Assurances affinitaires - entre assurance à la demande et assurance communautaire

Les assurances affinitaires bénéficient de fortes perspectives de croissance, grâce à l’explosion des objets, technologiques et nomades (smartphones et tablettes, ordinateurs portables, montres connectées, consoles de jeux, …) et grâce au développement du e-commerce, un moyen de distribution efficace pour ce type de garanties. C’est d’ailleurs le constat qu’a établi Amazon en lançant son service d’assurance Amazon Protect. Les innovations technologiques et commerciales apportées par les Assurtechs remettent en cause le modèle d’affaire (ou business model).

Les nouveaux modèles d’assurance : « voire plus si affinités »

En premier lieu, il convient de définir ce que l’on entend par garanties affinitaires, sachant que le terme « affinitaire » se définit de différentes façons :

  • Soit par le risque couvert qui peut être spécifique à des pratiques particulières. Il s’agirait, par exemple, des garanties d’assurance propres à la pratique de certains sports.
  • Soit par le réseau de distribution de produit d’assurance à travers une population qui partage des affinités.
  • On pourrait ainsi imaginer des produits d’assurance généralistes mais distribués par des associations, syndicats ou organismes professionnels.

Le terme, qui s’est imposé dans les années 2000,  traduit de l’anglais « affinity insurances » s’est vu octroyer une définition plus précise par la Fédération des Garanties et Assurances Affinitaires (FG2A) : « Toute garantie d’assurance, d’assistance ou service accessoire en lien avec l’univers d’un produit ou service distribué par un distributeur non-assureur et qui n’est pas le motif principal d’achat du client. »[1]

Cette définition replace donc le canal de distribution comme principal élément distinctif des assurances affinitaires : l’assurance est achetée en même temps que le produit couvert via le distributeur du produit en question. Ainsi, dans les faits, on englobe principalement sous cette définition les assurances sur les moyens de paiement, les extensions de garanties, les assurances voyages, les assurances dommages sur les produits nomades, etc.

Dans ce paradigme on observe un modèle de vente de l’assurance plutôt efficace puisqu’il vient s’insérer dans le processus de vente du produit lui-même. A l’inverse les garanties sont en général perçues comme chères par le grand public ; en effet, leurs prix représentent une fraction non négligeable du prix du produit et la clientèle associe souvent ces produits à une opportunité pour les revendeurs d’améliorer leur marge.

L’assurance à la demande ou à l’usage

Cette contrainte sur la perception des prix constitue un frein à une plus large diffusion de ce type de garanties. Certaines innovations récentes peuvent permettre de limiter, voire de lever, ce frein. Parmi celles-ci, on trouve notamment l’assurance dite « à la demande » ou encore « à l’usage ». Cette pratique est reliée à un constat simple : « Pourquoi payer une assurance pour un bien lorsqu’on ne l’utilise pas ? ». Ce constat s’est porté il y a plusieurs années déjà sur l’assurance automobile pour laquelle des offres d’assurance « au kilomètre » étaient apparues sur le marché. Plus récemment des start-ups ont repris le concept pour assurer des objets du quotidien. Trov permet, par exemple, d’activer la garantie casse et vol d’un appareil photo au moment de partir en vacances et cela en un mouvement de doigt sur le smartphone. On se rend compte par cet exemple de l’apport du digital qui automatise et simplifie les interactions avec le client. Ainsi en digitalisant la chaîne de valeur de souscription et de gestion de sinistres il est possible de réduire les coûts et d’observer un effet sur le prix.

La blockchain est un très bon exemple des perspectives en ce qui concerne l’automatisation. En effet, elle permet d’automatiser tout en rendant plus sûres de nombreuses sortes de transactions. Si la technologie est encore récente, elle a démontré son potentiel sur des typologies de garanties assez simples. Ainsi on peut noter l’initiative d’InsurETH qui permet de conclure un « smart-contract » pour une assurance annulation de vol. L’assurance souscrite porte sur un vol identifié sur le site internet de la compagnie aérienne. Dès que la compagnie aérienne déclare le vol comme annulé, la blockchain procède automatiquement et de manière certaine au remboursement du billet d’avion assuré. Cependant, s’il est possible, dans ce cas présent de se reposer sur un tiers (la compagnie aérienne) pour valider la véracité du sinistre, dans la majeure partie des contrats d’assurance, cela ne l’est pas. Les assureurs craignent alors l’instauration de phénomènes de fraude.

L’assurance communautaire

Parmi les tendances du moment on retrouve également l’ « assurance communautaire ». Ce type d’assurance consiste à réunir en communauté des petits groupes de personnes qui partagent un besoin d’assurance sur un bien ou un service. Une forme de pot commun est alors constituée et si le pot n’est pas totalement consommé au terme de la période d’assurance, les fonds résiduels sont redistribués entre tous les membres du groupe. C’est en quelque sorte une industrialisation des tontines via une plateforme digitale – sans toutefois de lien avec la survie des contractants. Ce type d’assurances permet de  limiter la fraude en raison de l’appartenance à un groupe de personnes et la responsabilité sociale que cela implique ; car les membres du groupe décident eux-mêmes de la validité des sinistres, ce qui limite les frais de gestion.

En France nous avons un très bon exemple de ces nouvelles tendances avec Yakman.

« Yakman se positionne comme la « cagnotte solidaire pour se prémunir face aux imprévus » avec l’ambition d’apporter aux communautés d’assurés une expérience transparente, rapide et économique. Ce dernier pilier est un des arguments clivant de Yakman comparativement à l’assurance affinitaire traditionnelle puisque le modèle nous permet d’affecter un rendement d’au moins 90% des fonds collectés à nos clients - soit sous forme de remboursement de sinistres, soit sous forme de cashback en fin de période de couverture. La plateforme digitale développée pour appuyer la solution permet en quelques clics de souscrire, mais également de créer un produit sur mesure de protection financière affinitaire et de le commercialiser sur Internet dans la foulée. L’application des recherches scientifiques sur l’économie comportementale appliquée aux communautés d’assurés et des réflexions autour de la blockchain complètent notre dispositif. »

Bertrand Favre, Co-fondateur de Yakman

Les initiatives d’acteurs tels que Trov ou Yakman, qui dissocient la vente d’assurance de la vente du produit vont-elles faire émerger une définition de l’assurance affinitaire autre ? L’avenir nous dira si ces nouvelles pratiques d’assurance de biens et services peuvent concurrencer l’assurance affinitaire d’aujourd’hui.

http://www.fg2a.com/actualites/perspectives-lassurance-affinitaire/

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David Cadoux

David Cadoux

Associé Risk & Value Measurement Services, PwC France et Maghreb

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