Prévenir et faire face aux risques liés à la radicalisation en entreprise

Retour sur les temps forts de la conférence PwC du 20 mars 2018

Près de 70 professionnels d’entreprises de secteurs variés étaient présents à la Chambre de Commerce et d’Industrie Bourse à Paris à la conférence organisée  par PwC en partenariat avec le Centre de Prévention de la Radicalisation Menant à la Violence (CPRMV), le 20 mars dernier.

Cet évènement a été l’occasion d’échanger sur la gestion des risques liés à la radicalisation en milieu professionnel.

Radicalisation : une problématique qui ne peut plus être ignorée par le milieu professionnel

La conférence s’est ouverte par l’allocution de la Directrice de l’INHESJ (Institut National des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice), Madame Hélène Cazaux-Charles, rappelant toute la gravité du sujet de la radicalisation et son caractère protéiforme qui ne doit pas être exclusivement appréhendé sous le prisme de l’idéologie religieuse.

 « En France, nombre de personnes qui basculent dans la radicalisation violente sont des personnes nées sur le territoire national, qui y ont vécu et qui ne sont pas forcément de confession musulmane. […] Il s’agit d’individus complètement desinsérés socialement, comme il peut s’agir d’individus issus de milieux extrêmement favorisés et cultivés, ayant fait les grands cursus habituels de notre élite ».

Ce phénomène a nécessité une réaction rapide des pouvoirs publics avec la mise en place d’un plan de lutte contre la radicalisation violente dès 2014. Selon la magistrate, le secteur privé doit nécessairement être impliqué à cette démarche, dorénavant portée au plan national. Annoncé le 23 février 2018 par le Premier ministre, un nouveau plan national de prévention de la radicalisation détaille des mesures complémentaires visant à mieux prévenir la radicalisation en entreprise.

Ces mesures concernent notamment :

  • le renforcement de la sensibilisation en milieu professionnel,
  • la mise en place de groupes d’évaluation départementaux (GED),
  • la nomination d’un référent pour la prévention de la radicalisation dans les Directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (DIRECCTE),
  • la nécessité d'associer les partenaires sociaux à la démarche de prévention.

« La question de la prévention est clé pour protéger l’entreprise de plus en plus menacée par la radicalisation potentielle de collaborateurs »,

déclare Hélène Cazaux-Charles.

D’après Herman Deparice-Okomba, Directeur du CPRMV, les dirigeants ont aujourd’hui tout intérêt à être proactifs afin de créer une culture de la sensibilisation propre à leur entreprise.

Les 3 points à retenir

  • Les entreprises constituent, par leurs activités sensibles ou leur dimension symbolique, des cibles potentielles du terrorisme. Les dirigeants doivent s’impliquer davantage dans le développement d’une culture de la prévention de la radicalisation au sein de leur entreprise.
  • Les chefs d’entreprises se sentent parfois démunis face à un phénomène encore largement incompris et estiment disposer de peu de leviers pour s’en prémunir.
  • Mais les entreprises bénéficient du soutien actif des pouvoirs publics et de la société civile. Le dialogue qui a été amorcé avec l’Etat doit se poursuivre pour renforcer la prévention. Des outils spécifiques à destination des entreprises existent aujourd’hui.

« Sensibilisation, encadrement et vigilance : l’importance d’une pédagogie des risques »

Michel Mathieu, PDG de Securitas France, a ouvert la table ronde en rappelant que les cas extrêmes de radicalisation de salariés pouvaient entrainer des évènements catastrophiques tels que l’attaque ciblant la société Air Products de Saint-Quentin Fallavier en 2015 et celle de la boîte de nuit gay « The Pulse » à Orlando aux Etats-Unis, en 2016, tuant 50 personnes.

Ces évènements rappellent qu’aujourd’hui, les entreprises sont des cibles potentielles, en particulier celles qui pratiquent des activités sensibles dans les secteurs stratégiques d’importance vitale ou présentant des caractéristiques spécifiques (statut, symbolique, taille, etc). Selon le Président de Securitas France, les entreprises devraient apprendre très tôt à identifier l’ensemble des « signaux faibles » pouvant aboutir au stade ultime de la radicalisation, à savoir, le basculement de l’individu dans la violence.

Une vision partagée par Jean-Luc Placet, Associé PwC spécialiste des questions en ressources humaines, évoquant l’importance de la « compréhension de ces phénomènes de société » par les décideurs et la mise en place de « mécanismes d’encadrement et de prévention » à tous les niveaux décisionnels de l’entreprise. Ces initiatives doivent être accompagnées par « le développement du management participatif » et de mesures « facilitant les échanges entre collaborateurs ».

Si l’employeur doit apporter une réponse sécuritaire, Herman Deparice-Okomba, Directeur du CPRMV, souligne qu’il doit avant tout insuffler une pédagogie managériale de « vigilance bienveillante » au sein de ses équipes. Celle-ci doit s’appuyer sur une approche non-stigmatisante et non-discriminante auprès des salariés soupçonnés de radicalisation.

« Il faut d’abord comprendre, analyser et observer les changements de comportements de l’individu. Le pire pour un chef d’entreprise est de confronter le salarié à lui-même ». Herman Deparice-Okomba

Avec la participation de :

Hélène Cazaux-Charles, magistrate, devient en 2012 conseillère juridique auprès du ministère de l’intérieur puis, à partir de 2014, conseillère pour la Justice auprès du Premier ministre. Depuis octobre 2016, elle dirige l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice.

Herman Deparice-Okomba, politologue de formation et spécialiste des questions de radicalisation et de terrorisme. Ancien responsable des dossiers sociaux au Service de police de la ville de Montréal, il devient Directeur Général du Centre de Prévention de la Radicalisation Menant à la Violence (CPRMV) en 2015.

Michel Mathieu, diplômé de l’école nationale d’ingénieurs de Saint-Etienne, et titulaire d’un MBA de l’EM Lyon. En 2001, il succède à Patrick Coutand à la direction des activités françaises de Securitas avant de devenir en 2004, Président-Directeur Général de Securitas France.

Des débuts prometteurs mais encore insuffisants

La marge de manœuvre pour les entreprises confrontées à des cas de radicalisation est jugée très étroite par Michel Mathieu.

« Quand bien même les décideurs disposeraient d’informations relatives à la présence d’individus fichés S dans leur entreprise, ils n’ont aucun levier pour pouvoir mettre en œuvre des mesures préventives ». Michel Mathieu

Les chefs d’entreprise s’interrogent souvent sur leur rôle et se trouvent démunis pour faire face à un cas avéré de radicalisation; souvent seuls face à leurs décisions et à leur responsabilités en tant que citoyen, entrepreneur, vis-à-vis des actionnaires et de l’opinion publique. En cas de mise à l'écart, la chaîne de commandement est en effet directement exposée aux potentielles poursuites judiciaires et aux conséquences médiatiques associées.

En réponse à ces interrogations, Jérôme Cochet, Associé PwC Société d’Avocats, avocat spécialiste du droit du travail, rappelle que des solutions existent et apporte un éclairage sur la marge de manœuvre du dirigeant. Il a également présenté certains outils juridiques et managériaux utilisables par les entreprises tout en mettant en parallèle les mesures mises en place par les pouvoirs publics. 

En partenariat avec :

La matinée s’est conclue par l’intervention de Françoise Bergé, Associée PwC, en charge des expertises en Gestion des risques pour PwC France et Afrique Francophone. Madame Bergé a insisté sur le fait que le chaîne de commandement ainsi que les services dédiés au management des risques devaient porter une attention toute particulière aux actions de formation sur le sujet. Une vraie nécessité pour les entreprises qui ont besoin de clés de lecture et d'outils pour aborder le phénomène de radicalisation avec discernement et y apporter une réponse adaptée et opérationnelle.

{{filterContent.facetedTitle}}

{{contentList.dataService.numberHits}} {{contentList.dataService.numberHits == 1 ? 'result' : 'results'}}
{{contentList.loadingText}}

Contactez-nous

Olivier Hassid

Associé en charge des activités de conseil en Sécurité, Sûreté et Intelligence économique, PwC France

Tel : +33 1 56 57 75 16

Françoise Bergé

Associée Risques, Contrôle Interne et Conformité, PwC France

Tel : +33 1 56 57 81 59

Suivez-nous !