Après plusieurs années d'essor entrepreneurial, la sportech française franchit un cap décisif. Avec 389 startups et scaleups, 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires et 6 500 emplois, elle ne peut plus être considérée comme un simple écosystème émergent. Elle s’affirme désormais comme une véritable filière économique, qui transforme en profondeur la manière de pratiquer, de consommer, d’encadrer et d’organiser le sport. La nouvelle étude de la SporTech réalisée par le cabinet de conseil et d'audit PwC France et Maghreb met toutefois en lumière un défi central : convertir le dynamisme de l’innovation française en entreprises capables de s’industrialiser, de se financer et de s’imposer à l’international.
La force de la sportech française réside désormais dans sa capacité à irriguer l’ensemble de l’économie du sport. Du logiciel aux équipements, des médias à l’événementiel, ses solutions ne se contentent plus d’accompagner les usages : elles renouvellent l’expérience des pratiquants et des fans, renforcent la performance des athlètes et transforment le fonctionnement des clubs, des fédérations et des organisateurs.
Ce dynamisme repose toutefois sur un tissu entrepreneurial encore très fragmenté. Près de la moitié des structures comptent entre deux et dix collaborateurs et seules 36 % emploient au moins onze personnes. À ce stade de maturité, le défi n’est donc plus de faire émerger l’innovation, mais de transformer les solutions qui ont fait leurs preuves en offres industrialisées, commercialisables à grande échelle et capables de conquérir de nouveaux marchés.
« La sportech française a fait ses preuves : ses entreprises créent de la valeur, des emplois et proposent des solutions qui font évoluer le sport. Il s’agit maintenant de les aider à grandir. Pour cela, elles ont besoin de financements adaptés, mais aussi de clients et de débouchés pour leurs innovations. C’est à ces conditions qu’elles pourront se développer et s’imposer sur les marchés européens et internationaux. » souligne Matthieu Bouchépillon, Associé PwC France et Maghreb.
« En trois ans, la SporTech est devenue une référence de l’écosystème sport-tech français : environ 180 sociétés adhérentes fin 2025, une communauté LinkedIn de près de 20 000 abonnés et une présence qui s’étend déjà dans de nombreux territoires. Cette dynamique s’est construite autour de trois engagements - informer, connecter, rayonner - et d’une ambition que nous voulons aujourd’hui porter plus loin : faire de la SporTech un acteur clé de la transformation du sport français. Nous voulons contribuer à construire le sport de demain en plaçant l’innovation, au sens large, au cœur de son évolution : accompagner le secteur dans sa modernisation, l’aider à prendre pleinement le virage de l’innovation et renforcer sa capacité à rester compétitif face aux transformations technologiques, économiques et sociétales. » affirment Christophe Carniel, Co-Président de la SporTech et Camille Amar, Co-Présidente de la SporTech.
Si la sportech française gagne en maturité, son accès au financement demeure l’une de ses principales fragilités. L’autofinancement reste le premier mode de financement du secteur et 53 % des startups interrogées déclarent être à la recherche de leur premier financement. Un tier (36 %) des entreprises sondées indiquent par ailleurs n’avoir bénéficié ni d’une levée de fonds ni de subventions.
En 2025, environ 80 millions d’euros ont été levés en France, dont 51 millions par SkillCorner. Derrière ce volume se dessine toutefois une forte concentration des investissements. Le manque de capitaux en amorçage et en croissance limite la capacité de nombreuses entreprises à transformer leurs innovations en modèles commerciaux durables.
Au-delà du financement, l’accès au marché constitue un autre point de tension. Les cycles de décision des clubs, fédérations, collectivités et grands groupes restent souvent longs, tandis que les expérimentations ne débouchent pas toujours sur des contrats ou des déploiements à grande échelle. Pour réussir son changement de dimension, la filière devra donc mieux relier innovation, expérimentation, commande et industrialisation.
L’intelligence artificielle s’installe rapidement au cœur des produits comme des organisations. Parmi les startups interrogées, 88 % déclarent l’utiliser dans leur solution ou bien en interne pour gagner en efficacité. Son champ d’application dépasse largement la seule performance sportive : analyse vidéo, production de contenus, coaching personnalisé, automatisation, connaissance des fans, exploitation de la donnée, gestion des clubs ou organisation des événements.
La question n’est donc plus seulement celle de l’adoption de l’IA, mais celle de son intégration effective dans des modèles économiques et opérationnels pérennes. La qualité des données, l’interopérabilité des outils, les compétences des équipes et la capacité des utilisateurs à s’approprier ces technologies deviennent des facteurs aussi déterminants que la technologie elle-même.
Plus largement, l’étude montre que l’innovation transforme l’ensemble de l’expérience sportive :
Plusieurs territoires d’innovation pourraient contribuer à la prochaine phase de croissance de la filière. Le sport féminin occupe une place particulière. La progression de ses audiences et la singularité de ses communautés créent un terrain propice à l’émergence de nouveaux services, formats et modèles économiques.
Les nouvelles pratiques sportives, plus flexibles, hybrides et communautaires, constituent un second relais de développement. Elles favorisent l’émergence de plateformes de réservation, de services personnalisés, de dispositifs connectés et de communautés capables de prolonger l’expérience bien au-delà de la séance elle-même.
L’expérience fan, la performance augmentée et l’organisation des grands événements représentent également des marchés à fort potentiel. Dans ces domaines, la technologie quitte progressivement le registre de l’accessoire pour devenir une infrastructure essentielle à la création de valeur, à la qualité de l’expérience et au pilotage des opérations.
La sportech française dispose désormais du vivier entrepreneurial, des compétences et des technologies nécessaires pour franchir une nouvelle étape. Sa capacité à changer réellement d’échelle dépendra de la mobilisation conjointe des entreprises, des investisseurs, des organisations sportives, des grands groupes et des acteurs publics.