Face à la crise, regards croisés

COVID-19 : plus d’une cinquantaine de personnalités de la société civile ou de la sphère économique partagent leurs ressentis et réflexions nés de la crise.

Première pierre du programme Reconstruire initié par PwC France en plein confinement, Face à la crise, regards croisés met en perspective les points de vue de personnalités interrogées entre les mois de mars et mai : dirigeants de grandes entreprises, ETI, entrepreneurs, investisseurs, représentants syndicaux, autorités religieuses, philosophes, journalistes, etc.

Rassemblés autour d’une quinzaine de thématiques, ils laissent apparaître des points de convergence ou de divergences. L'inquiétude qui s'y exprime souligne l’urgence des mesures à prendre à court terme et la nécessité de refonder nos priorités humaines, sociétales et environnementales.

Le ressenti sur la crise

Une tonalité alarmiste 

Le sentiment d’une brutalité sans précédent domine. Une crise brutale par son ampleur, sa forme inédite et par la longueur anticipée de sa durée. Ce n’est pas le déconfinement mais l’arrivée d’un vaccin qui en détermine l’horizon de sortie. D’ici là, l’instabilité demeurera la règle. 

La crainte de conséquences sociales et politiques en cascade, que la France ne pourrait supporter, est unanimement redoutée.

Cette crise a également révélé l’affirmation de l’humain sur l’économie. De nombreux témoignages de solidarité et d’inventivité observés sur le terrain nous ont été partagés. Ils sont porteurs d’espérance. 

« L’humain instille la confiance. (…). Et sans confiance il n’y a pas d’économie qui tienne ! On doit réinstaller la vocation humaniste à tous les niveaux de la société et de l’économie. »

Haim Korsia - Grand Rabbin de France

Un appel à une mobilisation d’urgence 

Éviter les faillites

Le sentiment d’urgence s’exprime également dans la nécessité d’agir dès maintenant pour éviter les nombreuses faillites. Une attention toute particulière doit être portée sur les PME / TPE / ETI qui ont été à l’arrêt complet, et qui n’ont pas la trésorerie pour survivre.

Éviter les conflits sociaux

Une rapidité d’action est aussi souhaitée pour faire preuve de solidarité, notamment envers les premières lignes « qui ont tenu l’économie ». La crise ayant exacerbé le sentiment d’injustice et d’inégalité, un véritable dialogue social doit avoir lieu dès maintenant pour éviter les fractures.

« Le sort des uns et des autres est directement lié, à l’échelle de la planète. C’est vrai sur le plan économique, c‘est vrai sur le plan social, c’est vrai sur le plan environnemental »

Bernard Thibault - Représentant travailleur au CA de l’Organisation Internationale du Travail et ancien Secrétaire Général de la CGT

Une reconstruction autour de 4 axes

Le retour au local

Le retour au « local » tout d’abord, dicté par une nécessaire reprise de souveraineté. Ce retour au local est anticipé à la fois sur la relocalisation industrielle et sur un désir de consommation, notamment alimentaire, en circuit court. 

Mais un grand nombre des interlocuteurs interrogés restent dubitatifs sur la réalité de la relocalisation. La possibilité d’une « grande illusion » n’est pas exclue : savons-nous encore produire localement ? Comment réconcilier le coût des produits locaux avec la perte de pouvoir d’achat qui s’annonce ? Et surtout, comment éviter le corollaire d’une dérive nationaliste et protectionniste aux effets encore plus néfastes ?

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L’accélération digitale

La transformation digitale est désormais jugée vitale : les entreprises qui ne l’ont pas compris ne survivront pas à la crise. 

Mais cette accélération porte aussi ses dangers : la vulnérabilité accrue face au risque cyber, qui pourrait provoquer la prochaine crise, et l’absence criante de souveraineté numérique en France et en Europe. De plus, l’accélération digitale pose également la question du respect des données et des libertés publiques et interroge sur le coût social associé, avec d’une part une fracture numérique accentuée, d’autre part une disparition accélérée de nombreux métiers. 

 

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L’exigence de protection sanitaire

L’industrie de santé devra adopter une stratégie pour mettre fin à sa dépendance et aider le système hospitalier à se remettre du choc subi. Cette exigence sera d’autant plus forte que la crise a renforcé l’attachement à la sécurité sociale et sanitaire. Nombre de nos interlocuteurs ont ainsi souligné que l’exigence de santé représente une formidable opportunité économique que la France doit saisir. Mais qui repose la question de l’équilibre entre les financements publics et privés pour répondre à cette attente. 

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Le retour vers les essentiels

La crise et le confinement ont rappelé la fragilité des besoins et libertés essentiels, que l’on tenait pour acquis. Les secteurs de première nécessité sortent revalorisés de la crise. Et l’agriculture a fait un grand retour en force. Ce recentrage vers les essentiels correspondant également à une aspiration forte de consommation, déjà notée avant la crise : une consommation locale et de qualité, notamment dans le secteur alimentaire.

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« Il va falloir réhabiliter la notion de responsabilité individuelle, et ce au moment même où il y aura une explosion des inégalités sociales »

Augustin de Romanet - Président-Directeur Général, Groupe ADP

L’entreprise post-crise

Si là encore, l'incertitude domine, trois caractéristiques majeures convergent pour dresser le portrait de l’entreprise post-crise qui saurait établir un nouveau pacte entre toutes ses parties prenantes, être capable de résilience et mettre le travail à distance au centre de son organisation.


Un nouveau pacte économique, social et écologique 

L’entreprise renforcée sera d’abord celle qui saura mettre en place ce nouveau pacte, l’inscrire dans sa raison d’être, et placer la solidarité au centre de ses valeurs. 

Deux axes forts de solidarité émergent : le partage de la valeur au-delà de l’actionnariat ; la capacité à former, replacer, reconvertir, accompagner toutes les personnes qui subissent déjà, ou vont subir, les conséquences de la crise. 

Mais face à la pression du sanitaire, de l’économique et du social, l'écologie ne va-t-elle pas être reléguée au second plan ? Au vu des retours, la question se pose.

 

« Accompagner les reconversions professionnelles va devenir central pour les entreprises. Il va falloir préserver des emplois, ré-orienter et s’occuper, encore plus aujourd'hui, de toutes les personnes qui ont des compétences dites obsolètes après cette crise. »

Anthony Babkine, Président et Co-fondateur, Diversidays

Profiter de l’incertitude pour devenir résilient

Réussir à se transformer avec cette crise, et non pas seulement résister au choc, pourra distinguer les entreprises qui sortiront renforcées de celles qui seront amoindries ou qui ne survivront pas. La résilience des entreprises, c’est en premier lieu la survie par la solvabilité. Mais aussi l’acceptation du risque dans son modèle culturel et opérationnel. L’entreprise résiliente sera aussi celle capable de s’extraire du résultat court terme pour intégrer la réflexion et la performance à long terme. 

 

Le télétravail au centre de l’organisation

C’est unanime : le télétravail, ayant fait la preuve de son efficacité, il est appelé à durer. Mais il a également révélé l'importance de l’interaction humaine, et doit amener à repenser le sens des échanges physiques et le rôle des locaux.

 

Le rôle attendu de l’État, de l’Europe et de la Finance

L’attente d’un État plus efficace

S’il est reconnu que l’État a joué son rôle protecteur pendant la crise, l’inefficacité de l’administration publique dans la gestion sanitaire de la crise a été très majoritairement décriée. Améliorer l'efficacité de l’État est une priorité absolue et pour beaucoup, cela passe par une décentralisation accrue.

L’Union Européenne comme rempart

Le manque de solidarité constaté entre pays de l’Union Européenne et le retour des États souverains ont, de l’avis général, porté un coup grave à l’Europe. Pourtant, l’Union Européenne « rempart » pour rivaliser avec les blocs chinois et américain semblerait tenir le choc. Le mariage de raison devrait perdurer et constituer une alternative à la dérive protectionniste. Plusieurs personnes interrogées pronostiquent même un retour sur le devant de la scène du modèle européen, plus social et écologique.

La Finance, un rôle essentiel mais moins visible et plus concret

La grande majorité des personnes interrogées a salué le soutien indispensable qu’elle a joué, même si elle n’a pas toujours été aussi visible que d’autres secteurs. Le système financier est aujourd’hui jugé stable, mais la question de la longévité de cette stabilité est souvent revenue. Il sera pourtant indispensable d’avoir des banques fortes qui joueront un rôle central dans le financement de l’après-crise.  

« Dans les 15-20 dernières années on a voulu séparer l’économie et l’Etat ; je prédis que dans les 15-20 prochaines, l’Etat et le gouvernement seront omniprésents et visibles dans l’économie. »

Isabelle Hudon - Ambassadrice du Canada en France et à Monaco

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