Daniel Giffard-Bouvier, Ressources humaines et conduite du changement, Associé PricewaterhouseCoopers
Mais attention ! Ces mesures peuvent réduire la capacité future de développement et d’innovation si elles ne sont pas accompagnées d’actions de préservation des avantages concurrentiels liés au capital humain. Tel est l’un des enseignements tirés des crises précédentes, exprimés par les dirigeants dans notre « CEO Survey ».
En 2009, les sociétés ont donc tout intérêt à :
Récession économique, stratégie de réduction des coûts, les préoccupations de l’entreprise sont davantage orientées sur le court terme, voire sur les conditions de pérennité de l’activité. Dans ce contexte, les ressources humaines constituent souvent une variable d’ajustement importante : limitation stricte des embauches, accroissement des départs, réduction du recours aux emplois temporaires, gel voire réduction des rémunérations globales…
Mais attention ! Se focaliser exclusivement sur le court terme risquerait de mettre en péril la capacité future de développement et d’innovation de l’entreprise. Tel est l’un des enseignements tirés des crises précédentes exprimés par les dirigeants dans la « CEO Survey 2009 » conduite par PwC auprès de plus de 1000 entreprises internationales (Etude disponible sur notre site internet).
Ainsi, 72% d’entre eux estiment que la gestion et la rétention des « key talents » est le facteur le plus critique de la réussite à long terme de l’entreprise, et 65% considèrent que la capacité de l’entreprise à piloter les changements organisationnels majeurs reste une compétence essentielle à développer.
La pénurie des talents sensibles est également une préoccupation forte mentionnée par les dirigeants dans notre enquête « CEO Survey ».
Et en cette période de perte d’efficacité des dispositifs de planification classiques, il devient d’autant plus important de pouvoir s’appuyer sur des ressources clés, qu’elles soient managériales, techniques (expertise différenciante) ou commerciales (maîtrise de relation majeure avec un client ou un partenaire), pour préserver le potentiel de résistance et de rebond de l’entreprise.
Dans cet objectif, les sociétés ont tout intérêt :
- d’une part à identifier les ressources critiques, les mettre davantage en situation de prise de responsabilité et élaborer des programmes de rétention,
- d’autre part, à organiser le transfert et l’essaimage de ces compétences au sein de l’entreprise, et à systématiser les plans de succession pour les fonctions clés, en particulier aux postes de décision dans la perspective du renouvellement des générations. A ce titre, certaines entreprises engagent dès maintenant ou mettent à niveau leur démarche de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC), pour se préparer dans les meilleures conditions à l’après-crise et pouvoir saisir les futures opportunités.
La tentation est grande du repli sur soi à tous les niveaux de l’entreprise, avec sa traduction en termes de tensions sociales et de dysfonctionnements ; absentéisme réel ou « moral », tensions au sein des équipes, perte d’efficacité, baisse de confiance dans l’encadrement…
Pourtant, surmonter la crise implique de développer la capacité du management, à tous les niveaux hiérarchiques, à préparer et piloter les transformations de l’entreprise nécessaires pendant la crise et après la crise. Ce faisant, « l’agilité » de l’entreprise sera renforcée.
C’est pourquoi un certain nombre d‘entreprises ont mis en exergue que la formation et la professionnalisation managériale restaient des postes de coût à ne pas sacrifier en temps de crise.
Ainsi, une priorité est de maintenir la motivation des équipes et de conserver un certain niveau de « dynamisme social », en s’appuyant sur l’implication de la ligne hiérarchique, et en communiquant clairement sur les évolutions des priorités, auprès du management de proximité et de l’ensemble des salariés.
Le premier levier à reconsidérer dans la gestion des ressources humaines en temps de crise est l’adaptation des systèmes de fixation d’objectifs et de reconnaissance des performances. En effet, ceux-ci sont souvent orientés vers des objectifs à court terme et en conséquence sont susceptibles de conduire à la prise de certains risques, non appropriés en cette période.
L’objectif est donc de renforcer l’alignement de ces systèmes d’objectifs et de rémunération sur la stratégie et les priorités de l’entreprise, de sorte qu’ils
- génèrent les comportements individuels et collectifs « vertueux » attendus (par exemple : solidarité entre les équipes, attention renforcée à la qualité de service client, innovation, engagement, prise d’initiative…),
- traduisent de manière concrète et coordonnée la communication des nouvelles priorités de l’entreprise.
Un deuxième levier majeur de motivation en période de crise est l’efficacité et la cohésion de la ligne hiérarchique. Ce constat devrait conduire les sociétés à renforcer les actions de développement auprès du management de premier niveau, lui-même parfois déstabilisé et en situation de perte de points de repère. Ces actions peuvent par exemple prendre la forme de coaching, de renforcement du soutien par l’encadrement supérieur, la mise en place d’argumentaires partagés et régulièrement mis à jour sur la gestion de la crise par l’entreprise…
Par ailleurs, les enquêtes effectuées auprès des générations nouvellement entrées sur le marché du travail (« Les Millenials ») indiquent une sensibilisation accrue au rôle et aux actions de l’entreprise en matière de responsabilité sociale et environnementale (RSE). En conséquence, l’approche de l’entreprise en matière de gestion de la dimension humaine et sociale de cette crise et en particulier de communication sur les actions engagées, seront probablement une composante significative du maintien de la motivation des collaborateurs et de l’image de « marque employeur » de l’entreprise.
La pratique le démontre. La gestion des priorités précitées conduit fréquemment à