Entretien avec Jean-Christophe Georghiou

Jean-Christophe Georghiou est associé chez PwC, commissaire aux comptes et expert-comptable. Après avoir occupé différents rôles dans le management (responsable des activités d’audit et de business advisory services et précédemment responsable des ressources humaines pour l’audit), il audite de grands groupes du CAC 40 et participe au comité stratégique de PwC sur des sujets en relation avec les parties prenantes du monde politique et réglementaire.

Comment voyez-vous, à travers vos métiers, la contribution de PwC dans la société ?

« J’essaie toujours de partir de notre raison d’être, qui, selon moi, décrit bien notre contribution à la société. »

Jean-Christophe Georghiou, Associé chez PwC, commissaire aux comptes et expert-comptable

J’essaie toujours de partir de notre raison d’être, qui, selon moi, décrit bien notre contribution à la société : participer à la création de la confiance et résoudre d’importants problèmes. Notre métier d’audit occupe une place importante dans le système économique : nous donnons de facto, à travers notre signature, un avis indépendant sur la santé de l’entreprise. Au travers de nos activités de conseil et de maîtrise des risques, nous aidons les dirigeants dans leur prise de décisions. Nos avis aident ainsi les entreprises mais aussi les investisseurs à s’orienter sur les marchés financiers. Tous les jours, nous donnons des points de repère et identifions des incertitudes et des risques. Cela ne veut pas dire que nous connaissons la vérité, mais, grâce à notre expérience et nos expertises, nous sommes capables de donner des éclairages.

Pouvez-vous nous en dire plus sur la stratégie “ Société, Client, People” de PwC France ?

Nous ne pratiquons pas nos activités de manière hors sol. Nos impacts sur la société dépassent les impacts évidents. Ainsi à titre d’illustration, dans un système fiscal mondial complexe et en évolution constante, notamment du fait de la globalisation et de la digitalisation de l’économie, nous voyons et comprenons à la fois les besoins et les difficultés des entreprises et des administrations fiscales. Je crois que notre rôle est aussi, de par notre position, d’assurer le lien entre les entreprises, les administrations et les organes législatifs. Nous avons la responsabilité de partager notre connaissance et de fournir des éclairages aux différentes parties prenantes. Dans les activités de conseil, nous sommes plus sur des sujets de performance et de stratégie : nous aidons notre client à grandir, à être plus efficient, plus performant. Ici encore, je crois que notre raison d’être et nos valeurs nous conduisent à donner des éclairages, des avis et des recommandations qui prennent en compte les intérêts de toutes les parties prenantes ; pour un conseil que je qualifierais de durable.

Nous avons notre part de responsabilité vis-à-vis de l’intérêt général qui n’est pas la chasse gardée du politique ou des ONG. Nous avons une conscience aigüe du fait que nous ne pouvons pas donner du sens à nos actions ou à nos recommandations sans prendre la mesure de leurs impacts sur la société.

Comment conduisez-vous ces actions dans la société ?

« Nous souhaitons vraiment faire partie de l’écosystème pour l’améliorer. »

Jean-Christophe Georghiou, Associé chez PwC, commissaire aux comptes et expert-comptable

Les actions comptent plus que les mots. Reprenons l’exemple de la fiscalité. Les décisions législatives sont bien évidemment prises par les instances politiques et sont ultimement du ressort politique. Nous pensons que nous sommes légitimes pour donner des éclairages aux gouvernements et parlementaires sur ce qui se passe en entreprise et inversement. Nous souhaitons vraiment faire partie de l’écosystème pour l’améliorer – il en va du bon fonctionnement de notre économie, des relations entre Etats, de la société et au bout du compte de la démocratie que nous chérissons. Il est vrai que participer au débat n’est pas toujours la partie la plus aisée avec certains interlocuteurs ! 

Est-ce que vos actions vous amènent vers des pratiques éloignées de celles qui sont faites aujourd’hui ? Avez-vous un impact positif ?

Je pense que la redéfinition de notre raison d’être il y a quelques années et la montée en puissance de la prise de conscience de notre responsabilité sociétale nous conduisent à davantage exprimer nos points de vue et positions. Nous devons le faire avec humilité mais nous pouvons encore plus contribuer aux débats.  La création de la F3P (Fédération française des firmes pluridisciplinaires) il y a 2 ans nous a ainsi permis d’être auditionné au nom de la profession par des commissions parlementaires. Nous avons par exemple été sollicités pour donner notre éclairage sur le dispositif anti-fraude fiscale en France. Des échanges parfois très techniques ont également lieu au niveau européen ou avec l’OCDE.  En aucun cas, nous ne faisons du lobbying pour aider nos clients.

Comment luttez-vous contre les conflits d’intérêts qui peuvent ressortir dans le cadre de cette relation bipartite/tripartite ?

« PwC a le devoir de partager son expérience et d’aider les mondes économiques, civiles et politiques à se réconcilier c’est-à-dire, pour commencer, à mieux se comprendre. »

Jean-Christophe Georghiou, Associé chez PwC, commissaire aux comptes et expert-comptable

Nous avons des procédures très strictes pour éviter toutes situations de conflit d’intérêt qui lorsqu’elles se présentent nécessitent que les parties prenantes échangent entre elles pour résoudre le problème. Plus fréquentes sont les situations de perception de conflit d’intérêt qui peuvent être tout aussi dommageables et pour lesquelles nous avons aussi des règles strictes pour veiller aux intérêts de chacun. Ceci étant dit, je revendique à titre personnel que nul n’est seul dépositaire de l’intérêt général et que PwC a le devoir de partager son expérience et d’aider les mondes économiques, civiles et politiques à se réconcilier c’est-à-dire, pour commencer, à mieux se comprendre.

Comment pensez- vous pouvoir jouer ce rôle de trait d’union entre les organisations civiles, les entreprises et le gouvernement ?

Je vois ça plutôt dans une optique de conciliation. Nous publions, par exemple, des études que nous présentons au Global Solutions Summit et au T20 (sommet de Think Tanks qui contribuent à préparer chaque G20) qui vont dans le sens de cette réconciliation entre l’économie, la société et l’entreprise. Nos dernières recommandations ont été portées par des représentants PwC au G20 d’Osaka.

Pensez-vous que votre métier évoluera dans futur ?

« Ce monde change vite et notre capacité d’adaptation et de « compréhension holistique de ce qui se passe » feront la différence. »

Jean-Christophe Georghiou, Associé chez PwC, commissaire aux comptes et expert-comptable

Si je me focalise sur l’audit, notre mission sera toujours de contribuer à la confiance mais, je l’espère, sur des champs beaucoup plus variés. La technologie va supprimer beaucoup de tâches de nature transactionnelle. L’intelligence artificielle permettra non seulement de traiter des volumes encore plus importants de données mais aussi de mettre en exergue des anomalies ou des tendances plus rapidement que ne nous le permettent les outils actuels. Nous serons plus rapides et plus précis. Les informations recueillies devront être interprétées car tout n’est pas de nature transactionnelle. Le jugement et la qualification éthique et émotionnelle sont de l’ordre de l’humain. L’accent sur les compétences humaines de nos associés et collaborateurs n’est pas près de s’estomper, au contraire ! Nous avons besoin de nous approprier les nouveaux outils et de développer les qualités relationnelles nécessaires pour pouvoir répondre au monde dans lequel nous évoluons. Ce monde change vite et notre capacité d’adaptation et de « compréhension holistique de ce qui se passe » feront la différence. Nous avons besoins de personnes qui possèdent un socle de valeurs d’indépendance et de courage.

Ce n’est donc pas un risque mais plutôt une adaptation qui vous aidera à avoir une finesse d’analyse plus importante ?

Ne simplifions pas les choses. Nous avons besoin de réussir notre adaptation aux changements – ceci comporte de nombreuses facettes : savoir intégrer par exemple une technologie disruptive qui permette d’aller encore plus vite ; savoir aider nos associés et collaborateurs à comprendre et maîtriser les nouvelles technologies ; œuvrer pour que les réglementations évoluent aussi ; œuvrer pour améliorer encore notre capacité d’inclusion de profils et d’idée différente… Magnifiques challenges qui mettent l’humain au cœur du sujet.

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