Communiqué de presse 2010

Paris, le 17 juin 2010

Industrie automobile japonaise : d’ici 2016, les constructeurs construiront près de 70 % des véhicules de marque japonaise à l’étranger.

La crise économique de 2009 a révélé la vulnérabilité structurelle croissante de l’industrie automobile japonaise. Le transfert de la production à l’étranger, le déclin du marché intérieur et le recul des exportations sont à l’origine de surcapacités considérables, d’ampleur comparable à celles du milieu des années 90. Cependant, si le risque généralisé d’insolvabilité des constructeurs qui avait caractérisé cette époque est évacué, une réduction des capacités aujourd’hui avec les conséquences économiques et sociales qu’elle induirait pourrait s’avérer difficilement tenable dans l’environnement actuel.

Une industrie automobile en mutation

Après dix années de contraction des capacités, de 1995 à 2004, les anticipations de croissance à  long terme des exportations, une demande soutenue de la production et des taux de change favorables ont conduit à la modernisation de la base industrielle vieillissante du pays par l’accroissement des capacités nationales.

Dans la dernière décennie, la progression régulière de la demande mondiale de véhicules japonais, le renchérissement du yen et l’intensification de la concurrence mondiale ont déclenché une série d’investissements à l’étranger. Actuellement, cette relocalisation de l’assemblage, alliée à une diminution massive des exportations due au retournement économique, a contraint de nombreux acteurs de l’industrie automobile japonaise à revoir leur empreinte, leur stratégie d’approvisionnement et leur mix produits.

À court terme, les difficultés du secteur automobile national seront également aggravées par de nouvelles baisses des ventes intérieures sous l’effet conjugué de l’accroissement de la dette, du risque de déflation et d’une démographie défavorable.

Une demande intérieure décroissante

Dans les dix ans à venir, le déclin de la population et les difficultés démographiques pourraient faire perdre plus de 7,5 millions de clients japonais aux constructeurs automobiles. L’urbanisation croissante est aussi un facteur car les transports en commun modernes et l’extrême pénurie de places de stationnement dissuadent les consommateurs d’acheter des véhicules. Sous l’influence du phénomène social du « kuruma banare » ou « démotorisation », la jeunesse japonaise se désintéresserait elle aussi de l’automobile. Enfin, la préférence croissante pour de petits produits à plus faible marge, les voitures « kei », pèsent sur les bénéfices de toute l’industrie automobile.

Une rationalisation imminente

D’ici 2016, l’industrie automobile japonaise devrait afficher des surcapacités d’environ 3 millions d’unités. Pour atteindre un taux d’utilisation optimal avoisinant 90 %, il faudra sans doute éliminer près de 1,9 million d’unités de capacité, soit plus de 10 chaînes d’assemblage. Une diminution d’une telle ampleur pourrait avoir de graves répercussions sur toute la chaîne d’approvisionnement automobile japonaise et peser lourdement sur l’économie nationale dans son ensemble.
Japon : Perspectives de l’assemblage de véhicules légers
1990 – 2016 (en millions)

Une accélération du transfert de l’assemblage à l’étranger

Au-delà du marché intérieur, l’assemblage hors Japon, qui ne représentait que 19 % de l’assemblage total des constructeurs japonais en 1990, avoisinait 58 % en 2009. Il est probable que les efforts des constructeurs pour atténuer les risques associés à la volatilité des taux de change et aux coûts logistiques croissants accéléreront les transferts des opérations d’assemblage ; d’ici 2016, les constructeurs japonais construiront près de 70 % des véhicules de marque japonaise à l’étranger. De plus, un nouveau projet de loi pourrait contraindre les constructeurs à ne plus recourir à l’intérim, ce qui réduirait la capacité des sociétés japonaises à gérer la main-d’œuvre comme un coût variable.

La nouvelle concurrence étrangère 

Enfin, la concurrence plus vive sur des marchés porteurs stratégiques tels que l’Amérique du Nord, l’Europe et les pays du BRIC pèse elle aussi sur les acteurs japonais. Les constructeurs allemands et sud-coréens ainsi que les trois géants de Detroit « ressuscités » concurrencent activement les produits japonais courants et haut de gamme avec leurs nouveaux véhicules attractifs, plus performants et techniquement plus pointus ; les marques et les produits sont désormais à parité en termes de qualité, tant perçue que réelle.

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