S’affranchir des limites sectorielles, une tendance qui s’affirme

Quand la réinvention s'inscrit dans la continuité : l’exemple d’INDIGO

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  • 21 avr. 2026

Pour un acteur historiquement associé au stationnement, comment se réinventer sans se renier ? Chez INDIGO, acteur français de la mobilité présent dans 580 villes et 10 pays, repenser le modèle d’affaires fait partie intrinsèque de la culture d’entreprise. Dans cette interview, Sébastien Fraisse, Président du directoire du groupe INDIGO, explique comment des opportunités peuvent émerger si l'on aborde les mégatendances d’un regard neuf, avec pragmatisme et un goût prononcé pour l’innovation. 

 

L’exemple d’INDIGO illustre parfaitement une transformation structurelle qui est en passe de redéfinir les règles du jeu. La 29e Global CEO Survey de PwC montre en effet une volonté de plus en plus affirmée des entreprises d’aller chercher la croissance au-delà des limites traditionnelles de leur secteur d’activité. Depuis cinq ans, la moitié des entreprises en France et dans le monde ont exploré des modes de création de valeur dans de nouveaux domaines, notamment technologiques. Parmi elles, 66% tirent de ces initiatives 10% ou plus de leurs revenus.  

 

L’accélération de cette tendance, qui impacte directement les modèles et sources de revenus, contribue à une reconfiguration de l’économie. PwC l’a modélisée dans son programme prospectif Value in motion

Pourquoi l’immobilisme n’est pas une option ?

Chez PwC, nous avons la conviction que le plus grand risque n'est pas de faire le mauvais mouvement, mais de rester immobile pendant que l'échiquier se reconfigure. Quel est l’état d’esprit d’INDIGO dans un domaine – la mobilité urbaine – où tout s’accélère ? 

Sébastien Fraisse – L'immobilité est impossible, ce n'est plus une option. Même si la mobilité, le mouvement ne sont pas gage de succès, rester immobile est sans doute un risque majeur désormais. Mais faire le mauvais mouvement reste quand même un sujet. Avant, on avait le choix entre bouger ou ne pas bouger. Aujourd'hui, on sait qu'on a une obligation de mouvement.  

D’un côté, c’est un défi pour une entreprise d'infrastructure, qui de par sa nature pense avoir le temps devant elle et pour elle, et a prospéré dans un environnement sans mouvement pendant des années. Nous avions 25, 30 ans devant nous, c’est-à-dire la durée moyenne de nos contrats, et cela reste toujours notre modèle. Mais nous savons que, aujourd'hui plus encore qu'hier, à la fin d'un contrat de 20 ans, le monde ne sera plus du tout le même. L'enjeu est de pouvoir débusquer, à l'intérieur de ces 20 ans, les mouvements possibles ou probables, et d’identifier les plus prometteurs. 

Les investisseurs aussi sont demandeurs de stratégies visant à élargir le business et, par adjacence, le champ d’actions. Cela les rassure parce que c'est le gage d’une entreprise qui s’interroge, se remet en cause, questionne son business model. Mais si on se trompe de marché ou de mouvement latéral, les conséquences peuvent être difficiles. Le mouvement doit donc être réfléchi, rationnel, et cela ne signifie pas forcément une rupture. 

D’un autre côté, pour INDIGO, la réinvention s'inscrit dans la continuité. C'est une page de plus que l'on écrit de la grande histoire du groupe, et elle doit s’écrire dans le respect de l’historique et de la culture du groupe. Au travers des sociétés qui l'ont précédé, avec plusieurs changements de nom, de marque, d’actionnaires, INDIGO a déjà inventé de nouveaux modèles.  

Par exemple, dans les années 60, nos prédécesseurs ont innové en proposant à la ville de Paris de construire, à leurs frais, des parkings souterrains pour accompagner la Ville dans sa transformation – déjà ! – et permettre aux voitures de se garer sans saturer la surface. Assumant le risque des travaux et de l'exploitation, avec en retour des décennies de recettes, ils ont réinventé le modèle de la concession en l’appliquant au stationnement.  

« Chez INDIGO, le changement ne génère pas de choc culturel. La réinvention s'inscrit dans la continuité. »

Sébastien Fraisse,Président du directoire du groupe INDIGO

Aujourd'hui, notre travail est de redonner une seconde vie à ces mêmes ouvrages. Du point de vue de la gestion des ressources, il ne serait pas raisonnable de laisser les surfaces de stationnement vides, en déshérence, alors que des investissements colossaux ont été faits et rentabilisés. Cela tombe bien, il y a plein de besoins et de services urbains qui méritent que l'on trouve des solutions à mettre en œuvre sur les surfaces disponibles dans les parkings. 

Ces explorations s'inscrivent très naturellement dans ce que nous avons toujours mis en avant : la nécessité d'innover pour rester les premiers, montrer la voie, essayer d'anticiper les besoins de nos clients – les villes – et être de bons conseils pour eux. 

Revisiter un modèle d’infrastructure sans le disrupter

Zones à faibles émissions, essor du télétravail, nouvelles mobilités : la mobilité urbaine se transforme vite. Comment INDIGO repense-t-il son modèle d’affaires historique, qui est celui du stationnement ?

Sébastien Fraisse – Redéfinir la raison d'être d’INDIGO a précédé la réflexion sur le modèle d’affaires. C’est ce que nous avons fait en 2020-2021, juste à la sortie du Covid-19 : nous nous sommes définis comme “créateur d'espace pour une ville apaisée en mouvement”. Comprenant que nos parcs pouvaient et devraient s’ouvrir et servir à bien autre chose que du stationnement, nous nous considérons comme un asset manager d'infrastructures urbaines. Avec pour mission de simplifier la mobilité pour améliorer la qualité de vie en ville. 

Nous avions perçu, notamment dans les très grandes villes et métropoles, le questionnement contradictoire autour de la voiture individuelle. D’un côté, l’aspiration des personnes à pouvoir se déplacer de manière simple et apaisée. De l’autre, des citadins demandeurs d'une ville beaucoup plus calme, avec plus d'espaces qualitatifs en surface – pour les piétons et les cyclistes, avec des terrasses de café, des squares et des jardins publics – mais qui reste facilement accessible, y compris en voiture. De nombreuses enquêtes montrent cela très clairement.  

« Par pragmatisme, nous voyons le questionnement autour de la voiture individuelle comme une opportunité plus qu’une menace. »

Sébastien Fraisse,Président du directoire du groupe INDIGO

Nous avons fait le choix d'essayer de créer de la valeur avec ce mouvement plutôt que de nous y opposer. Ce qui d’ailleurs aurait été vain : on ne crée pas de valeur en cherchant à s’opposer aux aspirations de ses clients. Idéalement placées en cœur de ville, nos infrastructures sont un atout pour accompagner de nouvelles formes de mobilité. Par exemple en accueillant les voitures électriques, qui ont besoin de temps et d’installations pour se recharger, ou les vélos. 

Au prix d’un peu plus d'ingénierie, nous avons ainsi mis en place un modèle non pas de simple opérateur de stationnement, mais de gestionnaire d'infrastructures urbaines. Le stationnement y devient une activité parmi d’autres, même si elle reste durablement la principale.  

Au-delà du business model, les avantages s'étendent à la marque employeur. Ce nouveau récit, plus passionnant, plus collé à l’aspiration des nouvelles générations, facilite l'embauche et la diversité des profils au sein des équipes. 

L’innovation foncière pour créer de la valeur autrement

INDIGO va-t-il passer d'un modèle (le stationnement) à un autre (un hub de services), s’exposant à des conflits d’usage ? Ou les modèles peuvent-ils coexister dans une logique de sécurisation de la création de valeur ? 

Sébastien Fraisse – Fondamentalement, le modèle ne change pas : INDIGO passe de la location de places de stationnement de 12,5 m2 en moyenne sur très courte ou longue durée, à un modèle de location de surfaces plus vastes à des opérateurs économiques à la recherche de mètres carrés en cœur de ville et pour des durées longues. Il peut s’agir d’acteurs de logistique urbaine, d’opérateurs d’installations de self storage ou de data centers, par exemple.  

Nous développons de fait une logique d'innovation foncière. Le point de départ est d’offrir les services urbains que les gens attendent, mais pas dans des espaces en pied d'immeuble, bien plus utiles comme des commerces ou des habitations.  

« Paradoxalement, ce qui pourrait passer pour une contrainte renforce notre modèle d'affaires. »

Sébastien Fraisse,Président du directoire du groupe INDIGO

Nous tendons vers une location de mètres carrés de plus long terme qu’avec un particulier, qui peut résilier son abonnement de parking à tout moment, ou ne réserver que quelques heures. À l’inverse, un locataire qui installe des équipements parfois assez lourds n’investit pas pour six mois, mais signe une convention d’occupation de trois, six, dix, voire 15 ans.  

Finalement, ces revenus beaucoup plus récurrents correspondent parfaitement à notre modèle d’infrastructure. En outre, explorer ces opportunités n’oblige pas à arbitrer en faveur d’un modèle ou de l'autre, puisque nous déployons le nouveau modèle dans les espaces de stationnement non occupées et donc disponibles. Ce n’est pas un développement « à la place de », mais « en plus ». 

Chez PwC, nous nommons “se déplacer” un domaine en forte croissance. Non pas un secteur d’activité au sens traditionnel du terme, mais un besoin humain auquel des acteurs de plusieurs secteurs peuvent répondre. Un écosystème qui transforme l’avenir de la mobilité.  

Face à l’urgence climatique, aux disruptions technologiques et aux attentes des usagers, les leaders du transport s'appuient sur des solutions propres et intelligentes pour rendre la mobilité plus efficace, durable et accessible. Venus de l’automobile, la logistique, le rail, l’aérien ou le maritime, des entreprises en mouvement collaborent avec des acteurs de la tech pour électrifier les modes de transports, les rendre plus autonomes et les intégrer à des modèles circulaires. 

Au croisement de l’IA, des nouveaux usages de mobilité et de l’innovation durable, de nouvelles chaînes de valeur se construisent, de nouveaux écosystèmes redéfinissent les règles du jeu. À l’échelle mondiale, le domaine “se déplacer” pourrait représenter plus de 5 000 milliards de dollars de PIB supplémentaire d’ici 2035. 

Explorer le programme prospectif Value in motion 

Culture et gouvernance de la réinvention

Comment la culture d'entreprise d’INDIGO lui permet-elle de devenir le leader d'une ville apaisée, où mobilité et tranquillité arrivent à cohabiter ?

Sébastien Fraisse – INDIGO a toujours été une entreprise innovante, avec un état d'esprit dynamique et un certain esprit de conquête. Nous avons toujours eu à cœur d'être leader dans la capacité à montrer la voie, modestement, et à essayer d'imaginer ce que pourrait être le futur.  

Si la transformation n’entraîne pas chez nous de choc culturel, il faut en revanche un accompagnement permanent pour cultiver l'agilité. Nos collaborateurs attendent d’être rassurés sur notre vision. 

« INDIGO sera toujours dans Paris dans 10, 20 ou 30 ans, mais sur un modèle un peu différent. »

Sébastien Fraisse,Président du directoire du groupe INDIGO

Dans le cas de Paris, où la question de la voiture est la plus prégnante, leur dire que tout va rester comme avant non seulement ne les rassurerait pas – ils n’y croiraient pas – mais les inquiéterait. En revanche, partager une vision très claire d’un Paris avec peut-être un peu moins de voitures, mais où INDIGO va créer de la valeur au travers de nouveaux services, permet de se projeter et donne envie de co-construire la suite.  

La réinvention se prépare-t-elle dans un département innovation dédié ? 

Sébastien Fraisse – L'expérience nous a montré que, quand on confie l'innovation à des directions opérationnelles qui ont déjà sur leurs épaules la responsabilité de faire avancer le business, on peut vite se trouver limité par la contrainte, voire la tyrannie, de l’activité courante. Il faut donc créer une forme d'énergie, qui aboutit à ce que, chez INDIGO, l’innovation est un peu partout. Notamment dans les blocs métiers, où innovation, techno et business vont de pair. 

En revanche, la transformation de notre core business model, qui a vocation à se déployer au-delà des frontières d'un pays, avec la mise en œuvre dans les parkings d’activités parfois très éloignées de l'activité de stationnement, relève de logiques et expertises différentes, cristallisées au sein d’une nouvelle direction de la mutation urbaine. Cette direction, très orientée infrastructure et développement immobilier, développe les concepts et les propose aux business units territoriales, nativement plus orientées clients finaux (les automobilistes). 

« Orchestré au niveau du Comex, le dialogue à plusieurs voix permet d’innover au plus près des attentes des villes et des personnes, qui peuvent varier selon les pays. »

Sébastien Fraisse,Président du directoire du groupe INDIGO

L’expérience d’INDIGO illustre concrètement une dynamique aujourd’hui à l’œuvre dans de nombreux secteurs : la nécessité de se réinventer sans renier son ADN, en explorant de nouveaux relais de création de valeur au‑delà des frontières traditionnelles de son métier. 

Cette trajectoire fait écho aux enseignements de la 29e Global CEO Survey de PwC, qui met en lumière la volonté croissante des dirigeants d’aller chercher la croissance par adjacence, dans un contexte de reconfiguration profonde de l’économie. 

PwC analyse et modélise ces mouvements dans son programme prospectif Value in motion, qui décrypte la manière dont les mégatendances redessinent les chaînes de valeur, déplacent les sources de revenus et obligent les organisations à repenser leurs choix stratégiques. 

Autant de signaux qui convergent vers une même conviction : dans un monde en transformation rapide, la capacité à comprendre les déplacements de la valeur et à engager des mouvements réfléchis devient un facteur clé de résilience et de création de valeur durable. 

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Jean-Paul Bouteloup

Jean-Paul Bouteloup

Directeur Marketing, PwC France et Maghreb

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