Quelques applications prometteuses des blockchains en assurance

| sept. 20, 2016

 

Quelles sont les applications existantes des blockchains en assurance ? Nous vous proposons de découvrir de façon approfondie deux nouvelles applications assurantielles prometteuses et attendues à court terme.

 

 

Des exemples d’applications existantes des blockchains en assurance

De nombreux projets relatifs à l’assurance et utilisant des blockchains ont d’ores et déjà vu le jour. En voici quelques exemples :

  • Everledger a initié en 2015 un projet consistant à « tokeniser » les diamants (1). Les échanges de diamants sont digitalement enregistrés et suivis dans une blockchain sécurisée. Propriétaires légaux et diamants sont donc identifiés avec certitude dans la blockchain et les risques de fraude ou de vol seraient mieux maîtrisés au bénéfice notamment des assureurs.
  • Allianz a annoncé la réalisation d’un smart contract en juin 2016 (2). Le « natural catastrophe swap » permet le paiement automatique d’une indemnité à son détenteur en cas de catastrophe naturelle. Un tel contrat pourrait au passage être particulièrement adapté aux milliards de personnes qui n’ont aujourd’hui ni compte en banque, ni couverture d’assurance. C’est notamment le cas en Afrique, en Asie et en Amérique du sud (voir notre article Du concept de la Blockchain à ses applications concrètes)
  • Stratumn, une startup basée à Paris, ambitionne de mettre en place de la micro-assurance par smart contract à travers la plateforme LenderBot qui repose sur la blockchain Bitcoin (3). L’idée serait simplement que des particuliers s’assurent mutuellement leurs smartphones, appareils photo ou autres objets, sans intermédiation par un assureur.
  • InsurETH (4) propose aux clients des compagnies aériennes de s’assurer de manière autonome contre le retard ou l’annulation des vols par smart contracts. InsurETH repose sur la blockchain Ethereum. Là aussi, il n’y a plus d’assureur pour jouer le rôle d’intermédiaire. Les paiements sont déclenchés automatiquement en cas de retard ou annulation ; il n’y a plus de documents à remplir a posteriori, et plus de remboursements non obtenus car non demandés.

 

 

Les blockchains permettent une baisse des coûts de documentation en assurance

Le contexte

Les contrats d’assurance sont aujourd’hui des ensembles de documents papier généralement scannés. Ils sont volumineux et parfois complétés ou amendés tout au long de la durée de vie du contrat. Les partenaires de l’assureur, comme son courtier ou son réassureur, doivent pouvoir consulter cet ensemble de documents à chaque évolution du contrat (souscriptions itératives…). Chaque partenaire entretient de manière indépendante un système de gestion électronique des mêmes documents. D’autre part, le processus de suivi des mises à jour de ces documents par les partenaires peut s’avérer particulièrement lourd.

Les enjeux

Plusieurs éléments du processus actuel de documentation des contrats pourraient être améliorés par l’utilisation d’une blockchain et de smart contrats associés:

  • Le coût inhérent au processus de documentation des contrats et d’échange de documentation ;
  • La redondance des systèmes de gestion électronique des documents utilisés par chaque partenaire ;
  • Le temps d’attente parfois conséquent imposé à l’assuré pour le paiement d’indemnités et lié notamment aux transmissions de pièces justificatives aux différents partenaires de l’assureur ;
  • Les erreurs opérationnelles de manipulation et de sauvegarde de fichiers.

Les bénéfices d’une blockchain

L’utilisation d’une blockchain pour stocker tous les documents d’un contrat, et assurer le partage de données avec le courtier, l’assuré et éventuellement d’autres intervenants tel qu’un réassureur permettra un processus bien plus efficient.

Les systèmes de gestion électronique de documents utilisés aujourd’hui ne sont pas mutualisés entre les partenaires. Ils ont pour seule vocation de garantir l’unicité des documents qu’ils permettent de gérer. En plus de l’unicité, l’utilisation d’une blockchain pourrait permettre de garantir l’authenticité et la sécurité de chaque document qu’elle contient. Cette blockchain pourrait donc naturellement être mutualisée entre les différents partenaires. 

Comme en général l’accès à tous les documents ne devra pas être donné à tous les intervenants, remarquons que certains documents pourront être cryptés et une distribution contrôlée des clés privées associées devra être organisée. Cette blockchain pourrait être également accessible aux régulateurs et à l’administration fiscale, ce qui simplifierait les processus de reporting et de vérification.

 

 

Les blockchains permettent une baisse des coûts de conformité en assurance

Le contexte

Les courtiers, les assureurs et les réassureurs doivent effectuer des processus KYC et AML pour toutes leurs contreparties, aussi bien les entités légales que les individus. Si un client traite avec un courtier qui lui-même traite avec plusieurs assureurs, lesquels interagissent à leur tour avec des courtiers et des réassureurs, une unique transaction peut impliquer des dizaines de participants, chacun devant effectuer des processus KYC et AML avec leurs contreparties.

Les enjeux

Plusieurs éléments du processus actuel de KYC et AML pourraient être améliorés par l’utilisation d’une blockchain :

  • Le coût associé à ce processus pourrait être largement réduit ;
  • Le délai nécessaire pour effectuer les opérations de KYC et AML pourrait lui aussi être largement réduit ;
  • Le risque de réputation résultant d’un report de paiement des indemnités pendant que le processus KYC et AML est effectué sur un bénéficiaire pourrait être largement réduit ;

Les bénéfices d’une blockchain

Il pourrait être pertinent qu’un organisme externe effectue l’essentiel du processus de validation de l’identité d’un client. Une blockchain pourrait être utilisée pour stocker tous les documents personnels du client et la preuve de la validation de son identité par l’organisme externe. Tous les documents sur la blockchain seraient cryptés avec un accès aux clés donné uniquement au client, conformément aux principes de respect de l’anonymat et de protection des données. Le client pourrait alors divulguer ses clés à n’importe quelle institution avec laquelle il souhaiterait interagir, et cette institution pourrait se fier à la validation réalisée par l’organisme externe sans délai. Globalement, les coûts et le temps passés à effectuer des processus KYC et AML seraient réduits. 

 

 

Les enjeux à moyen terme des smart contracts pour les assureurs

Certains estiment que les smart contracts conduiront à terme à une mutation profonde des sociétés d’assurance. Il est clair aujourd’hui que ces contrats peuvent remettre en cause un certain nombre de business models. Il nous semble en particulier vraisemblable que des solutions comme celle de InsurETH continuent à se développer, et qu’émergent de nouveaux types de contrats d’assurance ainsi que de nouveaux acteurs 2.0 de l’assurance, les « assurtechs ».

Rappelons qu’on distingue deux types de smart contracts : les smart contracts privés qui reposent sur un tiers tel qu’un assureur et les smart contract publics qui ne comportent pas d’intermédiaire et sont basés sur une mutualité d’assurés qui souhaitent constituer solidairement un fonds d’indemnisation. Deux éléments sont à considérer pour évaluer la pérennité d’un smart contract public :

  • Les risques de sinistralité extrême qui pourraient mener mécaniquement à une faillite du smart contract public ;
  • la durée du contrat.

Sur une longue période, tout programme informatique nécessite des mises à jour. De nombreux services Internet ont par exemple eu une faille de sécurité révélée en 2014, Heartbleed, qui a entraîné des adaptations. Ainsi, la sécurisation de fonds sur du temps long sur une blockchain nécessitera une mise à niveau continue de ses protections contre le hacking. De plus, comme l’a bien montré l’expérience du hack de « The DAO », un smart contract public peut redevenir privé (ou plutôt ici révéler n’avoir jamais été public). Donc sur du temps long, typiquement celui de l’assurance vie ou de la prévoyance, il existe aujourd’hui une incertitude opérationnelle sur la capacité d’un smart contract à rester opérationnel dans la durée.

Il apparait enfin clairement que la diffusion des smart contracts favorisera la disparition de certains risques actuels (documentation, KYC et AML, etc.) et l’émergence de nouveaux risques (risque de hacking, systémique, opérationnel, etc.) sur lesquels les assureurs devront bientôt devoir travailler.

 

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