Thierry Charron, Philippe Kubisa, associés Global Capital Markets Group, PwC.
Longtemps réclamé par les Small & Mid Caps, le transfert de titres du marché réglementé vers Alternext est désormais possible.
Une mesure accueillie avec intérêt par beaucoup d’émetteurs qui y voient l’opportunité de se soustraire à des règles vécues comme contraignantes et coûteuses :
Toutefois, la perspective d’un gain immédiat ne doit pas entraîner les dirigeants et les comités d’audit à négliger l’analyse exhaustive des enjeux à plus long terme liés à ce transfert.
En particulier, la société pourrait s’exposer à des risques majeurs sur :
Et ce n'est pas tout ! Le succès du transfert dépendra aussi de la justification de ces éléments présentée à la prochaine AGE ou mixte qui le décidera (juin 2010) et, par la suite, en partie, de la qualité de la communication financière fournie.
Depuis quelques années, les sociétés cotées, et notamment celles de taille moyenne, dénoncent l'alourdissement des contraintes pour les sociétés d'Euronext et leurs conséquences en termes de coût et de structure. Clairement, ces contraintes sont d'autant plus difficiles à supporter pour les valeurs petites et moyennes.
La loi Brunel du 19 octobre 2009 a été votée dans cette logique de simplification. Elle offre dorénavant la possibilité aux sociétés cotées sur Euronext de transférer leurs titres sur Alternext. En effet, Alternext a été créé comme un tremplin pour aider les petites et moyennes entreprises à se familiariser avec la Bourse avant d'envisager un transfert sur Euronext avec des contraintes plus importantes liées au statut de marché réglementé.
Cette évolution, appelée par les organisations représentatives des valeurs moyennes, a été relayée par le gouvernement, qui cherche à faciliter l'accès des petites et moyennes sociétés aux marchés financiers. Dès lors, on aurait pu penser que des dizaines de sociétés allaient profiter de cette opportunité. Mais surprise, à ce jour, à peine une dizaine de sociétés ont finalement opté pour le transfert sur Alternext.
Alors pourquoi cette prudence ? En réalité, la recherche des avantages immédiats liés à l'opération ne doit pas amener les dirigeants et les comités d'audit à négliger l'analyse exhaustive des enjeux liés à ce transfert à plus long terme.
Quels allégements offerts par le transfert vers Alternext ?
Les sociétés qui optent pour le transfert vers Alternext bénéficient d'allègements propres au marché régulé. Illustrations :
Quelles sociétés peuvent bénéficier de ce transfert ?
Seules les sociétés dont la capitalisation boursière est inférieure à un milliard d'euros sont éligibles au transfert d'Euronext vers Alternext.
Egalement, elles doivent satisfaire aux exigences d'Euronext pour procéder à leur admission sur Alternext et ainsi être en mesure de :
Plusieurs étapes sont requises pour le transfert :
Quels sont les critères à prendre en compte pour fonder la décision ?
Au-delà des bénéfices immédiats régulièrement évoqués et rappelés ci-dessus, le secteur, la taille de l'entreprise, la complexité des activités et du périmètre, ainsi que la physionomie de la concurrence, sont autant de critères à examiner pour parvenir à une décision optimale.
Toutes les obligations héritées d'Euronext ne sont pas abolies, et certaines sont propres à Alternext, donc nouvelles pour les sociétés transférées
Malheureusement, le transfert n'est pas synonyme d'abandon de toutes les obligations d'Euronext. Ainsi, la loi prévoit le maintien pendant trois ans du droit relatif aux franchissements de seuils et du droit des offres publiques applicable sur Euronext.
Mais à ce jour, une incertitude subsiste sur la durée de maintien du régime applicable aux offres publiques de retrait pour les sociétés issues d'Euronext (3 ans ou indéfinie), qui n'existe pas sur Alternext. La future loi de régulation bancaire et financière devrait cependant y remédier et étendre aux sociétés d'Alternext la possibilité de procéder à une offre publique de retrait et à un retrait obligatoire à partir du seuil de détention de 95%. Elles pourraient ainsi contraindre les minoritaires à apporter leurs titres en cas de demande de radiation.
Egalement, les obligations spécifiques à Alternext s'imposent aux sociétés transférées. Par exemple, les objectifs en matière de programme de rachat d'actions sont restreints. Il ne sera ainsi plus possible à une société qui transfère de financer par ce biais des opérations de croissance externe ou de couvrir des valeurs mobilières donnant accès à des actions existantes (OCEANE, OBSAR,…).
Le transfert a un coût immédiat et permanent à ne pas sous-estimer
La recherche d'économie est une des raisons majeures avancées par les sociétés qui ont déjà notifié leur choix. Cependant, les estimations des économies réalisées grâce au transfert sur Alternext divergent : certains les chiffrent à plus de 150 000 euros dès la première année, tandis que d'autres les estiment à quelques dizaines de milliers d'euros à peine.
Même si la possibilité de réduire une partie des frais semble réelle, la cotation sur Alternext engendre aussi des coûts :
La composition de l'actionnariat peut être affectée
Le passage sur Alternext est susceptible d'aboutir à une redéfinition de l'actionnariat. Certains actionnaires historiques sortiront du capital, comme certains fonds qui ne peuvent statutairement investir que dans des sociétés cotées sur un marché réglementé.
Egalement, Alternext n'offrant pas le même niveau de protection aux investisseurs, la société peut être amenée à redéfinir ses relations avec ses actionnaires individuels.
L'abandon des IFRS peut s'avérer contre-productif
L'abandon des IFRS, souvent présenté comme un argument majeur pour justifier un transfert, peut dans certains cas s'avérer contre-productif :
Les conséquences sur l'image et la capitalisation sont incertaines
Le recul est encore trop limité et les sociétés transférées encore trop peu nombreuses pour mesurer l'impact d'un transfert sur la capitalisation. On peut imaginer que le fait d'évoluer au sein d'un marché de valeurs moyennes voire petites permettra de bénéficier potentiellement d'une base de comparaison plus favorable, et donc de jouer positivement sur la valorisation de la société.
A l'inverse, le transfert vers un marché moins contraignant pourrait à terme avoir un effet négatif sur cette capitalisation en la privant de l'accès à certains investisseurs.