Communiqué de Presse 2009

Paris, le 12 mai 2009

Industrie automobile chinoise: et si la crise représentait une opportunité?

Partout dans le monde, pouvoirs publics et constructeurs sont passés en « mode crise », alors que l’industrie automobile met tout en œuvre pour éviter l’effondrement du secteur. Le gouvernement chinois considère toutefois cette crise comme l’opportunité de résoudre certains problèmes structurels auxquels le pays est confronté depuis longtemps, notamment la fragmentation importante du marché, les surcapacités et l’absence de produits sûrs et respectueux de l’environnement.

Le plan de relances de l’industrie automobile en Chine, un soutien à court terme

La croissance des ventes de véhicules légers en Chine a ralenti en 2008, se limitant à 6 %, soit le taux le plus faible depuis plus d’une décennie. Ce ralentissement devrait se poursuivre en 2009 avec une croissance du PIB estimée à 6 %, ce qui devrait se traduire par une croissance des ventes automobiles de l’ordre de 3 à 6 %. Pour doper les ventes à court terme, la Chine a mis en place depuis janvier 2009 un plan de relance pour le secteur automobile (voir encadré ci- après). Ce programme a d’ores et déjà généré une dynamique positive sur le marché.

Les véhicules de moins de 1,6 litre de cylindré, qui représentent environ 70 % du marché des véhicules de tourisme, ont ainsi vu leurs ventes progresser de 8,2 % en mars. Les ventes de véhicules monospaces et de véhicules utilitaires légers ont également profité de cette dynamique : SAIC-GM-Wuling a enregistré en mars une hausse de 38 % de ses ventes en glissement annuel. Il s’agit là de données encourageantes mais le mois de mars connaît traditionnellement un pic des ventes, ce qui signifie que cette tendance risque de ne pas durer.

Si le plan de relance devrait augmenter les ventes à court terme, il ne s’applique qu’aux petits véhicules à faible consommation et aux consommateurs issus de la population rurale. Certes, une hausse des ventes à l’intérieur du pays compensera le déclin des marchés côtiers, mais elle ne suffira sans doute pas à maintenir la croissance élevée à deux chiffres enregistrée en Chine ces dernières années. La chute de la demande mondiale de produits chinois a lourdement pesé sur l’économie au cours des deux derniers trimestres et cette évolution s’est particulièrement ressentie sur les côtes, où se concentrent les marchés automobiles les plus importants.

La poursuite des intérêts régionaux freine la consolidation d’un secteur très fragmenté

Moteurs de l’activité économique, de nombreuses autorités provinciales et municipales ont soutenu la croissance des constructeurs et équipementiers locaux, conduisant à la création de plus de 80 fabricants et de plus de 7 000 fournisseurs automobiles. Cette fragmentation, qui a entraîné une intensification de la concurrence entre les différents constructeurs automobiles chinois, représente la cause première de leur faiblesse. Ne disposant pas de la taille ni des ressources nécessaires pour développer leurs propres produits et technologies, la plupart de ces fabricants ont été tributaires du transfert de technologie et n'ont pu faire face à la concurrence qu’en jouant sur la tarification, ce qui nuit à la rentabilité du secteur dans son ensemble.

Cette structure très fragmentée a été entretenue par la croissance rapide du marché chinois, qui a enregistré un taux de croissance annuel moyen de 24 % au cours de la dernière décennie. Le ralentissement des ventes intervenu en 2008 a mis en péril la pérennité de nombreux acteurs de petite taille. Cependant, les intérêts régionaux continuent de faire obstacle à la consolidation qui se produirait par le jeu des mécanismes de marché, et empêchent non seulement l’apparition de constructeurs automobiles chinois de grande envergure, mais aussi le fonctionnement rentable des constructeurs existants.

Dominique Ménard, associée responsable du secteur automobile en France, au sein du cabinet PwC souligne : « Secteur d’activité clé  de l’économie chinoise, l’ automobile fait l’objet d’une attention particulière et bénéficie d’aides multiples des pouvoirs publics à tous les niveaux. La Chine nourrit depuis longtemps l’ambition de créer des constructeurs automobiles chinois d’envergure mondiale. Pour le gouvernement chinois, la période de turbulences que traverse le secteur automobile mondial constitue le moment idéal pour atteindre cet objectif. . »

Tirer parti de la « crise »

Pékin a toujours considéré le secteur automobile comme une composante essentielle de l’économie du pays et nourrit depuis longtemps l’ambition de créer des constructeurs automobiles chinois disposant de la taille et de la technologie nécessaires pour s’imposer sur le marché mondial. Convaincu que les turbulences que traverse actuellement le secteur représentent une opportunité pour amorcer un changement, le gouvernement a lancé un « Plan de restructuration et de relance de l’industrie automobile ». Ce plan, s’il est mis en œuvre de manière efficace, pourrait devenir le point de départ d’une expansion mondiale du secteur automobile chinois et pourrait bien conduire à la percée de plusieurs acteurs chinois d’envergure sur le marché automobile mondial.

François Jaumain, associé, PwC explique: «  Non seulement les difficultés rencontrées par de nombreux constructeurs et équipementiers automobiles représentent des opportunités d’achat, mais l’avènement des véhicules électriques a mis tous les acteurs sur un pied d’égalité en ce qui concerne le développement de technologies de propulsion. Avec la consolidation du secteur et un soutien financier adéquat de la part du gouvernement, l’émergence de marques chinoises de notoriété mondiale s’avère aujourd’hui envisageable. »

Perspectives d’évolution des capacités de production des principaux constructeurs* chinois entre 2008 et 2015 (en milliers)  

*Y compris les volumes d’assemblage générés par des joint-ventures avec des entreprises étrangères.

Objectifs du plan de relance

  • Mise en place d'un plan de rationalisation visant à réduire de 14 à moins de 10 le nombre des principaux constructeurs automobiles du pays, et créer deux ou trois constructeurs avec une capacité de production annuelle de plus de 2 millions de véhicules et environ quatre ou cinq constructeurs disposant d’une capacité annuelle de plus de 1 million de véhicules.
  • Certains constructeurs automobiles contrôlés par l’État tels que FAW, SAIC, Dongfeng, Changan, BAW, GAIC, ou Chery, etc. doivent devenir les principaux acteurs du secteur à la suite de cette vague de consolidation.
  • La Chine soutiendra activement ces constructeurs automobiles (qui devront détenir 40% des parts de marché) ainsi que les principaux fournisseurs nationaux pour les aider à développer des marques indépendantes et à bâtir des bases d’exportation de pièces et de véhicules.
  • En tirant parti de la crise actuelle du secteur automobile mondial (qui a retardé de nombreux projets de recherche et développement) et de l’absence de technologies de véhicules électriques parvenues à maturité, la Chine aidera ses constructeurs automobiles à mettre au point des technologies et à atteindre une taille qui leur permettront de s’imposer au niveau mondial sur ce segment en pleine expansion.
  • La Chine prévoit de convertir une capacité de production de près de 500 000 véhicules en capacité de production de véhicules électriques, hybrides et hybrides rechargeables, ce qui correspond à presque 5 % des ventes totales.
  • En ce qui concerne la fabrication de batteries, le gouvernement a pour objectif de créer une capacité de production équivalant à 1 milliard Ah de batteries haute performance, ce qui correspond en théorie à 750 000 packs de batteries d’une Chevrolet Volt.
  • Pour commencer, la Chine a d’ores et déjà affecté 10 milliards CNY pour permettre aux constructeurs automobiles chinois de se doter de technologies plus modernes et de mettre au point de nouveaux moteurs utilisant des énergies de substitution.

 

Détail du plan de relance du secteur automobile de 2009

  • fait passer la taxe à l’achat de véhicules de 10 % à 5 % pour les véhicules de moins de 1,6 litre (20 janvier – 31 décembre 2009)
  • affecte 5 milliards CNY à la distribution de primes aux habitants des zones rurales pour la conversion de trois-roues et de véhicules à basse vitesse en minivéhicules de moins de 1,3 litre (1er mars – 31 décembre 2009) ;
  • augmente les primes à la casse accordées aux propriétaires de véhicules anciens et lève les restrictions à l’achat de véhicules ;
  • met en place un fonds de 10 milliards CNY qui doit permettre aux constructeurs automobiles chinois de se doter de technologies plus modernes et de mettre au point de nouveaux moteurs utilisant des énergies de substitution ;
  • vise à améliorer les dispositifs de prêts bancaires existants.

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