Dans le secteur de l’aéronautique et de la défense, la baisse significative de la valeur totale des opérations de fusions-acquisition provoquée par la crise financière de 2008, a été suivie d’une quasi-stagnation au premier trimestre 2009. Depuis, l’activité des fusions-acquisitions semble avoir quelque peu repris, mais avec des opérations de moindre valeur.
L’étude de PwC intitulée « Mission control » montre que la valeur totale des opérations de fusions-acquisitions dans le secteur de l’aéronautique et de la défense a atteint en 2009 son niveau le plus bas de ces dix dernières années. En revanche, le nombre des transactions s’est maintenu, quant à lui, à un niveau élevé. En effet, malgré une conjoncture qui les a incitées à limiter leur budget consacrés aux acquisitions, les sociétés du secteur ont réalisé, de manière opportuniste, des acquisitions certes de moindre valeur, mais tout autant stratégiques.
Ainsi, si le nombre des opérations de fusions-acquisitions n’a pas diminué, leur valeur totale est en chute libre. La valeur moyenne des transactions supérieures à 50 millions de $ US a baissé de 27%, passant de 519 millions de $ US en 2008 à 379 millions de $ US en 2009. Sur la même période, la valeur totale de ce segment de transactions a chuté de 62 %, passant de 20,8 milliards de $ US à 7,9 milliards de $ US. La valeur totale de l’ensemble des opérations de fusions-acquisitions du secteur a subi une baisse de 54 % par rapport à 2008. En 2009, ce chiffre ne s’élevait qu’à 10 milliards de $ US, son niveau le plus bas de ces dix dernières années, qui contraste avec le sommet atteint en 2007 (41,6 milliards de $ US). Les opérations ambitieuses se raréfient, traduisant ainsi une inquiétude persistante vis-à-vis des retards et dépassements de coûts observés sur les principaux programmes, de la baisse des commandes de grandes plateformes militaires et du ralentissement d’activité observé dans les secteurs du transport aérien (passagers et marchandises).
Ces inquiétudes expliquent également la baisse de la valeur totale des opérations de fusions-acquisitions. Parallèlement, il est important de noter que sur le secteur de la sécurité et de la surveillance, les transactions sont nombreuses et reflètent le dynamisme et la croissance de ce secteur. Par ailleurs, si les banques continuent d’assouplir leur politique suite notamment à la remontée des valeurs boursières, les acheteurs stratégiques disposeront d’une plus grande marge de manœuvre pour envisager l’acquisition de cibles plus importantes en 2010. À cet égard, l’évolution des principaux indicateurs économiques sur le premier semestre 2010 sera déterminante.
Les deux transactions les plus importantes en 2009 - l’achat de TASC par General Atlantic (1,65 milliards de $ US) et la prise de contrôle par Boeing d’un site de production de Vought (1 milliard de $ US) - étaient nettement inférieures à celles de 2008, d’une valeur respective de 5,6 milliards de $ US et de 2,2 milliards de $ US.
Des transactions majoritairement réalisées par des investisseurs stratégiques
La proportion des transactions réalisées par des investisseurs financiers reste faible par rapport à celles réalisées par des investisseurs stratégiques. En 2009, environ 14,3 % des transactions d’une valeur supérieure à 50 millions de $ US, soit seulement 3 sur 21 transactions, étaient attribuables aux investisseurs financiers. Une proportion proche de celle constatée en 2008. Les marchés de capitaux étant toujours en mode ’post-crise’, les investisseurs financiers choisissent de concentrer leurs efforts sur le soutien de leurs sociétés de portefeuille plutôt que de se tourner vers de nouvelles acquisitions.
Guillaume Rochard, associé responsable du secteur aéronautique et défense chez PwC France indique: « En 2009, les sociétés américaines continuent d’être extrêmement présentes sur les opérations de fusions-acquisitions du secteur. Lorsque l’on observe la valeur globale des opérations de fusions-acquisitions, on constate que les transactions voyant intervenir une société américaine, comme l’une (au moins) des parties prenantes, représentent 84,4 % de la valeur totale des opérations du secteur (comparé à 72,6 % en 2008). Au quatrième trimestre 2009, les trois transactions recensées faisaient toutes intervenir une cible ou un acheteur basé aux États-Unis. Cette domination américaine est une tendance qui contraste avec les années 2004 et 2006, lors desquelles le rapport Europe - États-Unis était beaucoup plus équilibré. Déjà en 2008, l’Europe ne représentait que 28 % des opérations de fusions-acquisitions, et représente 9,5 % des transactions en 2009. »
Si l’on observe uniquement les opérations de fusions-acquisitions supérieures à 50 millions de $ US, on constate que les transactions concernant des cibles basées en Amérique du Nord, Asie ou Océanie, représentent 90% de la valeur totale de ce segment. Les opérations concernant des cibles basées en Asie ou en Océanie représentaient à elles seules 6% de la valeur globale des opérations en 2008, pour atteindre aujourd’hui 15,7% de cette valeur. La plus importante de ces transactions (300 millions de $ US) a été le rachat par General Electric des 51 % non-encore acquis de Airfoil Technologies International, une société de services de réparation de turbines établie à Singapour.
Comme le souligne Guillaume Rochard :« En ce début de 2010, tout semble indiquer qu’à court terme, les opérations de fusions-acquisitions devraient rester limitées mais stratégiques. Sur le long terme, la restructuration du marché devrait avoir une influence certaine sur les stratégies d’acquisition et les valeurs des transactions. » « Dans le secteur de la défense, par exemple, les mesures de sécurité qu’imposent en particulier la menace terroriste, sont devenues un enjeu tout aussi important que les stratégies de défense relatives à des conflits armés. La défense des infrastructures stratégiques, y compris les systèmes d’information, réseaux informatiques, centres énergétiques et transports, est appelée à s’intensifier. » « À plus long terme, la Chine exercera une influence croissante sur le marché aéronautique civil, comme le montre le programme C919. Pour mémoire, Airbus a livré, en 2009, son premier appareil fabriqué en Chine. »« Grâce à de fortes liquidités disponibles et de meilleurs fondamentaux, les sociétés du secteur devraient continuer de réaliser des opérations de fusions et acquisitions pour compléter leur portefeuille d’activités, se développer tout en préservant leur part de marché, et s’adapter aux changements de priorité que connait actuellement le secteur de la défense. »
L’étude est une analyse des activités de fusions-acquisitions dans le secteur mondial de l’aéronautique et de la défense. L’information provient de Thomson Financial et comprend les transactions entre des acquéreurs et des cibles dont le code principal de classification type des industries (CTI) s’inscrit dans l’une des catégories suivantes : 1) matériel militaire et accessoires, sauf véhicules et missiles guidés; 2) aéronefs et pièces; 3) sécurité nationale; 4) missiles guidés, véhicules spatiaux et pièces; 5) systèmes de recherche, de détection, de navigation et d’orientation, systèmes nautiques et aéronautiques, et instruments et équipements; et 6) recherche et technologie spatiales. Cette analyse inclut l’ensemble des opérations de fusions-acquisitions dont la valeur a été déclarée ou non, des acquisitions par emprunt, des privatisations, des acquisitions de participations minoritaires et des acquisitions d’intérêts résiduels qui ont été annoncées entre le 1er janvier 2000 et le 31 décembre 2009. Ces transactions sont classées en fonction des catégories suivantes : conclue, prévue, partiellement conclue, en instance, en instance d’approbation réglementaire, sans condition (dans le cas où les conditions initiales énoncées par l’acheteur ont été remplies mais où la transaction n’a pas été conclue) et retirée. Les catégories régionales utilisées dans ce rapport correspondent approximativement aux groupes régionaux des Nations Unies (ONU), tels qu’ils ont été déterminés par la Division statistique de l’ONU, à l’exception de l’Amérique du Nord (qui comprend les groupes onusiens de l’Amérique du Nord, de l’Amérique latine et des Caraïbes), de la région Asie et Océanie (qui comprend les groupes onusiens de l’Asie et de l’Océanie), et de l’Europe (divisée en un groupe Royaume-Uni, un groupe Europe hors Royaume-Uni et une zone euro). La zone euro comprend l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, Chypre, l’Espagne, la Finlande, la France, la Grèce, l’Irlande, l’Italie, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas, le Portugal et la Slovénie. L’Océanie comprend l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Mélanésie, la Micronésie et la Polynésie. Les territoires outre-mer sont inclus dans la région du pays dont ils dépendent et toute référence distincte à la Chine comprend Hong Kong.
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