Croissance et restructuration

Philippe Loiselet, Associé, Transactions Services, Hervé Colson, Associé, Mathieu Vigier, Directeur, Private Equity et Debt Advisory, PwC

L’acquisition de sociétés en difficulté requiert une démarche sensiblement différente de celle utilisée lors d’une transaction habituelle. Les délais pour conclure sont plus courts, ce qui a une incidence sur la levée des fonds nécessaires, le processus de due diligence, les clauses de garanties de passif,.... Outre les incertitudes actuelles, la valorisation de la cible doit aussi prendre en compte ses difficultés.
Il faudra également pouvoir répondre à la question : comment gérer de front les créanciers actuels et les deux projets ambitieux que sont une intégration et le redressement d’une société en difficulté ? .... Et mieux vaut l’avoir anticipée avant l’acquisition !

Enfin, pour ceux qui sont attirés par le LBO, sachez qu’il est toujours d’actualité, mais au cas par cas. Trois facteurs essentiels à la réalisation d’opérations sont aujourd’hui partiellement en inadéquation et mitigent la probabilité de succès : le prix des entreprises, le marché de la dette bancaire et les incertitudes sur les performances.
2009 sera une année de transition. La question est de savoir jusqu’à quand ?

Opportunisme, Confiance, Créativité, Habileté tactique et Réactivité sont les 5 critères clés de succès !

  • Opportunisme : la crise ne signifie pas qu’il n’y a plus de marché, ni d’acquisitions possibles (cf question suivante), ni de LBO possibles, ni de financement possible.
  • Confiance : Au-delà de sa dimension économique, la crise actuelle est avant tout une crise de confiance qui a significativement réduit non pas les ambitions de développement, mais l’appétit pour le risque de l’ensemble des acteurs. Les plus téméraires devront donc, via des processus de décision rapide, savoir mettre en confiance la contrepartie, et anticiper tout événement macro susceptible d’influencer l’équilibre économique d’une transaction.
  • Créativité : La crise impose également à chacun une forte dose de créativité pour se distinguer dans un contexte nouveau. Ainsi, une redéfinition des objectifs stratégiques, couplée à une analyse des risques associés, peut permettre d’identifier de nouvelles opportunités auparavant ignorées. De même, une expertise sectorielle couplée à une vision opportuniste sur des entreprises potentiellement en difficulté.
  • Habileté tactique : elle est plus que jamais nécessaire dans le cadre même de la transaction, via par exemple des schémas de financement peu ou non utilisés par le passé, ou encore des mécanismes de paiements différés qui pourront potentiellement combler un écart de valorisation.
  • Réactivité : elle permet en général de ne pas rater les bonnes affaires. Avec la crise, elle devient indispensable pour acquérir des entreprises en difficulté, où les délais d’acquisition mais aussi d’intégration doivent être courts.
    En pratique, la réactivité peut être accrue par la qualité de la préparation en amont et de l’accompagnement visant à simplifier le processus décisionnel, comme exemple : le "packaging" de l’information financière et opérationnelle dans le cas d’une cession (VDD) ou encore des critères de décision précisément définis dans le cas d’une acquisition.

    Le marché du LBO existe, mais dans certaines conditions. Car trois facteurs essentiels à la réalisation d’opérations sont aujourd’hui partiellement en inadéquation et mitigent la probabilité de succès :
    - le prix des entreprises,
    - le marché de la dette bancaire,
    - les incertitudes sur les performances.

    • Le prix : un décalage entre vendeurs et acheteurs suite à l’effrondement des marchés financiers.
      L’ajustement sur la valeur devrait se faire en 2009 d’abord sur des opérations plus ou moins « forcées », puis plus généralement. Cependant, il n’est pas exclu que la brutalité du ralentissement économique et des ajustements des valeurs en bourse provoque un changement de position plus rapide de certains vendeurs.
      A l’inverse, l’importance des montants levés en 2006 et 2007 va inciter certains fonds à continuer à payer des prix relativement élevés. Il est évident que certains investisseurs préféreront avoir des taux de retour un peu plus faibles que des fonds non investis. Des opérations avec une très forte proportion de capital devraient être réalisées.
    • Le marché de la dette d’acquisition : un marché au ralenti dû à plusieurs facteurs :
      - Crise du 4ème trimestre 2008 qui a vu le marché interbancaire se bloquer, provoquant des problèmes de refinancement,
      - Dégradation des portefeuilles existants et augmentation des provisions,
      - Retour brutal aux fondamentaux de crédit, s’opposant à la méthode des dernières années qui consistait à structurer une opération en fonction de ce que pouvaient absorber les souscripteurs dans les syndications (et non pas en fonction d’un risque crédit),
      - Mise en application de Bâle 2, incitant à la plus grande prudence en terme de montage et à un réajustement des prix.

      Ces éléments ont provoqué une raréfaction des financements, une diminution des leviers (et donc mécaniquement des prix d’achat potentiel des actifs), et une forte augmentation du coût de la dette (+200 à 300 points de base) et des commissions ( +200 -300 points de base).

    • Quelle performance des cibles potentielles ?
      Toute opération de LBO et mise en place de financement repose sur un business plan très travaillé. L’absence de visibilité sur les prévisions des performances rend difficile l’établissement de business plan, renforçant sans aucun doute l’attentisme de certains acheteurs.
      Il existe cependant certains secteurs avec des business modèles assez résilients dans lesquels cet exercice reste possible et qui verront quelques opérations de LBO (énergie, santé ...).

      Compte tenu de ces éléments :
      - Au-delà de 500M€ de valeur d’entreprise, le marché devrait être quasi inexistant. Le marché de dette n’a pas aujourd’hui la profondeur nécessaire pour absorber ces transactions.
      - Pour les opérations comprises entre 150M€ et 500M€, il n’est pas impossible de voir quelques transactions se réaliser en 2009, au cas par cas et avec une part de fonds propres très importante.
      - Pour les opérations en dessous de 150 M€ de valeur, le marché reste relativement actif. Certes, pas aussi fluide qu’auparavant et probablement plus discret. Le rôle des banquiers de relation sera déterminant pour la réalisation de ces opérations.
      Enfin, notons que seules des opérations réalisées en "clubs deals" sont envisageables aujourd’hui car rares sont les banques s’engageant sur un montant de souscription plus important que leur autorisation de prise finale.

      En conclusion donc, le LBO est toujours d’actualité, mais au cas par cas. Les banquiers sont retournés aux fondamentaux de l’analyse crédit et la dette sera plus difficile à obtenir et plus chère. La valeur des actifs devrait évoluer à la baisse, mais 2009 restera une année de transition. La question restant de savoir qu’elle va être la durée de cette transition.