Alain Calmé, Strategy group, Associé PwC.
Les statistiques macro-économiques publiées mi-février livrent un panorama contrasté :
Malgré cette embellie des chiffres, l’avenir reste incertain. La pérennité de la reprise dépendra notamment de la capacité des gouvernements à bien gérer l’arrêt progressif des mesures de soutien, à maîtriser les crises financières ponctuelles (Grèce…) et surtout, à définir un cadre satisfaisant pour les règles prudentielles des banques.
L’heure est venue de manier prudence et audace :
Aucun doute, le virage est à prendre en 2010 !
Bonne surprise, amélioration du PIB en France au quatrième trimestre 2009, pourquoi ?
La France, meilleure élève de l’Union Européenne pour son PIB
Avec une croissance trimestrielle de 0,6% au dernier trimestre 2009, le PIB français a poursuivi sa progression commencée depuis le second trimestre 2009. Ce score place la France en première position européenne et en deuxième position au niveau international, derrière les Etats-Unis (+5,7%). Parmi les grandes économies européennes, seule l’Espagne reste en recul mais de peu (-0,1%).
Une inflation en dents de scie qui a néanmoins préservé le pouvoir d’achat des Français…
Mi-2007 à mi-2008, une explosion de l’inflation ; deuxième semestre 2008, un fort recul ; été 2009, plusieurs mois de baisse ; et fin 2009, l’inflation est maintenant redevenue positive (+0,1% en décembre 2009 par rapport à décembre 2008). Conséquence de ces chocs inflationnistes puis déflationnistes, l’année 2009 se solde par une amélioration du pouvoir d’achat des ménages, qui a gagné entre +1% et +0,5% chaque trimestre en 2009.
… et des mesures de soutien à l’économie qui ont porté leurs fruits…
La plus médiatisée a été la prime à la casse : impact indéniable, les dépenses automobiles ont progressé de 3% au dernier trimestre par rapport au trimestre précédent.
… permettant de maintenir les dépenses de consommation
L’effet conjugué de l’augmentation, certes faible, du pouvoir d’achat des ménages et des mesures de soutien aux dépenses automobiles, a permis aux dépenses de consommation des Français de bien résister tout au long de l’année. En effet, ces dépenses ont connu une croissance faible mais toujours positive en 2009, et même un sursaut au dernier trimestre (+0,9% par rapport au troisième trimestre 2009). D’où une évolution annuelle de +1,5%, constat relativement paradoxal pour une année qui a été l’une des plus difficiles depuis l’après-guerre en terme macro-économique.
Et autre bonne surprise : une amélioration du moral des ménages
Enfin, 2009 a également été marqué par une remontée sensible du moral des ménages actuellement à -29, par rapport à un point bas historique à -47 atteint début 2009 (mais toujours loin de la moyenne de long terme à -14).
Reprise de l’activité industrielle française : quels indicateurs ?
L’activité industrielle a atteint, sans aucun doute, son point le plus bas début 2009. Elle a ensuite rebondi au deuxième trimestre et s’est quasiment maintenue au dernier trimestre.
En particulier, l’industrie automobile, secteur le plus affecté par la crise, marque un redressement plus significatif que les autres industries.
Illustration de cette tendance par plusieurs indicateurs de l’activité industrielle française :
Les chiffres de l’emploi salarié en France confirment-ils cette tendance à la reprise ?
La réponse est positive. En effet, les statistiques des derniers mois semblent indiquer une stabilisation de l’emploi salarié en France : alors que le chômage a augmenté au total de 18% en 2009, il est stable sur la fin de l’année et a même légèrement baissé en décembre (18.700 chômeurs en moins, sur 2,6 millions). Néanmoins, cette tendance est à relativiser devant les chiffres moins bons du début 2010.
Autre élément positif, l’emploi intérimaire, couramment considéré comme un indicateur avancé des grandes tendances de l’emploi, a poursuivi sa progression initiée depuis le second trimestre 2009 et a même augmenté de 6% au dernier trimestre.
Et quelle tendance aux Etats-Unis ?
Egalement des indicateurs d’activité industrielle passés du rouge à l’orange, voire au vert…
Après sa chute historique en 2008, la production industrielle américaine a marqué un point bas en juin 2009, et se redresse depuis, quoiqu’à un rythme plus lent sur la fin de l’année.
Corrélativement, l’utilisation des capacités de production se redresse avec un taux de 68,6 % au quatrième trimestre. Cependant, ce taux est encore historiquement bas (inférieur aux points bas de 1975, 1983, 2002).
Autre élément positif, l’indice composite PMI(1) des directeurs d’achat continue de s’inscrire au dessus de 50 (55,9 en décembre), ce qui indique une progression de l’activité.
Enfin, l’activité des entreprises se rapproche de la normale : les ratios de stocks / chiffre d’affaires ont retrouvé leurs niveaux d’avant crise ; le niveau des stocks en valeur s’est stabilisé depuis octobre 2009.
Une reprise de la consommation
Concernant le prix des logements anciens, l’indice Case-Shiller qui retrace la moyenne des grandes villes américaines a recommencé à croître depuis avril : il a été quasiment stable sur la période de juin à novembre 2009.
Si l’on considère les ventes au détail, après un brutal et fort décrochage sur la seconde moitié de 2008, elles ont globalement augmenté tout au long de l’année 2009, malgré un mois de décembre un peu décevant. En particulier, les ventes de véhicules neufs, qui avaient été soutenues pendant l’été par les primes à la casse, semblent retrouver une tendance naturelle à la hausse en fin d’année.
Parallèlement, le sentiment des consommateurs continue de s’améliorer, bien que toujours très bas par rapport à ses niveaux historiques.
Et des chiffres du chômage encourageants
Indicateur de « sortie de crise » très attendu par les observateurs, le taux de chômage semble avoir atteint un pic en octobre 2009. il s’est stabilisé depuis, et les chiffres de janvier 2010 semblent confirmer la décrue du chômage.
Mais une raréfaction des crédits à la consommation toujours d’actualité
Seule ombre au tableau, la masse de crédits à la consommation continue de se contracter, ce qui montre que la crise financière laisse encore des traces dans les mentalités et/ou dans le comportement des banques.
Quels enseignements pour les entreprises ?
Au-delà des « bonnes nouvelles », la prudence reste de mise…
Bien qu’une éclaircie se présente après des mois de mauvaises nouvelles, les entreprises ont tout intérêt à rester prudentes, notamment en matière de financement. Plus que jamais « cash is king », il est ainsi nécessaire de se donner les moyens pour avoir de la visibilité sur les lignes de crédit et maîtriser les prévisions de trésorerie.
De plus, des incertitudes fortes demeurent en place, telles que l’impact de l’arrêt progressif des mesures de soutien à la reprise ou encore les risques élevés de survenance de crises ponctuelles (la crise de la dette grecque en est une illustration) avec des effets plus ou moins sérieux.
Enfin, la remise à plat des règles prudentielles des banques, qui définissent le montant que les banques peuvent prêter en proportion de leurs capitaux propres, aura un impact majeur sur la liquidité, le financement de l’économie et donc sur la reprise dans les mois, voire les années futurs.
… mais le temps est venu de « repasser à l’offensive » et prendre de l’avance sur les concurrents
Certaines entreprises l’ont déjà compris :
(1) PMI : L’indice des directeurs d’achat (Purchasing Managers Index ou PMI) est un indicateur statistique qui reflète la confiance des directeurs d’achat.