Encore récemment, la plupart des observateurs de l’industrie automobile voyaient dans la Russie le prochain grand marché d’Europe – peut-être même plus grand que l’Allemagne. S’il est vrai que la Russie a un fort potentiel de croissance, la crise financière a mis l’accent sur de nombreuses faiblesses structurelles qui auront vraisemblablement un impact sur l’évolution future du marché automobile, selon la dernière note d’analyse de PwC. L’état soutient l’industrie par un plan de relance de 340 millions de dollars qui permettra de couvrir la production de 200 000 unités.
De 2002 à 2008, le coût relativement faible du crédit et l’offre de produits de marques internationales recherchés par les consommateurs ont conduit à l’expansion du marché russe, passé d’un million d’unités à 2,9 millions d’unités. Mais en 2009, cette tendance haussière a subi un retournement brutal, marqué par une chute des ventes de près de 50 % en glissement annuel. La confiance des consommateurs russes a été sérieusement entamée par les pertes d’emplois et la crainte du chômage, tandis que le resserrement du crédit a mis un frein à leur capacité d’achat de nouveaux véhicules. Alors qu’avant la crise, près de 50 % des ventes de voitures étaient effectuées à crédit, ce chiffre n’est plus que d’environ 30 % aujourd’hui. Au premier semestre 2009, le marché a connu son plus fort recul, la baisse atteignant -59 % en mai. On notera cependant que les ventes mensuelles en volumes sont restées relativement stables tout au long de l’année 2009 à environ 120 000 unités. Ce qui tendrait à indiquer qu’il subsiste un niveau de demande régulier, qui constitue une base solide sur laquelle la reprise pourra s’appuyer.
Jusqu’ici, le gouvernement russe s’est efforcé de soutenir l’ensemble de l’industrie, en augmentant les droits de douane à l’importation de voitures d’occasion, en favorisant l’accroissement du crédit et en accordant des prêts aux constructeurs. Comme l’a montré l’effondrement des ventes en 2009, ces mesures ont été inefficaces. Par conséquent, les responsables politiques ont mis en place une stratégie de relance du marché en 2010 par le biais d’un plan de prime à la casse établi sur le modèle des plans des autres pays européens. Ce nouveau plan, qui a débuté en mars 2010, s’élève à 340 millions dollars et couvre 200 000 unités. Les participants recevront un bon d’achat d’une valeur de 1 670 dollars à utiliser pour l’achat d’un véhicule neuf construit en Russie. Le plan concerne les véhicules de plus de 10 ans dont les participants sont propriétaires depuis au moins douze mois.
À court terme, ces primes à la casse devraient prévenir d’autres baisses du marché car le plan sera vraisemblablement maintenu jusqu’à la reprise de la demande. Par la suite, la croissance stable des constructeurs russes reposera de plus en plus sur une collaboration avec les constructeurs internationaux afin de redynamiser les offres vieillissantes et d’améliorer la compétitivité des produits. De plus, pour obtenir de nouveaux investissements de capacités, il sera essentiel de maintenir la confiance des constructeurs automobiles mondiaux dans la reprise du marché russe. À plus long terme, la réalisation du potentiel du secteur automobile en Russie dépendra très étroitement de développements substantiels au sein de la chaîne de valeur et de la capacité de l’industrie à satisfaire la demande d’un marché en rapide évolution.
Gérard Morin, associé chez PwC, ajoute : « il est évident que les marques internationales se montrent plus résistantes au repli du marché russe, mais aussi qu’elles sont les moteurs de la future croissance de la production. Le retour de la croissance en Russie étant prévu après 2010, des investissements dans les sites de constructeurs internationaux servant le marché russe sont attendus ».
Immatriculations de véhicules neufs en Russie Comparaison 2008 - 2009 (en milliers)
Perspectives de production de véhicules légers en Russie 2009 - 2016 (en millions)
Sources : PwC Autofacts, chiffres du premier trimestre 2010, AEB, CBR, Rosstat, EIU, analyse PwC
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