Didier Sidois, Associé Transaction Services, Anne-Françoise Didier, PwC.
Depuis deux ans, le marché des transactions s’est profondément modifié :
Dans cet environnement, comment tirer le meilleur parti de l’analyse des cibles via les due diligences ? Plusieurs pistes :
Autant de pistes pour optimiser vos acquisitions !
Quels impacts la crise économique a-t-elle eu sur les processus d’acquisition d’entreprises ?
Avant la crise : abondance des financements, concurrence accrue entre acheteurs et processus d’acquisition accélérés
Avant juillet 2007 où la dette financière était obtenue facilement par les acquéreurs, les montages à effet de levier de type « LBO » (leverage buy out) étaient largement répandus. Les acheteurs potentiels, à la fois financiers et industriels, étaient nombreux et maintenaient une vive concurrence. De ce fait, les vendeurs et leurs conseils étaient en position de force et exerçaient une forte pression pour réduire les délais de réalisation des transactions.
En parallèle, cette course après le temps comprimait les délais dédiés à l’analyse de la cible via les due diligences. Cette analyse se trouvait amoindrie notamment du fait d’un accès très limité au management de la cible. En effet, le plus souvent, les échanges d’informations étaient réalisés via des data room électroniques complétées par quelques conférences téléphoniques. En conséquence, il arrivait parfois que les offres d’acquisition soient déposées par les acheteurs sans que les critères clés de valorisation des cibles n’aient pu être parfaitement étudiés !
Avec la crise économique et financière, le paysage des processus d’acquisition a désormais changé.
Après la crise : un potentiel de création de valeur à démontrer grâce à des due diligences plus approfondies
Les acheteurs sont désormais plus attentifs au potentiel de création de valeur des cibles achetées, ce qui permet de justifier, tant vis-à-vis de leurs comités d’investissement que de leurs partenaires (actionnaires, bailleurs de fonds…) des prix d’acquisition élevés. L’appréciation de la qualité de la cible passe par la réalisation de due diligences plus approfondies et concernant davantage de problématiques. Ceci est renforcé par le fait que les comités de crédit des banques de financement (qui pourvoient la dette notamment dans les opérations de LBO) ont significativement renforcé leurs exigences en termes de due diligence.
Une nouvelle pratique : l’intervention des banques de financement très en amont de la transaction
La sélectivité des banques sur les projets d’acquisition à financer incite les acheteurs potentiels à se mettre en relation très en amont d’une transaction avec des partenaires financiers. Ils se montrent également attentifs aux demandes d’informations de ces établissements pour permettre le financement de l’acquisition. Ainsi, dans un souci de cohérence et d’économie de coûts, les acheteurs potentiels et les banques de financement sollicitées se concertent fréquemment sur la nature des investigations à mener lors des due diligences et ce, préalablement à leur réalisation. Ce phénomène est nouveau, les banques de financement n’intervenaient quasiment qu’en fin de processus avant la crise.
De plus en plus de transactions concernant des filiales non stratégiques de groupes dont la valeur intrinsèque est difficile à estimer
En droite ligne des programmes de réduction des coûts, très classiques en période de crise, les groupes cherchent de plus en plus à céder des activités non stratégiques. Les cibles potentielles sont donc souvent des filiales qui ont la plupart du temps des relations avec leur maison-mère (échange de personnel, locations d’immeubles, paiement de redevances, partage de services administratifs et comptables…). Il s’agit donc d’actifs complexes dont l’établissement des comptes de référence nécessite un travail de détourage (carve-out), c’est-à-dire identifier tous les flux financiers liés à la maison-mère et les revaloriser au prix du marché et/ou sur une base autonome. De plus, pour que la filiale cédée puisse continuer à fonctionner indépendamment de la maison-mère, elle doit souvent mettre en place des contrats de prestations ponctuels (transitional service agreements) qui peuvent être compliqués à formaliser. Ainsi, pour un acheteur potentiel, il est très difficile d’apprécier la qualité et la valeur de ce type de cible.
Conséquence : des processus d’acquisition très longs et un nombre moindre d’opérations à effet de levier
L’approfondissement des analyses et la difficulté à trouver un accord entre acheteurs et vendeurs dans ce contexte incertain conduisent à l’allongement des processus d’acquisition.
Par ailleurs, le durcissement actuel des conditions de crédit se traduit par un nombre limité de transactions avec effet de levier d’un montant significatif.
Quelles bonnes pratiques en matière de due diligence en cette période ?
Une organisation centrée sur l’efficacité et l’économie de moyens
En cette période de ralentissement économique, une attention particulière est portée au « phasage » des due diligences, notamment au vu :
Un accès plus large aux sites opérationnels et au management de la cible
L’analyse du risque et le potentiel de création de valeur d’une acquisition sont en effet appréciés avec plus de rigueur et de précision. En pratique, cela se traduit par le retour des due diligences réalisées sur site, en complément des informations contenues dans les data room électroniques avec un accès plus ouvert aux centres de production et au management de la cible.
Un périmètre d’investigation plus étendu
Les investigations couvrent toujours les aspects financiers, commerciaux, juridiques, fiscaux, sociaux, les systèmes de retraite, l’environnement, etc…. En complément, les acquéreurs portent une attention nouvelle aux indicateurs suivants, suite aux faiblesses constatées dans un certain nombre de dossiers :
Dans ce contexte, quelles précautions prendre pour céder une activité ou une filiale ?
Encore plus que par le passé, une préparation préalable et une grande rigueur dans le processus de cession
Cette préparation se traduit fréquemment par la réalisation de due diligences vendeur (ou « vendor due diligence ») consistant en des analyses approfondies décidées par le vendeur en amont de la transaction. Le cabinet qui les réalise est indépendant (il ne représente ni l’acheteur, ni le vendeur et est donc objectif) et il engage sa responsabilité vis-à-vis de l’acheteur final (exhaustivité et exactitude des informations présentées).
Ce type d’analyse, qui demande plusieurs semaines de travail en collaboration avec le management de la cible, permet notamment :
… d’autant plus lorsque l’on cède une filiale ou une activité d’un groupe
En effet, dans ce cas, la due diligence vendeur est encore plus importante. Elle s’appuie sur la réalisation de comptes pro-forma destinés à présenter la rentabilité historique et la structure bilancielle des activités cédées, comme si elle fonctionnait de manière autonome (soit, les performances du passé mais dans les conditions post-cession).
Cette analyse comprend notamment une revue de l’ensemble des principales fonctions de la branche d’activité (achats, distribution, logistique, informatique…) pour apprécier quels services doivent être maintenus temporairement par la société-mère avant une mise en autonomie totale, ainsi que les conditions financières associées. Un inventaire précis par fonction et par lieu géographique d’implantation est nécessaire pour l’obtention d’une vision globale des services et flux financiers existants entre la branche d’activité et sa société-mère.
La réalisation technique de ces analyses présente souvent un degré de complexité plus grand qu’anticipé par le vendeur.