Entretien avec Fella Imalhayene

Fella Imalhayene, Déléguée générale, Global Compact France

Fella Imalhayene est la déléguée générale du Global Compact France, un réseau international d’entreprises engagées en faveur du développement durable sous l'égide de l'ONU. En France, le Global Compact compte plus de 1 000 adhérents dont une moitié de PME/TPE et accompagne les entreprises dans le respect des droits humains, des normes internationales du travail, de l’environnement et de la lutte contre la corruption. 

Accompagnez-vous les entreprises sur le volet opérationnel ?

« Nous travaillons aussi avec des grands groupes qui ont une plus grande maturité et plus de ressources pour intégrer les ODD. »

Fella Imalhayene, Déléguée générale, Global Compact France

Oui. Le Global Compact s'est vu remettre, par les Nations Unies, la mission de rendre opérationnels les Objectifs de Développement Durable (ODD) dans le secteur privé. Notre activité consiste à faciliter l'échange de bonnes pratiques entre nos adhérents à travers des ateliers, des publications, des newsletters, et à les accompagner dans la rédaction de leur reporting et la formalisation de leurs actions sur des sujets spécifiques aux ETI et PME. Nous sommes surtout des apporteurs de pratiques. Nous travaillons aussi avec des grands groupes qui ont une plus grande maturité et plus de ressources pour intégrer les ODD.

Pouvez-vous nous parler de la première version de la feuille de route des Objectifs de Développement Durable et nous dire comment s’organise la prise de décision ?

C'est le fruit de plusieurs groupes de travail réunissant des acteurs ayant des visions différentes sur la question des ODD. Dans la feuille de route, on trouve un recueil des politiques françaises ODD par ODD et une liste d’engagements autour des enjeux des entreprises. En termes de gouvernance, la rédaction de la feuille de route est un travail collaboratif. L’autorité ne revient pas à l’Etat seul. Notre principal obstacle aujourd’hui est la sémantique : quand les collectivités parlent de trajectoire ou de plan d’actions, cela n'a pas la même signification que pour les entreprises ou les ONG. Nous essayons de construire cette sémantique pour pouvoir travailler à la mise en œuvre d’indicateurs de performance communs capable de rendre compte de la contribution globale de la France aux ODD. 

Y a-t-il eu un audit de la situation globale française ?

« Côté entreprise, nous devons réussir à chiffrer la feuille de route pour que les entreprises françaises puissent rendre compte de leurs résultats. »

Fella Imalhayene, Déléguée générale, Global Compact France

Oui, l’INSEE a identifié 99 indicateurs qui permettent à la France de suivre les ODD. Mais le niveau à atteindre n’est pas encore déterminé. Un organisme international indépendant (le SDSN) a analysé pour chaque pays dans le monde, l’atteinte des ODD, la France se tient en bonne position, pour autant elle est toujours en développement et de nombreux efforts sont à faire. Coté entreprise, nous devons réussir à chiffrer la feuille de route pour que les entreprises françaises puissent rendre compte de leurs résultats. Une proposition législative a été faite de structurer le budget national par rapport aux ODD. C’est à suivre !

Comment voyez-vous les prochaines échéances dans les années à venir ?

Cela dépend. Pour les entreprises, le travail qui est fait au niveau national va aboutir à un corpus sectoriel d’indicateurs ; elles devront alors chiffrer leur contribution aux ODD, sans que cela devienne réglementaire. Le Global Compact France aide les PME, ETI et TPE à comprendre comment leur démarche sociétale pourrait correspondre aux ODD tout en augmentant leurs performances et leur avantage concurrentiel. Nous sommes encore loin d’avoir établi des indicateurs partagés et pertinents. Au niveau international, des investisseurs et des agences de notation développent des méthodologies basées sur le chiffre d’affaires et les actions internes menées par les entreprises sont en cours de développement.

Comment expliquez-vous que les délais soient aussi longs par rapport à la sortie des ODD en 2015 ?

« La France, en tant qu’État, était très investie dans la COP21 et dans l’Accord de Paris mais a laissé passer l’opportunité de construire un plan national sur le développement durable. »

Fella Imalhayene, Déléguée générale, Global Compact France

La France, en tant qu’État, était très investie dans la COP21 et dans l’Accord de Paris mais a laissé passer l’opportunité de construire un plan national sur le développement durable. Elle n’a pas su expliquer que cette feuille de route concerne, certes l’aspect international de la France dans le soutien au développement, mais aussi tous les citoyens, le tissu économique dans son ensemble. Les ODD imposent une collaboration complète de l’ensemble des acteurs. Il faut apprendre à travailler ensemble.

Que pensez-vous des démarches existantes et voulez-vous y apporter une simplification ?

Toutes les démarches mises en œuvre doivent contribuer à atteindre les ODD mais je ne suis pas sûre qu’il y ait une simplification possible pour les entreprises. Les ODD sont un bon moyen pour sensibiliser les collaborateurs ; c’est une synthèse de tous les enjeux auxquels nous devons faire face et elle touche, de manière très intime, chacun de nous sur des sujets tels que la justice, la paix, l’égalité Femmes-Hommes et le bien-être. Cependant, leur mise en œuvre est plus complexe. Il faudrait que l’impact négatif de l’activité de l’entreprise puisse être minimisé et que sa contribution positive soit maximisée...

Travaillez-vous sur des sujets d’entreprise à mission, d’entreprise à impact positif ?

« Les entreprises essaient de relier l’ensemble de leur stratégie business aux ODD et leur raison d’être se voit plus facilement. »

Fella Imalhayene, Déléguée générale, Global Compact France

Ces sujets sont en lien direct avec les ODD car ils permettent à l’entreprise d’enrichir sa démarche RSE et, de façon plus générale, de s’interroger sur sa contribution aux grands enjeux. C’est donc complètement lié. Les stratégies RSE se construisent et se déclinent par rapport aux ODD.  Les entreprises essaient de relier l’ensemble de leur stratégie business aux ODD et leur raison d’être se voit plus facilement. Il faut aussi qu’elles s’attendent à ce que les investisseurs et les agences de notation ajustent leur méthodologie de calcul et s’intéressent davantage à l’impact négatif de leurs activités. Un pan de la décision se trouve entre les mains des pouvoirs publics.

C’est une approche nouvelle de parler d’externalités négatives ?

Cela fait longtemps que, dans les démarches RSE, les entreprises cherchent à minimiser leurs externalités négatives. En France, nous avons une tendance à enjoliver ! Ce qui est vraiment nouveau, à mon avis, c’est que les 17 ODD amènent une vision globale et que les entreprises construisent leur reporting sur les ODD de manière volontaire en identifiant ce qui les intéressent le plus. Du fait que l’ensemble des indicateurs ne sont pas challengés, nous voyons apparaître une certaine méfiance de la société envers les entreprises et une tendance à l’ODD washing. Mais, d’une manière générale, nous sommes tous dans une démarche de progrès.

Le Global Compact a observé quatre façons de s’approprier les ODD :

Rattacher un cœur de métier à un ODD phare :

dire « je suis dans le secteur de l’énergie, je réalise un pourcentage de mon activité dans les énergies renouvelables alors je suis concerné par l’ODD 7 ».

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Faire un exercice de correspondance :

les entreprises, qui ont une stratégie RSE, se posent la question de rattacher leurs actions à un ODD en particulier. Ce n’est pas encore une appropriation optimale des ODD car elles ne s’interrogent pas sur leur impact par rapport aux ODD.

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Utiliser les ODD comme un outil stratégique pour identifier les enjeux RSE :

l’entreprise interroge ses parties prenantes pour savoir à quel ODD elle pourrait répondre. Ce dialogue permet aux entreprises de découvrir et de mettre en œuvre des ODD auxquels elles n’avaient ou n’auraient pas pensé. En France, les ODD 1 et 16 sont les moins adressés par les entreprises.

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Concevoir des produits et services qui répondent directement à des ODD.

Pour accompagner les entreprises qui portent des projets de cette nature, le secteur bancaire se mobilise aujourd’hui pour apporter des réponses à leur financement. 

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