Dans le contexte actuel de crise financière marquée par des dépréciations d’actifs et une dégradation de la qualité de certains portefeuilles, le niveau des fonds propres est devenu en peu de temps un indicateur clé de confiance pour les marchés, et donc, pour les banques, un véritable enjeu de communication financière.
Pour répondre à cet enjeu, et au-delà de la levée de capitaux qui constitue un palliatif à court terme, les banques doivent mener à bien une véritable démarche d’optimisation de leurs risques pondérés, reposant sur plusieurs leviers :
Le succès de ces actions nécessite une réelle impulsion de la Direction Générale, un pilotage conjoint entre Direction des Risques et Direction Financière, une analyse fine de la stratégie de
l’établissement, et enfin d’experts internes aux compétences techniques pointues, notamment de statisticiens pour le calibrage des modèles internes de risque.
La crise financière s’est matérialisée par une dégradation rapide des risques bancaires. Depuis plusieurs années, dans un contexte économique très favorable (inflation faible, croissance forte, solidité financière des entreprises, faibles taux d’intérêt), les investisseurs ont cherché à accroître leurs rendements en investissant sur des produits rémunérateurs, mais complexes, sous-estimant les risques inhérents à ces produits. L’accélération des taux de défaut, notamment sur les crédits subprime aux Etats-Unis, a provoqué de brusques tensions sur les marchés, notamment sur les produits structurés et les conduits de titrisation.
Cette situation s’est traduite par des dépréciations d’actifs, des ajustements de valeur et une baisse de la qualité de certains portefeuilles de créances détenus par les banques. Or, la dégradation d’un portefeuille de risques entraîne mécaniquement, pour les banques, une augmentation du besoin de couvrir ces risques par des fonds propres.L’augmentation des besoins en fonds propres résulte :
- d’une part de la dégradation des composantes du dénominateur du ratio Bâle II : risques pondérés au titre du risque de crédit et du risque de marché ;
- d’autre part, de la volonté des banques de rassurer les différents acteurs du marché interbancaire.
Ainsi, le niveau de fonds propres est désormais un indicateur clé de confiance pour les marchés. Plus qu’un simple calcul réglementaire, le niveau de fonds propres constitue à présent un véritable enjeu de communication financière et le reflet, aux yeux des analystes, de la sagesse de la politique de risque d’une banque.
Pour améliorer les fonds propres, une première solution serait de lever des capitaux propres par émissions d’actions nouvelles. Toutefois, cette solution s’avère délicate à mettre en œuvre dans un contexte de forte volatilité des marchés, les récentes augmentations de capital s’étant soldées par des décotes très importantes des prix d’émission. En outre, si l’effet est fort à court terme, cette solution ne permet pas d’assurer une baisse des besoins en fonds propres à moyen et long terme.
Quant à la solution consistant à diminuer le volume de crédits octroyés (« credit crunch »), elle est évidemment à écarter d’emblée, les prêts ou garanties apportés par les Etats durant la crise ayant pour objet de permettre aux banques de poursuivre l’octroi de crédit à l’économie.
Face à de telles limites, l’optimisation du ratio de solvabilité apparaît comme le seul levier non contraint par des paramètres de marché défavorables et présentant des effets durables sur le long terme.
Le ratio de solvabilité peut être optimisé grâce à l’amélioration du calcul des composantes du dénominateur qui reflètent les risques pondérés liés à l’exposition de la banque aux différentes natures de risque.
Analysons de plus près le ratio de solvabilité :
- Au numérateur figurent les fonds propres portés à l’actif du bilan ajustés en fonction de la politique de provisionnement de la banque (l’écart entre pertes attendues et provisions venant s’ajouter aux fonds propres comptables). Ces montants résultent directement des normes comptables en vigueur.
- Le dénominateur est la somme des risques pondérés reflétant le degré de risque réel de l’exposition de l’établissement au risque de crédit (résultant de la défaillance d’un débiteur de la banque), au risque de marché et aux risques opérationnels. Des leviers permettent d’optimiser ces trois composantes afin de libérer des fonds propres sur le long terme.
Quatre sources d’amélioration peuvent être explorées par les banques.
Le premier levier est l’amélioration de la pertinence des modèles statistiques internes utilisés pour les calculs de risques pondérés. Après une phase de conception de modèles réalisée dans le cadre d’un planning serré d’homologation réglementaire, et un réaménagement des stratégies de nombreux établissements suite à la crise financière, des travaux d’optimisation et de réajustement des modèles sont désormais nécessaires. Ils peuvent notamment prendre la forme :
- d’analyses de la sensibilité du portefeuille de créances à des variations des paramètres de risque,
- de simulations de certaines orientations stratégiques comme la répartition des risques par zone géographique, par secteur d’activité, etc.
Le deuxième levier est la gestion active des portefeuilles. Elle peut être réalisée à travers trois types de stratégies présentant des effets significatifs sur les besoins en fonds propres : les stratégies de couverture des risques (politique de prise de garanties), l’amélioration de l’efficacité des politiques de recouvrement, et enfin le recours à la cession de certains encours. Des lignes directrices peuvent être adoptées sur ces points par le management de la banque puis déclinées concrètement dans les différentes activités.
Le troisième levier est l’amélioration du pilotage des fonds propres, non seulement en termes de suivi et de contrôle par les contrôleurs de gestion, mais aussi par la capacité de la banque à effectuer des projections fiables à partir de la structure actuelle du portefeuille de crédits et des prévisions d’activité (volumes de crédits à venir, amélioration ou dégradation prévisible de la solvabilité des clients, etc.).
Enfin, le dernier levier consiste à fiabiliser les données servant de base aux calculs et la mise en place d’un plan d'amélioration des systèmes d’information afin de réduire progressivement les causes structurelles de surestimation des risques pondérés et d'ajustements récurrents. Compte tenu de la complexité des calculs et du volume de données traitées, ce levier recèle encore un potentiel de gain très important.
Là encore, nous pouvons citer quatre facteurs clés de succès :
- une analyse détaillée du profil d’activité et des orientations stratégiques de l’établissement. L’attention portée à cette phase d’analyse préalable est prépondérante car elle permet de définir plus finement les principaux leviers à activer en fonction de la situation particulière de l’établissement ;
- le soutien de la Direction centrale des risques, voire de la Direction Générale de la Banque, compte tenu du caractère stratégique et transversal d’un tel projet ;
- une implication conjointe de la Direction des risques et la Direction financière dans le pilotage d’un tel projet ;
- des experts internes aux compétences techniques pointues. Un projet d’optimisation de fonds propres doit être assuré par un haut niveau d’expertise technique, notamment par des compétences statistiques pointues au sein des équipes de gestion des modèles de la Direction des risques.