes pour le solaire et l’éolien. Des événements climatiques extrêmes ou encore les perturbations du cycle de l’eau peuvent en effet ralentir, voire stopper, la production d’EnR.

En impactant la biodiversité, l’activité humaine altère les services écosystémiques qui sont essentiels à son bon fonctionnement, représentant autant de risques physiques que le secteur des EnR doit intégrer et anticiper dès la conception de projets renouvelables.

À cela s’ajoutent les risques de transition. Par exemple, la rareté des ressources disponibles, l’apparition de nouvelles réglementations visant à protéger la biodiversité et réguler les méthodes d’extractions de matières premières, la réduction des ressources foncières disponibles pour implanter un projet ou la concurrence sur les ressources disponibles.

Enfin, le service culturel fourni par la nature (santé mentale ou loisirs permis grâce aux espaces naturels) est régulièrement évoqué dans les débats sur les EnR. En effet, certains projets peuvent représenter des nuisances visuelles ou sonores pour les populations locales, représentant un risque en termes d’acceptabilité sociale des projets renouvelables. Le secteur énergétique est d’ailleurs le troisième secteur d’activité le plus exposé aux controverses liées à la biodiversité.

Des initiatives pour réduire l’impact du secteur des EnR sur la biodiversité sont aussi sources d’opportunités

Au-delà des études d’impacts sur la biodiversité, incontournables en amont d’un projet, des solutions existent pour limiter les pressions du secteur des EnR sur la nature et réduire les risques associés. Se saisir des risques et opportunités liés à la biodiversité offre de nombreux autres bénéfices pour les organisations, notamment en termes de maîtrise des risques associés tout au long de la chaîne de valeur, de mobilisation des parties prenantes ou encore de réduction de coûts.

Amont/Aval

  • L’économie circulaire permet par exemple de réduire la pression sur les ressources naturelles, les nuisances associées à leur extraction et les pollutions liées aux déchets. Les pales d’éoliennes recyclables ou réutilisées, les technologies de recyclage du kerf5, font par exemple l’objet de recherches et d’expérimentations multiples.

  • Des développeurs de projets définissent des lignes directrices de conception inclusive pour la nature, si possible avec des réseaux internationaux reconnus tels que l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (IUCN), veillant à protéger l’environnement des installations et promouvoir la biodiversité, en créant des espaces abrités ou des récifs artificiels utiles à la vie marine dans les champs d’éoliennes offshore. 

Opérations

  • Chaque projet EnR est soumis, de sa conception au démantèlement, à la séquence hiérarchisée en trois temps : Éviter, Réduire, Compenser. Parmi les mesures d'évitement prioritaires, on note en particulier la décision de ne pas implanter de projets sur les zones naturelles sensibles (Natura 2000, zones protégées au titre de la directive Oiseaux, etc.) ni dans certains types d'habitat (forêts, zones humides). Plusieurs labels européens certifiants l'origine "verte" de l'électricité, tels que EKOenergy et NatureMade EN, intègrent aujourd'hui ce critère dans leurs cahiers des charges. 

  • Préserver les zones les plus sensibles dans un contexte d'accélération des EnR implique de favoriser les implantations sur des zones déjà dégradées ou artificialisées, en particulier : les friches industrielles, les toitures, les bordures d'infrastructures, les espaces agricoles exploités de manière intensive (à condition de préserver les capacités agricoles par des aménagements agrivoltaïques spécifiques, en ce qui concerne le solaire), etc. Dans ce cas, les mesures d'accompagnement de l'installation EnR peuvent même présenter des opportunités de renaturation favorables à la biodiversité.

  • En fonction du projet et de ses impacts résiduels, différentes mesures de réduction peuvent être prévues en complément, à l'instar, pour l'éolien, de l'arrêt ponctuel des pâles en cas de risque de collision avec des oiseaux ou chauve-souris, ou encore, pour le photovoltaïque au sol, de l'augmentation de l'espace entre les panneaux pour permettre à la lumière de passer et à la végétation de se développer. 

  • Pour aller plus loin, certains groupes s’associent avec des communautés et experts locaux pour mettre en place et décliner leurs actions de protection de la biodiversité, en partageant les analyses effectuées avec des experts locaux et des agences environnementales et menant des campagnes de sensibilisation auprès des communautés locales.

  • Enfin, certains acteurs du secteur, particulièrement proactifs sur le sujet, échangent sur la prise en compte de la biodiversité dans des groupes de travail dédiés, comme l’Energy Task Force de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS), ou encore le Laboratoire d’Initiatives Foncières et Territoriales Innovantes (LIFTI) afin de valoriser des terrains dégradés avec des projets EnR, par exemple.

Une étude PwC France et Maghreb - Sorbonne Université réalisée pour l’Office français de la biodiversité (OFB) présente par ailleurs un panorama complet des leviers techniques, économiques et socio-cognitifs identifiés avec l’ensemble des acteurs intervenant dans la chaîne de valeur des EnR. À noter que ces leviers concernent les porteurs de projets (les développeurs), mais aussi les pouvoirs publics et les financeurs. 

Finalement, la prise de conscience des liens étroits entre le secteur des énergies renouvelables, la lutte contre le changement climatique et la biodiversité constitue une première étape vers l’intégration systématique de cet enjeu dans la planification et le développement des projets EnR afin d’endiguer l’érosion de la biodiversité. Ces liens sont d’autant plus indispensables dans le contexte climatique actuel, qui laisse entrevoir le développement exponentiel à venir des EnR.

1 Les énergies renouvelables sont majoritairement les énergies photovoltaïques, éoliennes, hydrauliques et la bioénergie. Cet article se concentre sur le solaire, l’éolien et l’hydraulique, qui représentaient en 2022 près de 40% de la capacité énergétique mondiale (95% des capacités renouvelables) et devraient représenter plus de 50% en 2027 (source : IEA).

2 Dépendances principalement identifiées avec l’outil ENCORE, 2023.

3 Pressions identifiées principalement via l’outil ENCORE, 2023.

4 Biens et services que la biodiversité fournit à la société

5 Projet lancé en octobre 2022 par l’International Union for Conservation of Nature (IUCN) : Conservationists and companies join forces to identify good practices for renewable energy development

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Sylvain Lambert

Sylvain Lambert

Associé Développement durable, PwC France et Maghreb

Emilie Bobin

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Associée Développement durable, PwC France et Maghreb

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