Prévisions 2009 : en avez-vous dit plus que les sociétés du CAC 40 ?

Philippe Kubisa, Associé, Elodie Fornas, Global Capital Markets Group, PwC


Communiquer des prévisions est un enjeu stratégique engageant la crédibilité des dirigeants et leur habilité à évaluer les effets attendus de leur stratégie. Un exercice bien périlleux en temps de crise entre manque de visibilité, prudence et pression du marché.

Et pourtant, 2009 n’a pas rimé avec moins de prévisions, alors même qu'elles sont facultatives ! Tel est l’un des constats de notre étude réalisée sur les informations prospectives communiquées par les sociétés du CAC 40.

Néanmoins, la communication a été adaptée. Les prévisions pour 2009 sont notamment marquées par :

  • une propension plus forte à se limiter à des indications narratives au détriment de données chiffrées,
  • une communication généralement moins complète sur la performance opérationnelle, croissance et rentabilité,
  • une importance accrue des informations sur l’évolution de la structure financière,
  • un accent mis sur des programmes de réduction de coût, de cession d’actifs et de baisse des investissements.

Nul doute, ces prévisions sont de nature à rassurer le marché. Mais, en cas d’écart significatif avec les réalisations, les sociétés doivent être prêtes à réagir et expliquer avant toute réaction/sanction du marché. De quoi redoubler de vigilance sur les procédures internes de suivi des prévisions, compte tenu du poids des incertitudes sur l'avenir …

 

Non, la plupart des sociétés dans les communiqués de presse des résultats 2008, ont fourni des informations prospectives, narratives ou chiffrées, et ce malgré les fortes incertitudes économiques et financières pesant sur l’année 2009. En effet, 33 sociétés ont communiqué des informations sur les prévisions 2009 contre 35 l’an passé, représentant une légère diminution en pourcentage de 88% à 83%.
Parmi les 7 sociétés ayant décidé de ne pas communiquer de prévisions cette année,
-    3 sociétés avaient déjà fait ce choix l’année dernière,
-    et 4 sociétés, majoritairement issues du secteur des biens et services de consommation, ont réduit les informations sur les prévisions.

Sur les 33 sociétés ayant fourni des prévisions 2009, 8 sociétés les ont limitées à des informations narratives (contre 7 l’an dernier). Ainsi, le pourcentage de sociétés du CAC 40 ayant communiqué des prévisions chiffrées a donc diminué de 70% à 63%.

Au-delà du caractère narratif ou chiffré des prévisions, la nature des indicateurs prospectifs a évolué. Notre étude révèle que les prévisions pour 2009 fournissent une vision moins complète de la croissance et de la rentabilité que celle formulée l’an passé pour l’année 2008, mais intègrent plus fréquemment des informations sur la structure financière.

Les pratiques suivantes observées le démontrent :

-    des informations narratives sur la performance opérationnelle moins précises pour 2009 que pour 2008
Seules 26 % des sociétés fournissant uniquement des informations narratives, communiquent sur des perspectives de croissance et également de rentabilité pour 2009 contre 57% en 2008.
Les autres sociétés ont choisi de se limiter à un seul de ces deux baromètres. En effet, elles sont 25% à avoir communiqué uniquement sur la croissance (contre 14% l’an dernier) et 49% uniquement sur la rentabilité (contre 29% l’an dernier). 

-    une réduction sensible des prévisions chiffrées sur une combinaison d’indicateurs de croissance et de rentabilité pour 2009
Seules 16 % des sociétés fournissant des informations quantitatives, communiquent sur des prévisions de croissance et également de rentabilité pour 2009 contre 35% en 2008.
Les autres sociétés communiquent de façon exclusive sur l’un de ces deux indicateurs. Ainsi, 20% des sociétés se sont limitées à un indicateur chiffré de croissance (contre 15% l’an dernier) et 44% à un indicateur chiffré de rentabilité (contre 39% l’an dernier).

Quant au choix des indicateurs de croissance, les sociétés ont davantage communiqué sur l’évolution de leur chiffre d’affaires que sur les prévisions de croissance organique. Ceci n’est pas surprenant dans un contexte de baisse d’activité dans certains secteurs.
Concernant la rentabilité, les indicateurs de résultat opérationnel ont été privilégiés (marge opérationnelle, EBIT(DA)) tandis que le résultat net global ou par action n’est communiqué que par un nombre limité de sociétés.

-    Une nouvelle tendance : la communication de perspectives d’évolution de la structure financière
Pour 2009, 26% des sociétés ayant fourni des perspectives narratives ont commenté l’évolution prévisible de leur structure financière. Cette information n’était pas fournie l’année dernière.
Clairement, la communication des entreprises sur leur structure financière correspond à une attente forte des marchés en cette période difficile d’accès aux financements.

Cette tendance est également observée chez les sociétés fournissant des indicateurs chiffrés. Le nombre de sociétés affichant une évolution chiffrée d’un indicateur de structure financière est également en hausse (52% en 2009, 47 % en 2008).
Les informations prospectives les plus couramment communiquées en la matière portent essentiellement sur les budgets d’investissement, l’endettement et la trésorerie.

-    Enfin, seules 8 % des sociétés ont communiqué sur l’ensemble du tryptique « croissance, rentabilité, structure financière » pour 2009 contre 14 % l’an passé pour 2008.

38% des sociétés du CAC 40 mentionnent pour 2009 des mesures de réduction des coûts, de cession d’actifs ou encore de réduction des budgets d’investissements.

Plus précisément,
-    près de 25% des sociétés du CAC 40 affichent un objectif de réduction des coûts, et 7 d’entre elles quantifient cet objectif, contre 4 l’an passé ;
-    6 sociétés annoncent une baisse de leurs investissements en 2009, celle-ci étant toujours quantifiée ;
-    et 3 sociétés communiquent précisément sur des recentrages d’activité via des cessions d’actifs.

Cette communication des entreprises sur les mesures de crise permet de mettre l’accent sur les décisions prises et ainsi de rassurer le marché sur d’une part, la capacité du management à réagir et d’autre part, sur la capacité de la société à affronter cette période difficile.

La communication de prévisions constitue un enjeu stratégique pour les dirigeants : ils y engagent leur crédibilité et leur vision des effets attendus de leur stratégie.
Par ailleurs, l’ordonnance du 8 décembre 2008 transposant la directive « Audit » a défini a minima la mission réglementée du comité d’audit. Elle l’a notamment chargé d’assurer le suivi du processus d’élaboration de l’information financière et de l’efficacité des systèmes de contrôle interne et de gestion des risques (pour plus d’informations, se référer à notre question/réponse Comité d’audit et administrateurs : quel renforcement de leurs rôles et responsabilités en 2009 ?)
En conséquence, les risques associés à la communication financière doivent être pris en compte dans le cadre de la cartographie des risques et la publication de prévisions implique la mise en place d’un processus rigoureux d’élaboration, de communication et de suivi des prévisions.

Le processus d’élaboration doit notamment garantir :
-    la fiabilité des données à partir desquelles sont élaborées les prévisions,
-    la détermination et l’explicitation de toutes les hypothèses structurantes sur lesquelles reposent les prévisions, que celles-ci soient internes à la société (périmètre constant, évolution des secteurs d’activité, …) ou externes (taux de change, prix des matières premières, taux d’intérêts, évolution des statistiques de marché…),
-    la documentation complète des prévisions et des hypothèses,
-    la validation des informations prévisionnelles par les organes dirigeant avant leur communication au marché.

Une fois validées par les organes dirigeant, la formulation des prévisions au marché doit être précise afin de ne pas induire en erreur le public par la communication d’une information équivoque ou partielle. Il convient notamment d’être transparent sur les éléments suivants :
-    nature et méthodes de calcul des indicateurs communiqués (notamment lorsqu’il s’agit d’indicateurs élaborés suivant des normes différentes des normes comptables),
-    hypothèses retenues et, le cas échéant, sensibilité des prévisions aux variations de ces hypothèses,
-    et horizon de temps des prévisions.
Il est également essentiel que l’ensemble des supports de communication (communiqués de presse, présentations analystes, rapports annuels) soient homogènes en termes de formulation et d’exhaustivité des prévisions et hypothèses.

Après diffusion, les prévisions doivent être régulièrement confrontées au réalisé afin d’identifier, le cas échéant, la nécessité de publier un « profit warning ».

Enfin rappelons que la publication de prévisions reste facultative. Elle n’est pas recommandée lorsque le degré d’aléas est très élevé et ne permet pas la détermination de prévisions avec un niveau de probabilité raisonnable.

L’étude réalisée par PwC, «  Analyse des prévisions communiquées par les sociétés du CAC 40 pour l’année 2009 » est disponible sur le site internet pwc.fr.


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