Olivier Abecassis - Depuis ses débuts, Qwant est très vigilant sur la confidentialité : nous ne traitons d'aucune façon, y compris publicitaire, les données des consommateurs. Une conséquence est que, si trois personnes font la même recherche sur Qwant, elles obtiendront une réponse identique - quel que soit l'endroit où elles sont situées, quel que soit leur passé, quelle que soit leur recherche précédente. Cela pourrait être pratique pour l’utilisateur que sa seconde recherche tienne compte de la première, mais cela nous permettrait de faire du profiling, donc nous ne le faisons pas.
« Nous mettons un point d'honneur à ne rien connaître de nos utilisateurs, nous ne stockons aucune information. »
Une industrie avec une offre unique, cela n'existe pas, même si le produit est très bon. Il faut toujours partir des attentes des consommateurs. Quand on vient sur Qwant, c’est parce que les données privées ne sont pas exploitées commercialement. Sur Ecosia, c’est pour que les bénéfices servent à planter des arbres. Sur Lilo, pour qu’ils soient reversés à des associations.
La confiance, un avantage compétitif. En savoir plus sur l’émergence de plateformes technologiques comme leviers de croissance.
La capacité de l’IA générative à identifier les contenus est décisive car elle nous accompagne, tout au long de la journée, pour nos besoins professionnels et personnels. Son vrai défi aujourd’hui est la fiabilité. Trop de réponses sont encore soit fausses, soit approximatives. Il reste du chemin à parcourir.
« Un autre enjeu est géopolitique. Nous avons la chance d’avoir accès à certaines technologies, qui nous viennent de pays extrêmement puissants. Il faut savoir les utiliser sans se rendre dépendants. »
C’est aussi une question de pluralité, par exemple si l’on veut construire une représentation du web qui soit différente de celle conçue par Google. Nous avons la capacité en Europe d'apporter des solutions différentes. Les moteurs de recherche contributifs, qui visent des externalités positives, en sont un exemple.
Sur les compétences, le défi est d'avoir les meilleurs chercheurs et doctorants en machine learning et traitement du langage. Les meilleurs se trouvent souvent aux quatre coins du monde. La bonne nouvelle, c'est qu'on en a certains en Europe, en France notamment. Nous avons de très bons ingénieurs qui ont la capacité de développer des modèles, des technologies.
Penser réseaux et non silos. Value in motion, une invitation à prioriser la valeur dans les écosystèmes.
Par exemple, la coentreprise entre Qwant et Ecosia a développé la technologie European Search Perspectives. Ce que nous avons d’abord construit pour nous-mêmes, nous le rendons aujourd’hui disponible au travers d'une API. Nous la proposons sous le nom de Staan.ai à d’autres moteurs de recherche. Nous avons aussi des discussions avec des sites de contenu qui veulent apporter des réponses sur leurs pages, et des sites d'e-commerce qui veulent mieux automatiser leur support. En élargissant notre offre, nous allons augmenter nos utilisateurs B2C avec l’IA et développer un business B2B avec l'API.
Par ailleurs, nous développons notre réseau. Nous travaillons avec des équipes de recherche universitaire. Un index européen des chercheurs européens nous permet de connecter des équipes et de partager des sujets.
« L'enjeu est de ne pas rester seuls, parce que tout va très vite. Il faut aussi rendre ce potentiel de créativité pour nourrir l'ensemble des entreprises européennes. »
Associée responsable de l'innovation et de l'impact, PwC France et Maghreb