L’intelligence artificielle, nouvel ennemi de l’homme ?

Et si un robot était capable de réaliser les tâches dont vous souhaiteriez vous exempter ? Toutes ces actions répétitives, ennuyantes, sans valeur ajoutée, celles que vous faites par obligation… Et s’il les faisait à votre place, avec rigueur, justesse, rapidement, partout, tout le temps, en totale autonomie et qu’il apprenait de ses propres erreurs et s’adaptait à vos préférences et habitudes ? Accepteriez-vous de partager votre quotidien avec lui ? Pour beaucoup, à tort ou à raison, c’est ça l’intelligence artificielle (IA). Mais connaissons-nous vraiment cette technologie qui, petit à petit, se fait une place dans nos vies ?

Où en sommes-nous réellement en matière d’IA ?

L’IA est un terme passe-partout qui nourrit les fantasmes mais qui ne colle pas à la réalité, car ce qui convainc les scientifiques pour l’instant n’est que l’apprentissage automatique, une petite partie de ce qui composera l’IA de demain. Aujourd’hui, les systèmes d'apprentissage deviennent remarquables et permettent de réaliser des prouesses que nous pensions impossibles il n’y a encore pas si longtemps, comme traduire correctement des langues, reconnaître la parole, ou lire des images médicales.

Dans certains domaines, l'apprentissage automatique a pris le pas sur l'humain. Prenons le jeu de go comme exemple. S'il faut beaucoup d'intelligence à un humain pour y jouer, le logiciel AlphaGo Zero, réalisé par DeepMind, filiale de Google spécialisée dans l'IA, a démontré au grand public que nous pouvions augmenter notre niveau non pas en boostant notre intelligence mais en apprenant à partir de millions de parties contre soi-même. La mémoire, la déduction, l’anticipation, l’autoapprentissage, le passage à l’acte, l’analyse de situations envisagées et vécues et la correction des erreurs commises pour améliorer son rendement ne relève pas de l’intelligence mais de la performance.

Dans ce contexte, des questions de fond se posent : une machine a-t-elle besoin d’être intelligente pour devenir utile ? Peut-elle réaliser des tâches que l’homme ne serait pas capable de réaliser et vice-versa ? Si oui, lesquelles ? Comment instaurer une complémentarité stable entre ces deux parties ? Ce que l’IA peut faire, elle peut aussi le défaire, comment garantir un bon usage de cette technologie ? Comment l’homme peut-il garder le contrôle sur ses innovations intelligentes ?

L’IA, menace ou opportunité pour nos sociétés ?

Les projets autour de l’IA se multiplient en France et le rapport Villani pourrait en accélérer le rythme. Au-delà du buzzword du moment, les technologies sous-jacentes comme l’apprentissage automatique, plus communément appelé le Machine Learning, et ses différentes déclinaisons représentent une vraie rupture technologique. Les applications concrètes vont changer notre vie dans les années à venir, par exemple dans l'automobile avec la voiture autonome, dans la santé avec les détections précoces, ou dans la finance pour la lutte contre la fraude. Mais aujourd'hui la frénésie de construction des systèmes intégrant de l'IA se fait très souvent sans tenir suffisamment compte des risques cyber. Les intérêts économiques dépassent les précautions sécuritaires pourtant indispensables pour qu’une technologie soit considérée comme sûre et fiable.

Ne l’oublions jamais : si une machine permet de détecter l’origine d’une menace, l’ampleur qu’elle pourrait prendre, les failles d’un système complexe, repérer les points faibles et les mauvais réflexes des utilisateurs, elle est aussi capable de créer une attaque et de contourner les systèmes de défense mis en place pour la contrer.

D’un côté, l’IA peut rendre les cyberattaques (dénis de service distribués, botnets1, logiciels de rançon…) plus puissantes et efficaces. Les premières conséquences de l’automatisation des cyberattaques se font déjà sentir, qu’elles attaquent des infrastructures critiques ou cherchent à manipuler l’opinion publique. En octobre 2016, une attaque par déni de service distribuée du programme malveillant Mirai avait transformé des objets connectés à internet en botnets, des réseaux de bots contrôlés à distance, assiégeant le fournisseur de DNS américain Dyn et l’hébergeur français OVH et entraînant des difficultés d’accès à un grand nombre de sites internet. Des social bots à visée politique peuvent aussi imiter les comportements humains sur les réseaux sociaux afin d’influencer les utilisateurs à des moments politiques clés. Une étude du projet de recherche Computational Propaganda de l’Université d’Oxford a montré qu’un tiers du trafic sur Twitter provenait de ces political bots pendant les débats de l’élection présidentielle américaine de 2016.

D’un autre côté, les technologies d’IA peuvent faciliter et améliorer la détection et l’atténuation des cybermenaces. De plus en plus d’applications intègrent des techniques d’IA et notamment de Machine Learning afin de mieux identifier les menaces et anomalies. Le Machine Learning permet aux machines de reproduire et reconnaître des comportements donnés à partir d’exemples. Les machines sont ainsi capables de traiter des quantités de données importantes en un temps réduit et de reconnaître les plus petits changements dans leur environnement, différenciant en temps réel les comportements normaux de ceux qui représentent une menace.

Aujourd’hui, pour se prémunir des cyberattaques, c’est vers le Machine Learning que les organisations se tournent. Cette technologie intelligente permet, entre autres, de renforcer les compétences et les capacités analytiques humaines et de disposer ainsi d’un moyen de dissuasion plus puissant. Mais est-ce suffisant ? La réponse est claire : non !

(1) Un botnet (de l'anglais, contraction de « robot » et « réseau ») est un réseau de bots informatiques, des programmes connectés à internet qui communiquent avec d'autres programmes similaires pour l'exécution de certaines tâches.

Selon l’étude The Global State of Information Security 2018 de PwC, après une année marquée par un nombre croissant de cyberattaques, en France, les grandes entreprises interrogées enregistrent des pertes financières lourdes estimées à 2,25 millions d’euros en moyenne, en hausse de 50 % en un an. Par ailleurs, pour les entreprises cotées, l'impact d'une crise cyber est d'environ 25 % de la valorisation boursière. Pour se protéger, elles déclarent avoir investi en moyenne 4,3 millions d’euros dans la sécurité de leurs systèmes d’information au cours des 12 derniers mois, soit une augmentation de 10,2 % par rapport à l’année dernière, ce qui leur permet, certes, de mieux identifier les menaces (4 550 incidents en un an, l’équivalent de 12 par jour) mais pas de toutes les contrer. Projection inquiétante : à en croire les conclusions d’une récente enquête menée par le Forum économique mondial, le nombre de cyberattaques devrait augmenter dans les années à venir et pourrait engendrer des pertes économiques allant jusqu’à 2 000 milliards d’euros d’ici 2020 à l’échelle mondiale.

Malgré les prouesses des nouvelles technologies – qui servent aussi bien aux attaquants qu’aux défenseurs – personne ne sera épargné ! Dans ce contexte instable, le secteur de la cybersécurité a la cote et celui de l’IA explose. Quelles sont ses possibilités et ses limites pour les organisations ? Quelles opportunités et menaces pour nos sociétés ?

Pourquoi l’IA inquiète-t-elle autant ?

Dans un rapport récemment publié par l’organisme Ifop, 64 % des Français se disent « inquiets » du développement de ce qu’ils considèrent comme étant de l’IA. Si leur principale préoccupation est l’impact qu’aura cette technologie sur leur vie professionnelle, les conséquences de la digitalisation de leur environnement dans la sphère personnelle les inquiètent aussi. La logique est implacable : plus la population dépendra des appareils connectés, plus ces derniers pourraient être utilisés à mauvais escient par des hackers, plus les utilisateurs seront vulnérables et exposés aux problèmes de cybersécurité.

Selon l’étude The Global State of Information Security de PwC, la grande majorité des Français redoute le piratage des technologies qui les entourent : 36 % craignent une interruption du fonctionnement des machines, une mauvaise utilisation de leurs données sensibles, une atteinte à la propriété physique, 32 % une menace pour la qualité des produits et 25 % un risque pour leurs vies.

Philippe Trouchaud, associé Cyber Intelligence chez PwC, constate « une réelle professionnalisation des attaquants. Leurs motivations relèvent désormais beaucoup plus d’un intérêt économique (détournement d’argent, vol d’actifs…) que du simple caractère malveillant. Les attaques, plus ciblées, mieux préparées mais aussi mieux réparties sur la durée, coûtent plus cher. » Dans les faits, aussi bien en France que dans le reste du monde, les cyberattaques augmentent. Et ce phénomène inquiétant n’est pas près de s’arrêter car de très nombreux acteurs publics et privés investissent massivement dans l'IA pour développer leur économie via la modernisation des entreprises et des sociétés dans lesquelles nous vivons.

Pourquoi l’IA est-elle autant plébiscitée par les entreprises ?

Dans un contexte économique mondial en pleine mutation, l’étude internationale Sizing the prize de PwC révèle que le PIB mondial pourrait croître de 14 % d’ici 2030 grâce à l’essor des innovations intelligentes. Ce marché devrait peser environ 13 500 milliards d’euros dans les douze années à venir, soit plus que le PIB cumulé actuel de la Chine et de l'Inde. Les gains de productivité engendrés par l’IA devraient représenter la moitié des bénéfices économiques attendus. Gaëtan Bodmer, associé chez PwC, commente : « notre analyse met en avant le potentiel de création de valeur considérable lié à l'IA pour les entreprises, sans doute beaucoup plus important que celui induit par l’automatisation. A court terme, l’IA aura un fort impact sur l’offre en permettant aux entreprises d’automatiser certaines tâches routinières, de renforcer les compétences de leurs salariés et de leur libérer du temps pour se consacrer à des tâches à plus forte valeur ajoutée. A plus long terme, c’est la demande croissante pour des produits et des services intelligents qui portera la dynamique économique. »

Les deux grands gagnants de l’essor de l’IA : la Chine et l’Amérique du Nord qui devraient générer des bénéfices économiques conséquents, avec un gain de PIB respectif de 26,1 % et 14,5 % à l'horizon 2030, soit 9 150 milliards d’euros au total et 70 % des retombées économiques à l'échelle de la planète.

Dans un premier temps, les gains de productivité devraient être plus rapides en Amérique du Nord, du fait d’une plus grande maturité de la région vis-à-vis des technologies d’IA comme le Machine Learning, les assistants digitaux ou les robots conversationnels – plus communément appelés chatbots – et des nombreux emplois susceptibles d'être remplacés par des technologies plus productives. La Chine pourrait, en revanche, commencer à creuser l'écart avec les Etats-Unis dans une dizaine d'années, dès lors que le pays aura rattrapé son retard en termes de déploiement technologique et d'expertise.

En Europe et dans les pays développés d'Asie, les bénéfices économiques liés à l'IA devraient être également significatifs même s’ils n’égaleront jamais ceux des Etats- Unis et de la Chine : 9,9 % du PIB de l’Europe du Nord, 11,5 % pour celui de l’Europe du Sud et 10,4 % du PIB de l’Asie développée en 2030. Dans les pays en développement (en Amérique latine et en Afrique entre autres), l'impact sera plus limité (moins de 6 % de PIB) car les taux d’adoption des technologies d’IA devraient être beaucoup plus faibles.

Concernant les secteurs d’activités qui devraient bénéficier le plus de l’IA à l’échelle mondiale figurent la santé, l’automobile et la finance. La technologie intelligente permettra, dans ces trois domaines, d’augmenter la productivité, la valeur des produits et la consommation. Dans la santé par exemple, les diagnostics seront beaucoup plus précis et délivrés plus rapidement, le traitement prescrit sera davantage personnalisé et ouvrira la voie à des transformations majeures comme, entre autres, les implants intelligents. Pour François Royer, directeur spécialiste en data analytics chez PwC : « tous les secteurs et toutes les entreprises seront d’une manière ou d’une autre impactés par l’IA. Sur le seul critère de la productivité, les conséquences pourraient transformer l’environnement concurrentiel. Aussi, les entreprises qui ne parviendront pas à adopter rapidement l’IA pourraient être fragilisées que ce soit en termes de délais d’exécution, de coûts et d’expérience client. Résultat : elles pourraient perdre d’importantes parts de marché. Le défi majeur qui se pose aux entreprises consiste à recruter les bons profils, à se doter de la technologie et d’un accès aux données appropriés afin d’exploiter pleinement les opportunités offertes par l’IA. »

Comment garantir une bonne implémentation de l’IA dans nos sociétés modernes ?

Innover

Innovation technologique : Les inventions d’aujourd’hui feront tourner les sociétés de demain. Comprendre et réinventer notre environnement dans le but de l’améliorer est une nécessité. C’est grâce à ce processus simple en apparence mais complexe à exécuter que l’humanité évolue. L’IA est sans aucun doute un des leviers qui déterminera l’organisation de la société des années à venir.

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Former

Formation des talents & Restructuration du système éducatif : Il demeure indispensable que les formations du secteur de l’IA se développent pour lui permettre de jouer un rôle de premier ordre. Aujourd’hui, il est difficile de recruter un jeune diplômé dans ce domaine. Pour ce faire, une synergie entre le monde universitaire et privé est nécessaire afin d’obtenir des parcours de formation d’excellence. De plus, l’IA s’intégrant dans tous les domaines, le besoin en développement de formation est essentiel à tous les niveaux : technique, management, business, etc.

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Financer

Financement collectif de la recherche : Aucune recherche en innovation ou modernisation d’un système éducatif national n’est possible sans financement. Les acteurs publics et privés doivent marcher main dans la main pour que l’IA se développe, soit comprise et s’intègre rapidement dans nos sociétés et pour que les hommes sachent maîtriser ces innovations technologiques qui, au-delà de créer de la valeur économique, permettront de moderniser notre environnement quotidien.

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Informer

Mise en place de campagnes de sensibilisation aux enjeux du numérique : L'IA, c'est comme une polémique politique surmédiatisée : tout le monde en parle au bureau, tout le monde pense savoir ce qu'il s’est passé, mais, en réalité, personne ne le sait vraiment. « L’IA va me voler mon travail ! », « L’IA remplacera un jour l’humain ! », « Et si l’IA se révoltait contre nous ? » Informer pour permettre de comprendre l’IA est une priorité pour les nations qui souhaitent devenir des géants du digital. Une étude BETC sur l'acceptation du numérique à travers le monde montre l’énorme fossé qui sépare les pays occidentaux, souvent frileux, de la Chine, très enthousiaste sur l’IA. Un travail pharaonique de communication publique et de sensibilisation aux enjeux et à la place réelle de la technologie dans la société sera nécessaire pour ces populations qui, alors qu’elles utilisent chaque jour un peu plus des objets connectés, doutent de la fiabilité et parfois même de l’utilité de ces derniers.

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Réglementer

Réglementation des marchés : Le développement des algorithmes d’IA dépend largement de la quantité de données digitalisées disponibles. Si les entreprises européennes se plaignent du manque de data accessible, les sociétés américaines et chinoises prennent la direction inverse, adoptant des mesures volontaristes. Sur le Vieux Continent, cette « limite » – jugée plus protectrice des données personnelles – devient une force. Cap vers une Europe de plus en plus transparente et sécurisée ? Oui, mais plusieurs pistes aussi bien à l’échelle nationale que continentale devront être exploitées : une concertation plus fluide entre régulateurs, institutions de Place et FinTechs ; une gouvernance des données qui offrirait un cadre balisé pour créer un terrain favorable à l’innovation ; la poursuite des efforts de mise à disposition des données publiques (Open Data) ; une incitation à mettre en place des platesformes anonymisées en Open Data – une telle incitation peut être l’occasion de donner une prime aux entreprises qui donnent de la visibilité au consommateur sur ses données. Cela implique cependant d’aller plus loin que la loi République numérique et le règlement européen sur la protection des données personnelles (RGPD).

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Sécuriser

Mise en place d’une politique de protection des données & Protection des inventions : Si l'autonomie offerte par l'IA est prisée par les entreprises, laisser cette technologie sans surveillance la rendrait vulnérable. L’idée de recourir à l’IA pour combattre les atteintes à la cybersécurité n’a rien de nouveau. Des milliers de lignes de code doivent être écrites puis vérifiées afin de s’assurer que le logiciel utilisé par les entreprises est sûr, une tâche ardue mais nécessaire. Une solution pour gagner aussi bien en efficacité qu’en rapidité et optimisation des coûts : miser sur le Machine Learning, composante clé de l’IA, capable de passer le test de l’IA malveillante. Ceci est en partie possible grâce aux vastes quantités de données exploitables par les machines à des fins d’analyse et d’apprentissage. Les données sont un élément clé du processus ; la diligence l’est tout autant sachant que les cybercriminels ont généralement une longueur d’avance. Néanmoins, au vu des progrès réalisés par la technologie et des volumes de données qui transitent sur les réseaux, l’IA a de quoi apprendre et assurer la sécurité des entreprises.

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